‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 125 sur 168 · LES MŒURS · texte numérisé non relu

LES MŒURS

maison, la femme, le serviteur, la servante, le bœuf, Pane et les biens » de son voisin \ il l'aidera à les défendre au besoin pour que son voisin le défende à son tour. De plus, il se sent le maître du sol qu'il cultive et des produits qu'il en tire ; le droit de propriété qu'il revendique sur eux comme le respect des autres pour son propre bien sont choses nécessaires et indiscutables à ses yeux.

Aussi, oubliant son égoïsme et son indépendance de nomade, le sédentaire cherche-t-il à mettre de la stabilité dans sa vie, à s'assurer la jouissance paisible de ses biens, et à en organiser la défense pour le cas où l'on viendrait les lui contester ou les lui ravir. Ce besoin de sécurité le rend moins impatient de la loi et des réglementations ; il les réclame plutôt comme une sorte de barrière protectrice à l'abri de laquelle il vivra l'esprit plus tranquille. Celles qui régissaient l'agriculteur hébreu de la période des Juges se trouvent groupées dans le Livre de l'Alliance qui remonte à Moïse. Ces antiques taras énumèrent les délits qui pouvaient se commettre dans cette petite société rurale et fixent avec une justice rigoureuse, inspirée par l'exacte loi du talion, le tarif des amendes, des restitutions, des compensations, destinées à rétablir intégralement le droit de propriété volontairement ou involontairement violé.

Mais ce qui nous intéresse ici, c'est de remarquer comment elles s'appliquaient à réfréner l'injuste convoitise chez les Hébreux établis et à faire éclore quelque pensée de solidarité, voire même de générosité, dans les âmes de ces agriculteurs trop exposés à un amour immodéré de leurs biens. Elles prescrivaient de ramener à leur maître le bœuf ou l'âne égarés et d'aider à décharger l'âne qui succombe sous une charge trop lourde, même s'il appartenait à un ennemi personnel. Après six années de service on devait libérer l'esclave hébreu avec la femme qu'il avait amenée, à moins que, satisfait de son maître, il ne préférât se laisser clouer l'oreille à la porte de celui-ci en symbole d'abandon définitif de sa liberté. La jeune fille, achetée à son père pour être épousée par son maître ou par le fils de ce dernier, ne pouvait pas être traitée comme une esclave, mais devait l'être comme une fille

Page 1