‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 15 sur 168 · LES DIVERS ELEMENTS DE LA POPULATION DE CANAAN II · texte numérisé non relu

LES DIVERS ELEMENTS DE LA POPULATION DE CANAAN II

tali « demeuraient au milieu des Cananéens 1 » ; ceux-ci possédaient toujours la majeure partie de ces collines bien arrosées et fertiles où ils maintenaient leur suprématie sur les enclaves hébraïques grâce à leur nombre et à leurs places fortes pourvues de solides murailles. Sur les pentes méridionales du massif galiléen, Zabulon était à peine moins à l'étroit. Issakhar et Manassé, des vastes champs qu'ils cultivaient dans les plaines, voyaient partout à l'horizon les silhouettes menaçantes des villes fortifiées et des citadelles cananéennes ; depuis la baie d'Acre jusqu'au Jourdain, celles-ci formaient une solide barrière qui semble avoir défié les Hébreux jusqu'au milieu du Xe siècle2.

Dans la Montagne d'Éphraïm, le Cananéen avait souffert plus que partout ailleurs. Là, n'ayant pas eu de chars comme dans les plaines pour défendre sa terre, il n'avait pu tenir sous les attaques enthousiastes de la Maison de Joseph ; ses cultures et ses villages étaient devenus en assez peu de temps la proie des envahisseurs ; ses quelques places fortes avaient été prises par ruse et trahison ou s'étaient ouvertes d'elles-mêmes pour apitoyer l'ennemi ; elles n'étaient plus alors, les unes que des ruines encore désertes ou seulement à demi relevées, les autres que des villes mixtes où les Israélites, mêlés aux Cananéens, les tenaient sous le joug, ou bien, au pis aller, pactisaient avec eux en attendant l'heure d'établir sur eux une suprématie plus complète.

Au sud d'Éphraïm, les indigènes s'étaient maintenus par leur bravoure ou leur habileté dans les villes fortifiées. Jérusalem restait au pouvoir des Jébuséens grâce à sa citadelle de Sion que l'on disait inexpugnable3; quatre villes : Beêrôth, Gabaon,

1. Cf. Juges, i, 31-33. Le passage Juges, 1, 21-36, est des plus instructifs car il fournit des renseignements précieux quoique un peu sommaires sur la situation respective des Hébreux et des Cananéens au lendemain de la conquête. Le rédacteur de ce passage qui montre à quel point cette conquête restait inachevée utilisait des souvenirs ou des documents qui ne furent pas mis en œuvre avec autant de relief dans le récit de la conquête qu'on lit dans le Livre deJosué.Ce dernier ouvrage contient toutefois des passages qui indiquent aussi quelques-uns des échecs des conquérants ; mais ils n'ont été insérés que dans sa deuxième partie qui n'a pas le caractère épique de la première : Josué, xiii, 2-6 ; xvi, 9, 10 ; xvn, n-13.

2. Sur ces diverses places fortes voir, ci-dessous, p. 138. Comme il semble qu'elles n'appartenaient pas encore aux Hébreux au temps de Saiil, il faudrait en reporter la conquête au temps de David puisque plusieurs d'entre elles sont citées parmi les grandes villes des préfectures de Salomon.

3. Dans Juges, 1, 8, il est dit que les Benè-Juda s'emparèrent de Jérusalem, en massacrèrent les habitants et la livrèrent à l'incendie. Ce verset qui ne se lie pas du

Kephirâ et Qiryath-yearim, avaient extorqué par surprise à Josué une alliance qui les rendait nominalement soumises, mais en fait leur laissait leur autonomie presque entière * ; Gézer enfin, vers l'ouest, résistera jusqu'au règne de Salomon 2. Avec les deux ou trois villes que les Danites ne vont pas tarder à perdre 3, ces places ceintes de murailles formaient, de Jérusalem à Gézer, une seconde barrière qui gênera longtemps, sinon tous les rapports, du moins l'union politique d'Israël et de Juda.

Au sud de cette barrière, l'élément indigène qui devait être assez clairsemé avait perdu de bonne heure son individualité ; il n'offrit pas aux conquérants une résistance aussi opiniâtre que les gens du nord ; il avait peu de grandes villes ; la moitié de son pays du côté de la Mer Morte n'était qu'un chaos de blanches collines désertiques ; il avait partagé sans trop de peine sa demimisère avec les Judéens venus pour le dépouiller.

Quant à la région du littoral, les tribus se la voyaient partout interdite. Quelques familles, peut-être quelques clans purent un moment atteindre la côte, s'adonner à la pêche, servir sur les bateaux 4 ; mais ni Aser en Galilée, ni Manassé, Éphraïm, Dan et juda, établis sur le massif central, ne s'étendaient assez loin vers l'ouest pour avoir des ports sur la côte. Ces tribus n'atteignaient même pas les plaines fertiles et commerçantes du littoral, plaines

tout au précédent semble bien être une glose ; dans l'épisode du Lévite d'Ëphraïm qui ne saurait guère se placer avant la prétendue prise de Jérusalem, cette ville est si bien encore cananéenne que le Lévite ne veut pas y aller demander l'hospitalité, Juges, xix, ii et suiv. Du reste, quelques versets après ce verset qui relate la destruction de Jérusalem, il est dit que les Jébuséens ne purent être chassés de leur ville, ibid., i, 21.

1. Cf. Josué, ix ; ces quatre villes sont indiquées au verset 17. Elles sont respectivement identifiées avec el-Bîré, à quatre heures au nord de Jérusalem; Ed-Djîb, à deux heures au nord-ouest de Jérusalem ; Kefîré, à deux petites heures au sud-ouest d' Ed-Djîb ; et Qaryet el-*Ineb, nommée aussi Abou Ghôch, au sud de Kefîré, sur la route de Jaffa à Jérusalem.

2. Aujourd'hui Tell Djézer, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Jaffa. Identifiée par M. Clermont-Ganneau, repérée par les Pères dominicains de l'École biblique de Jérusalem, elle a été fouillée de 1902 à 1905 et de 1907 à 1909 avec une méthode et des résultats remarquables par M. R. A. S. Macalister pour le compte du Palestine Exploration Fund.

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