‹ Histoire du peuple d'IsraëlChapitre 72 sur 280 · Gen., XVII, 1 ; xi.viii, 3 et suiv. ; Exode, vi · texte numérisé non relu

Gen., XVII, 1 ; xi.viii, 3 et suiv. ; Exode, vi

î. Gon., XXXIII, 20. Le rédacicur jéhovisie substitue toujours à tort des autels à des cippes, dans les vieilles légendes patriarcales. Mais le verbe wayyasfcb dont il se sert convient mieux i un cippe qu'à un aulcl.

moumin, un croyant, un héros pieux, une sorte d'Ali, brave, généreux, polygame, galant homme. C'est un saint arabe, qui aura beaucoup de peine à se faire sa place parmi les moines, les vierges et les ascètes, plus bouddhiques que sémitiques, qui peuplent le ciel chrétien.

Les Beni-lsraël, conçus comme peu différents des Jakobélitesetdeslsaakites, furent ainsi, au sein de la famille hébraïque, un phénomène, non pas unique, mais insigne et transcendant ; de même que Rome apparaît, dans l'ensemble des populations latines et italiotes, comme un cas presque miraculeux. Rome fut, dans le Latium, une sorte d'asile de sélection. La tribu des Beni-lsraël ou des Jacobélites paraît avoir été quelque chose d'analogue, au sein des tribus hébraïques. Au milieu de ce monde si varié, nous concevons Israël comme une sorte de Genève, un rendez-vous de purs, une secte, un ordre si l'on veut, analogue aux Khouan musulmans, bien plutôt que comme un ethnos distinct. Les Édomites et les Moabites, en effet, sont déjà établis à poste fixe à l'orient et au sud de la mer Morte, quand les Beni-lsraël errent à l'état de pasteurs dans les mêmes parages. Peut-être ces derniers demeurèrent-ils, systématiquement et par des motifs religieux, attachés à la vie

nomade, plus conservatrice qu'aucune autre des anciennes mœurs. Les Beni-Rékab furent plus tenaces encore, puisqu'ils continuèrent, jusqu'au vr siècle au moins avant Jésus-Christ, à vivre sous la tente et à mener l'ancien genre de vie. Nous verrons, d'ailleurs, ce bel idéal de la vie nomade rester pour Israël comme une sorte de pôle magnétique, vers lequel il gravitera toujours*. En un sens très véritable, l'établissement fixe dans le pays de Chanaan fut pour Israël un abaissement, une diminution religieuse, et plus tard le progrès consistera à revenir par la réflexion aux idées et aux sentiments de l'antique génie hébreu. Tant il est vrai que ce sont les premières aperceptions des races qui dominent toute leur histoire et renferment le secret de leurs destinées!

Celte différence des populations nomades et des populations établies, pour nous si capitale, n'avait pas, du reste, en ces temps reculés, l'importance que nous lui attribuons. Édom, Moab, Israël, Amalek étaient frères. Édom et Moab, à aucun moment de leur existence, ne nous apparaissent h l'état nomade. Israël vécut successivement les deux vies. Amalek, qui était un membre de la famille édo-

i. Vfty. ci-dessus, p. 61-G3.

LES BENI-ISRAËL A L'ÉTAT NOMADE. Itl

mite*, et Madian, qu'on rattachait à Abraham par Gélhura, ne se fixèrent jamais. Les Amaléiiites rôdaient encore dans toute la péninsule du Sinaï et à l'orient de la Palestine, quand le reste d'Édom était fixé depuis des siècles. Puis ils vécurent mêlés aux autres populations de la Palestine, jusqu'à leur absorption par les Israélites. On peut dire que ces peuplades connurent successivement trois états de vie : — d'abord l'état nomade pur, comme celui des patriarches hébreux; — puis l'état de mélange avec des populations sédentaires, analogue à la vie actuelle des métualis de Syrie ; tel fut l'état d'Israël depuis son entrée en Chanaan jusques vers le temps de David, et d'Amalek parmi les Israélites jusqu'à son absorption; — enfin l'état de petites nationalités plus ou moins compactes, avec un dieu national; tel fut l'état où nous voyons toujours Édom et Moab, où nous voyons Israël depuis sa formation en nation vers le temps de David.

La tribu hébraïque arrivait très vite à se diviser en sous- tribus, par l'effet de la polygamie, qui créait de grandes rivalités entre les demi-frères. Les Jacobélites se divisèrent, dès une époque for»

i. Gen., xxxvi, 12, 16.

ancienne, en une dizaine de familles, Ruben, Juda, Siméon, Dan, Issachar, Nephtali, Aser, Zabulon, Gad. Il est impossible de dire dans quel ordre chronologique ces diverses familles apparurent en Israël. Ruben est toujours présenté comme l'aîné, Benjamin comme le cadet de la maison.

A côté de Jacob et dans la plus grande intimité avec lui apparaît, à une haute antiquité,le clan de Joseph ou Josefel *, qui semble désigner une addition ou adjonction de congénères', qui sont venus après coup s'annexer à Israël. Ces tard-venus, ces petits-fils du père Jacob, se divisaient en deux familles, Éphraïm etManassé. Nous verrons plus tard qu'il estpossible de faire sur cette annexion une hypothèse probable. Après l'établissement d'Israël en Chanaan, nous serons frappés de la supériorité des Joséphites sur le reste des Beni-Israël. Souvent même Joseph sera pris pour désigner l'ensemble de la famille et deviendra synonyme de Jacob \

1. Grof, Revue égyptologiquc, IV, p. 95, et suiv.; Stade, Zeitschrift, 1886, p. 1 et suiv., 16.

2. Comp. îT'DDV. Esdras, viii, 10. Comme nom individuel, Joseph désigne l'enfant qui vient quelque temps après les autres, quand la famille paraissait déjà complète. Cf. Gon., xxx, 24 et XLVIII, 1 et suiv.

3. Jacob et Josejdi, en parallélisme constant dans les psaumes. Cf. Ps. Lxxx, 2; Lxxxi, 6; Araos, v, 15; Vl, 6. Ces polyonymies

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Si, comme nous le croyons, les Israélites venaient réellement du Paddan-Aram, il faut avouer qu'on ne sait rien de leur long voyage de Harran jusqu'à Sichem. Sichem paraît avoir été un des points où ils revenaient le plus souvent, et, à l'époque historique, on y montrait une foule de lieux saints que l'on rattachait à leur séjour. Les Hivvites chananéens, qui habitaient la Samarie, paraissent avoir vécu en bonne intelligence avec eux. On garda cependant le souvenir d'un épisode sanglant qui eut lieu entre une fraction des Beni-Jacob et les gens de Sichem*

Hébron fut pour les Israélites errants un centre non moins important d'initiation*. Ils vécurent avec les Hittites ou Khétas sur le pied d'une parfaite amitié'. L'important puits de Beër-Seba, où ils s'arrêtèrent comme tant de générations de pasieurs,

sont fréquentes chez les peuples anciens. Ainsi les Grecs sont nommés ïWkoLayoî, Graii, 'Axatot, Mjp(itSôvEç, etc. ; les Troyens, Tpweî, AdcpSavot; leur ville est appelée "iXiov, népyaiiov, etc.

1. Gen., XXXIV. Cf. Gen., xlix, 5-7, morceau poétique, quon peut considérer comme l'origine du récit en prose. Dans ce récit, le désir d'atténuer les torts des Beni-Jacob se laisse entrevoir. Le passage envers, au contraire, suppose un crime affreux, qui rendit pour un temps Israël odieux à ses Toisins.

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