‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 111 sur 168 · Juges, xxi · texte numérisé non relu

Juges, xxi

4. Elle est pourtant mentionnée une fois dans le remaniement sacerdotal de l'histoire du Lévite d'Ëphraïm comme se trouvant à Béthel, Juges, xx, 27 ; mais elle y paraît uniquement pour autoriser la consultation de Yahwè par le peuple ; elle ne joue aucun rôle guerrier dans la bataille qui est cependant racontée tout au long.

5. Cette observation doit être faite, car il est sûr que les prophètes n'attachaient pas la même importance à l'arche et aux sorts sacrés que les prêtres : Jérémie n'oserat-il pas dire qu'il viendra un temps où l'on ne parlera plus de l'arche avec autant d'enthousiasme, où même on ne pensera plus à elle, Jérémie, ni, 16 ? Aussi comme nous l'avons déjà remarqué en tête de ce chapitre, peut-être conviendrait-il de ne

alors désaffectionnés de l'arche. Elle n'entrera de nouveau en ligne qu'au temps du péril philistin, et encore ce sera pour laisser battre les siens et tomber lamentablement au pouvoir des ennemis1. Ainsi, le principal agent de la centralisation cultuelle échouait dans l'œuvre qui aurait pu être attendue de lui, tellement ce paj?s de Canaan, avec la dispersion qu'imposait la vie sédentaire, contrariait en tout point l'organisation idéale du peuple choisi. Du reste, Canaan était bien vaste pour permettre à ses habitants les plus désireux de bien iaire de se rendre ensemble au sanctuaire qui eût pu centraliser tout le culte d'Israël. Cinquante lieues séparaient Dan de Bersabée, les deux villes extrêmes du territoire ; dans sa plus grande largeur, le pays hébreu en mesurait plus de quinze; partout des montagnes et, en maints endroits, des vallées profondes rendaient les communications lentes et malaisées. On s'imagine difficilement les Hébreux quittant tous à la fois leurs villages, leurs champs, leurs troupeaux, et entreprenant pour la plupart un voyage de plus d'une semaine, afin de se trouver tous le même jour dans le même sanctuaire. Sans compter que c'aurait été, à cette époque si troublée, comme une invitation au pillage adressée par eux à leurs ennemis qui l'auraient accueillie avec joie et ne se seraient pas fait faute d'en profiter à leur aise 2. Aussi est-il bien vraisemblable que l'ensemble du peuple et peut-être même les meilleurs yahwéistes ne donnèrent pas alors l'exemple d'une régularité qui n'exista peut-être jamais avant le retour de la captivité. A cet égard, il est bon de noter qu'Elqânâ, le pèie de Samuel, qui peut nous représenter le type du yahwéiste fervent le plus répandu à cette date, ne monte à Silo qu'une fois par an, alors que la loi imposait trois pèlerinages annuels 3. Les croyants de ce genre pensaient-ils satisfaire à leur

pas trop appuyer sur ce silence pour conclure à un oubli total de l'arche. Du reste, nous la voyons reparaître vers la fin de la période des Juges au temps d'Héli et d'Elqânâ, moins honorée sans doute qu'au désert, mais encore visitée régulièrement par des fidèles.

i. Cf. I Samuel, iv.

2. Cette difficulté d'ordre pratique avait déjà inquiété le législateur ancien, comme on le voit dans Exode, xxxiv, 24.

3. Il faut remarquer, du reste, que le Livre de l'alliance impose bien trois fêtes annuelles et prescrit bien aux fidèles mâles de se présenter devant Yahwè trois fois par an ; mais il ne précise point en quel sanctuaire il faudra satisfaire à cette triple obligation ; cf. Exode, xxm, 14-17, et voir aussi xxxiv, 18, 20, 22, 23. De plus, d'après Exode, xn, 21-27, la pâque doit se célébrer dans la maison et apparaît comme

triple obligation en réservant seulement Tune de leurs trois visites pour un grand sanctuaire, notamment pour Silo, tandis que, pour les deux autres, ils se rendaient au sanctuaire de leur village ? La plupart ne se bornaient-ils point à fréquenter aux dates voulues leur sanctuaire local ? Nous sommes trop peu renseignés par nos textes pour savoir au juste ce qui se pratiquait alors. Du moins on peut bien penser que les trois grandes fêtes, qui étaient d'institution ancienne, se célébraient en général ponctuellement. S'il en était ainsi, le culte restait conforme aux prescriptions du rituel mosaïque primitif, mais il lui manquait encore et il lui manqua longtemps de réaliser cette centralisation idéale que l'extension territoriale du pays, puis, après la mort de Salomon, la rivalité politique du Nord et du Sud, rendaient si difficile pratiquement.

Cette centralisation se heurtait encore à un autre obstacle. Il est certain que des pratiques religieuses particulières à tel ou tel clan persistèrent assez longtemps après la conquête cananéenne. Au moment où ils acceptèrent d'entrer dans la confédération du Sinaï et reconnurent Yahwè pour le Dieu du peuple nouveau dont ils formaient une partie, certains groupes, tribus, clans ou familles, ne le firent peut-être pas sans formuler plus ou moins ouvertement des réserves touchant les pratiques religieuses particulières qu'ils avaient suivies jusqu'alors. Qu'ils aient gardé, dans ces circonstances, le culte de divinités depuis longtemps honorées par eux, cela paraît des plus invraisemblables : à supposer qu'ils eussent alors servi d'autres dieux que le Dieu des ancêtres — et il semble bien que quelques-uns tout au moins l'eussent réellement fait x — ni Moïse, ni les Lévites, ne les auraient autorisés à persévérer dans cette religion incompatible avec l'exclusivisme rigoureux qu'imposait Yahwè aux membres de sa confédération 2. Mais il n'est pas aussi invraisemblable que des usages

une fête domestique. Par contre, dans la législation développée du Deutéronome, ces trois fêtes annuelles doivent être célébrées «dans le lieu que Yahwè aura choisi »,c'està-dire, dans la perspective du Deutéronome, au temple de Jérusalem; ce point est si important qu'il en est fait mention à six reprises différentes, voir Deutéronome, xvi et les versets 2, 6, 7, il, 15, 16. Pour d'autres développements de la législation primitive, voir Lévitique, xxiii et Nombres, xxviii, xxix, qui ressemblent à des calendriers liturgiques et renferment des fêtes autres que les trois grandes solennités annuelles.

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