Exode, xx, 17, dans le Décalogue
ou une épouse, faute de quoi elle avait le privilège de retourner chez son père, sans que celui-ci eût à rendre quoi que ce soit de ce qu'il avait touché en la mariant. Si l'on prêtait quelque argent à un Israélite dans le dénuement, on ne devait pas lui réclamer d'intérêt ; si l'on avait pris son manteau en gage, il fallait le lui rendre avant le coucher du soleil pour qu'il pût s'en envelopper pendant la nuit. Les veuves, les orphelins, les étrangers domiciliés en clientèle étaient recommandés à la bienveillance de tous. On devait rendre une justice sans faiblesse, éviter la partialité, refuser les présents corrupteurs. Le repos du sabbat s'étendait aux esclaves, aux étrangers, aux bêtes même, et, comme si la terre, elle aussi, devait participer à cette mansuétude, il était ordonné de la laisser en repos pendant une année après six ans de rapport l.
Toutes ces lois, sages jusqu'à la bonté, n'étaient sans doute pas entièrement lettre morte. Mais, si on les observait, on écoutait aussi trop souvent les suggestions d'une cruauté, d'une fourberie, d'une sensualité, qui rappellent qu'Israël était à une période où les mœurs gardaient encore quelque chose de la rudesse, pour ne pas dire de la sauvagerie des périodes antiques2. C'était Le temps où l'on pouvait voir des prisonniers de guerre à qui le vainqueur avait coupé les pouces des pieds et des mains, se tramer près des tables comme des chiens pour ramasser les miettes qui tombaient à terre. On racontait sans sourciller l'histoire d'un beau coup de coutelas donné à un ennemi que son meurtrier avait rendu confiant en affirmant qu'il lui apportait un message divin. On chantait magnifiquement l'exploit d'une femme qui avait enfoncé à coups de marteau un piquet de tente dans le crâre de son hôte endormi. Un chef faisait
1. Ces prescriptions sont tirées du Livre de l'alliance, Exode, xxi, 2-6, 7-11 ; xxii, 15-16, 20-26 ; xxiii, 4-12. Les tôrâs qui prescrivaient de limiter à six années l'esclavage de l'Hébreu et la culture des terres ne doivent pas s'entendre en ce sens que tous les esclaves loués et toutes les terres cultivées cessaient de l'être la même année, en sorte que la septième année n'aurait vu ni esclavage, ni culture. On devait compter les six ans de rendement à dater du moment où chaque esclave et chaque champ commençaient à être en service et en rapport. La pratique de laisser les terres en friches et en repos n'est pas tellement inusitée aujourd'hui encore qu'on ne puisse trouver quelque sagesse à cette prescription du vieux code mosaïque.
2 Pour les faits auxquels il va être fait allusion, voir le détail de l'histoire des Juges et cf. Juges, 1, 6-7 ; m, 15-29 ; iv, 17-22 et v, 24-27 ; vin, 16, 20, 21 ; ix, 4, 5 ; XIi 30-39 ; xv, 6 ; xviii, 27, 28 ; xix, 22-27 ; xxi ; xvi, 1-21.