Nombres, xiii
«émilique*. La nécessité de transcrire des noms sémitiques en égyptien poussa au phonétismo, c'est-à-dire à faire un choix de caractères hiéroglyphiques, que l'on dépouilla de leur sens pour ne leur laisser de valeur que comme signes de son-. C'est exactement ce que firent les bouddhistes chinois pour rendre les mots sanscrits^ et surtout ce que firent les Japonais, les Coréens, les Annamites, tirant de l'infinie variété des caractères chinois -des alphabets très réduits. Les Hyksos posèrent ainsi la loi de l'écriture alphabétique, et leur choix de vingt-deux caractères, fait avec un sentiment des plus justes de la phonétique sémitique, est resté un fait définitif. Dominés par les habitudes de l'hiéroglyphisme égyptien, qui tient compte uniquement de l'articulation, ils n'écrivirent que la consonne, lacune insignifiante au point de vue
1. Mémoire de M. de Ilougé sur l'Origine égyptienne de l'ai" phabet p/ienidfw, lu à l'Académie des inscriptions eu 1859, publié en 1874, après la mort de l'auteur.
2. Le phonétisme existait depuis longtemps chez les Égyptiens. Le travail des Sémites consista : 1° à supprimer la partie idéographique et syllabiquoconsonantique des mots; 2° à choisir pour chaque son un seul signe, au lieu des homophones égyptiens. C'est plutôt une systématisation du principe du phonétisme qu'une découverte de ce principe [Note de M. Maspero].
3. Stanislas Julien, Noms sanscrits dans les livres chinois <Paris, 1861).
sémitique, mais capitale dès que l'alphabet de vingt-deux lettres fut adopté par d'autres races. Les Grecs, mille ans plus tard, comblèrent cette défectuosité, en faisant des voyelles avec les aspirées sémitiques, et ainsi s'est constituée l'écriture que tous les peuples ont adoptée. Hébron connut sans doute l'invention des Hittites de San, l'adopta et eut des écritures depuis une époque fort ancienne^ C'est là probablement que les Moabites'et les Israélites^ la prirent, à moins qu'on ne préfère supposer qu'ils l'empruntèrent directement à San ; hypothèse qu'on ne peut assurément repousser comme impossible.
Les Hyksos de San ne pouvaient manquer d'exercer une grande action sur les Hébreux qui campaient autour d'Hébron, de la mer Morte, et dans les districts méridionaux de la Palestine. L'antipathie qui exista plus tard entre les Hébreux et les Chananéens n'était pas encore bien sensible. Les
i. De là venait peut-être le récit du xiv" chapitre de la Genèse. Los Khétas connaissent l'écriture vers 1300 avant Jésus-Christ. Maspero, Ilist., p. 224-225.
2. La plus ancienne inscription moabite est rinscriplion de Mésa (875 ans à peu près avant Jésus-Christ).
3. La plus ancienne inscription israélite connue est l'inscription du tunnel de Siloh, à Jérusalem (700 ans à peu près avant Jésus- Christ).
LES BENI-ISRAËL A L'ÉTAT NOMADE. t37
moissons étant en Egypte beaucoup plus régulières que ûans la Syrie méridionale, les Khétas recevaient quelquefois des rois d'Egypte des secours en blé*. De Kadès-Barné ou de Gérare aux cantons fertilisés par la branche Pélusiaque du Nil, il n'y avait qu'une cinquantaine de lieues. Le bédouin, comme nous l'avons déjà dit', a pour la civilisation organisée un double sentiment : d'une part, une aversion provenant de la plus vive des jalousies, la jalousie de l'impuissance ; de l'autre, une admiration presque exagérée. Les produits de la civilisation le dépassent; il y voit quelque chose de miraculeux. La résultante de ces sentiments contradictoires est en somme l'attraction. La plus grande joie du demibarbare est de bénéficier des fruits qu'il n'a pas créés. Le bien-être dont on jouit, et les gains que l'on fait dans ce monde inconnu pour lui, le fascinent comme un mirage. Il admire tout, le pain qu'on lui sert, les oignons dont on le nourrit; mais bientôt il est révolté du travail qu'on lui demande, de la place humble qui lui est faite, du peu de prix qu'on attache à ses qualités. Une sorte de nostalgie s'empare alors de lui ; il s'aperçoit qu'on l'exploite comme un manœuvre. Il se révolte et ne
\. Maspero, p. 255.