Cf. Josuê, xxiv, 2 et surtout Ezéchiel, xx, 7 et suiv
2. Sur la religion des tribus hébraïques avant Moïse, sur celle des groupes non
religieux suivis par eux pendant les siècles où ils avaient vécu d'une vie plus indépendante et dont, par un attachement assez compréhensible, ils ne voulaient pas se dépouiller, restèrent en vigueur parmi eux, après avoir été dotés d'une signification yahwéiste plus ou moins profonde.
En tout cas, vers la fin de la période des Juges et même aux jours de la royauté naissante, nous trouvons des sacrifices particuliers à une bourgade, à une famille, à un clan, dont la législation mosaïque ne fait mention nulle part, et nous voyons les yahwéistes les moins suspects de pactiser avec un errement religieux s'y associer sans scrupule. On verra ainsi Samuel monter au haut lieu d'une ville, y bénir le sacrifice offert par la municipalité, s'asseoir en président au festin sacré et y faire asseoir le futur roi d'Israël 1. On le verra s'en aller à Bethléem pour sacrifier une génisse et inviter à la fête, avec les cheikhs de la ville, Jessé, le père de David que Yahwè va lui désigner 2. Un peu plus tard, David prétextera la nécessité de sa présence au sacrifice annuel de sa famille pour donner à Jonathas l'occasion de sonder les dispositions intimes de Saùl à son égard3. Ce sont là tout autant de vestiges très apparents de l'état de morcellement social et religieux antérieur à l'union des tribus et à la promulgation du yahwéisme par Moïse : car des usages de cette nature ne pouvaient guère prendre naissance, soit au temps de Moïse, soit après lui, à une époque où les tribus tendaient à perdre de leur particularisme, où toute la vie des confédérés du Sinaï s'orientait vers l'unité. Ainsi, ces très anciennes pratiques survivaient au sein de la religion qui prétendait les faire disparaître ; elles étaient autant d'obstacles à l'exercice sans conteste de son empire et à l'établissement d'une centralisation cultuelle absolue.
Celle-ci n'était donc pas encore entrée dans les mœurs. Mais bien plus, on semble avoir alors travaillé contre elle. S'il y a un acte religieux qui revient souvent dans l'histoire de cette période, c'est, à coup sûr, celui d'ériger un autel. Non seulement des partihébreux qui s'agrégèrent à la confédération du Sinaï et sur les conditions religieuses de l'alliance avec Yahwè, voir Bulletin de Littérature ecclésiastique, 191 2, pp. 50 et suiv.