Gen., xxxiv, partie élobiste
4. Exode, IV, 25 et suiv. Sur l'équivoque de jj^^à., signifiant à la fois € circoncire, gendre, beau-père », voir Stade et Wellhausen, endroits cités ci-après; Gesenius, Tlies., p. 539.
' 5. Wellhausen, Prol., p. 360.
droit de se marier\ Mais une telle manière de procéder avait de très grands inconvénients. Comme l'opération est bien plus grave pour les adultes que pour les enfants', la circoncision des enfants devint de règle. On fut conduit en cela par des raisonnements analogues à ceux qui ont fait décréter de nos jours l'instruction obligatoire. On vit, non sans quelque raison, une faute des parents dans le fait de refuser à l'enfant un service sans lequel il sera toute sa vie un estropié et qui plus tard ne pourra ^Ire suppléé que d'une façon très pénible.
Le mot de garel^ indiquant l'état de nature des organes^ devint bientôt synonyme de souillé, et ce fut une grosse injure, surtout à l'adresse des Philistins *. L'opération de l'ablation de la gorla prit une signification hiératique, et, comme il arrive d'ordinaire en pareil cas, on ne distingua plus l'accessoire sacramentel du principal. Dans des temps très anciens, l'opération s'était faite avec des couteaux de silex, parce que l'on ne possédait
1. Stade, Zeitschrift fiir die alttctt. Wiss., 1885, p. 135 et suiv. (d'après Ploss).
"2. Gen., xxxiv, 24 et suiv.
3. Il est remarquable qu'on n'a jamais désigné en hébreu l'incirconcis par la négation do la circoncision, '71D:"n'7, par exemple.
4. D^^iy flguro déjà comme nom outragoux des l'iiilistins, dans un chant authentique du temps de David (II Sam., i, 20).
pas de lames de métal. On crut longtemps que le rouleau de silex était de rigueur dans l'opératioD, el l'on continua de s'en servir, même après la diffusion des métaux ^ On oublia surtout la raison originelle de l'opération. Des races qui n'en avaient physiologiquement nul besoin s'y assujettirent, et y virent une initiation religieuse, une purification. La circoncision, en un mot, de précaution utile en certains cas, devint une pratique censée bonne pour tous, puis une pratique obligatoire pour tous. Rien de plus ordinaire dans l'histoire des religions. Une prescription qui a eu sa cause locale et individuelle devient, dès qu'elle est sacrée, une prescription universelle; on la conserve dans des climats et chez des peuples qui n'en ont nul besoin.
L'islamisme aggrava l'erreur du judaïsme. Une coutume, indiquée pour quelques races de l'Orient autrement conformées que nous, se répandit chez des races pour lesquelles elle avait plus d'inconvénients que d'avantages. L'idée que les peuples non soumis à cette opération offraient un caractère d'impureté et qu'il fallait éviter tout commerce avec eux fut surtout fâcheuse ; elle porta les juifs à des actes d'intolérance tout à fait cho-
i. Exode, IV, 25; Josué, v, 2 et suiv. ; Hérodote, II, 86. En Abyssinie, cet usage dure encore. Ludolf, Hist. œth., I, 21.
quants*, dont on se vengea par des plaisanteries. Ils avaient fait une injure de longus^; on leur rendit en injure l'épithète de curtus.
L'adoption de cet usage par les Israélites peut donc être considérée comme une très grande faute historique. La circoncision fut, dans la vie religieuse d'Israël, un acte contradictoire à sa vocation et qui faillit lui faire manquer sa fonction providentielle. Les rigoristes l'exploitèrent dans le sens de la séquestration absolue. Quand le génie de la propagande et le rêve d'une religion universelle pour le genre humain devinrent l'idée dominante d'Israël, la circoncision fut l'obstacle capital. Elle fut sur le point de tout faire échouer. Si saint Paul ne l'eût point emporté dans sa lutte contre Jacques, le christianisme, c'est-à-dire le judaïsme universaliste, n'aurait eu aucun avenir.
Comme tous les peuples primitifs presque sans exception^ les Hébreux croyaient à une sorte de dédoublement de la personne, aune ombre, figure pâle et vide, qui, après la mort, descendait sous
1. Circoncisions forcées du temps des Asmonécns; idée que Jes alliés d'Israël doivent ôlre circoncis. Cf* Sanchoniathon (Orelli), p. 36.