CONCLUSIONS
Dans les remarques qui viennent d'être faites, tantôt on a pu s'approcher assez^de la vérité, tantôt on a dû se contenter d'hypothèses qui semblent tenir'encore d'assez près aux données positives. Avec les nuances que comporte une vue d'ensemble, les conclusions générales pourraient se résumer ainsi jsoit pour les textes anciens, soit pour le travail de rédaction.
1 ° Les documents anciens.
Ils se répartiraient entre les écrivains du Nord et du Sud. a) Écrivains du Nord : — de l'école prophétique : Ëhoudh (?) ; Débora (récit en prose) ; Juges XIII, de Samson (?) ; I Samuel, 1-111 ; — de l'école
lévitique : la capture de l'arche, I Samuel, iv ; — de l'école préprophétique : Ëhoudh (?) ; cantique de Débora ; G de Gédéon ; Liste des Petits Juges (?).
b) Écrivains du Sud : — de l'école prophétique : Juges xiii, de Samson ( ?); — de l'école lévitique : Juges, xiv-xvi, de Samson ; le Lévite de Mikhâ ; le texte primitif du Lévite d'Ëphraïm ; la libération de l'arche, I Samuel, v, vi ; — de l'école préprophétique : Yeroubbaal, Jephté.
L'influence prophétique aurait été plus active dans les écrits du Nord ; l'influence lévitique, dans ceux du Sud. Les groupes littéraires plus importants seraient, dans le Nord, celui qui commence avec I Samuel, i-iii, pour se continuer avec Saùl ; dans le Sud, le groupe qui a recueilli des souvenirs judéo-dano-lévitiques ; il existe aussi quelques points de contact entre Yeroubbaal et Jephté (épisodes d'Ëphraïm, essais de monarchie).
Quant aux dates à proposer, les écrits préprophétiques pourraient être de la période des Juges ou de celle qui se termine un peu après la sécession ; les écrits prophétiques, qui n'ont guère dû paraître avant David, pourraient être de la fin du xe siècle ou du ixe ; les écrits d'inspiration lévitique auraient pu être rédigés, partie au cours de la période des Juges, partie sous David ou peu après.
20 Le travail de rédaction.
Si la répartition des textes anciens entre Israël et Juda est exacte au moins dans ses grandes lignes, on remarquera que les documents israélites dominent dans la première portion de l'histoire des Juges, les judéens dans la seconde ; cette constatation, jointe à celle qui concerne les formules chronologiques (voir, ci-dessus, p. 382), pourrait donner à penser que les histoires des trois premiers grands Libérateurs, Ëhoudh, Débora, Gédéon- Yeroubbaa), avaient été déjà groupées par un historien de l'école prophétique du Nord.
Mais ce qui apparaît avec plus de netteté, c'est l'intervention d'un rédacteur à partir de la liste des Petits Juges. On a signalé assez d'indices que ce rédacteur serait l'auteur de 1 Samuel, xn. Écrivant dans le royaume de Juda après la ruine du royaume d'Israël, il aurait remployé l'histoire des Libérateurs du Nord, et, groupant tous ces héros de la période prémonarchique sous la dénomination de « Juge », que l'historien du Nord n'avait pas employée, aurait conçu et rédigé le Livre des Juges, en ajoutant, avec la liste des Petits Juges, qui pourrait émaner du Nord, les nombreux récits judéens et les souvenirs benjaminites qu'il put recueillir. L'introduction géographique (Juges, 1) pourrait être de lui : elle commence par parler de Juda ; de lui aussi au moins ce qui concerne les Juges dans l'introduction théologique, puis l'addition du Juge judéen Othniel, l'addition d'Abimélék, l'introduction à Jephté et ce qui suit, y compris les deux appendices (le second déjà ou non encore remanié), puis, apparemment, I Samuel, i-xii, car xn suppose (1,2) l'histoire des origines de Samuel.
Ce rédacteur pourrait avoir écrit dès le IXe siècle finissant, pui?que les documents utilisés par lui semblent être antérieurs à cette date. Mais si son ouvrage constitue réellement une fusion d'un écrit israélite avec des
documents judéens. peut-être vaudrait-il mieux penser qu'il écrivit sous le règne d'Ézéchias, car cette époque fut marquée par une certaine activité littéraire (cf. Proverbes, xxv, i ; récits en prose d'Isaïe, xxxvi-xxxix), activité que favorisaient sans doute la venue des prêtres et prophètes du Nord échappés à la mort et à la déportation, et sûrement l'application des Judéens à recueillir, avec le nom d'Israël, les traditions, souvenirs et écrits des Israélites en grande partie désorientés et dispersés. En tout cas, le Livre des Juges composé par ce rédacteur devait être identique à peu de choses près au Livre que nous possédons.
Le mouvement littéraire dit deutéronomien, auquel appartient le rédacteur du Livre des Rois, pourrait avoir aussi laissé quelques traces dans une réédition du Livre des Juges, par exemple dans l'introduction générale et les introductions particulières. Enfin on dut y mettre la dernière main à cette période de la captivité et du retour, qui s'appliqua à sauver, à transcrire et à réviser les écrits de l'ancien Israël, pour mieux assurer la destinée du nouveau. Mais les retouches de cette date ne semblent avoir été ni nombreuses ni profondes ; l'introduction générale en garde peut-être les traces les plus apparentes; dans d'autres cas, il ne s'agit guère que de gloses.