‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 17 sur 168 · Voir, ci-dessous, le chapitre xn · texte numérisé non relu

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3. Exode, xxxi v, 16 ; Josué, xxm, 12 ; Deutéronome, vu, 3 ; Juges, m, 6 ; voir aus?i Deutéronome, xiii, 6-1 1. On sera clairement édifié sur la fréquence de ces mariages mixtes pour l'époque du retour de la captivité en parcourant les livres d'Esdras et de Néhémie ; voir particulièrement Esdras, ix, x ; Néhémie, ix, 30 ; xiii, 23 et suiv. ; chefs, prêtres, lévites s'étaient mariés en grand nombre avec des étrangères.

La période des Juges. 2

l8 LES TRIBUS HÉBRAÏQUES EN CANAAN

ment païens 1 ; or c'était très souvent la mère qui choisissait le nom de son enfant nouveau-né 2 ; cette diffusion des appellations étrangères pourrait donc bien être une trace de la multiplicité des unions entre Hébreux et Cananéens.

i. Les noms proprement hébreux sont ceux dans la composition desquels entre comme élément le nom de Yahwè, Dieu d'Israël. Pour la période des Juges de tels noms sont peu nombreux ; on ne peut citer que les suivants d'après les Juges et I Samuel; on en trouvera cependant quelques autres dans les généalogies de I Chroniques.

vînv, contracté de ùNin» : Joas, «Yahwè est fort » ou « Yahwè a accordé », cf. « Dieudonné », nom du père de Gédéon, Juges, vi-viii ;

Dm» : Jotham, « Yahwè est parfait », nom du dernier fils de Gédéon, Juges ix, 5, 7, 21, 57 ;

rD>D, abrégé de irt'D'D ou transformé artificiellement en ce dernier nom : Mikhâ, « Qui est comme Yahwè ? », nom de l'Éphraïmite du premier appendice au Livre des Juges, Juges, xvn et xviii ;

îruin» : Jonathas, « Yahwè a donné », nom du Lévite de Mikhâ d'après Juges, xviii, 30 ;

n>33» : Yekhônyâ, « Yahwè est ferme », nom d'une famille de Beth-shémésh, I Samuel, vi, 19, d'après le texte grec ;

bxi» : Joël, qui signifie peut-être « Yahwè est Dieu », ne fût-ce que par un jeu de mot ; nom d'un fils de Samuel, I Samuel, vm, 2 ;

n'3M : Abhyas, « Yahwè est mon père », nom de l'autre fils de Samuel, ibid. A partir de Samuel qui donne à ses deux fils des noms yahwéistes, les noms de composition analogue vont se multipliant ; il y a dans cet usage nouveau l'indice d'une réaction, d'inspiration peut-être prophétique, contre l'emploi trop répandu des noms cananéens ou des noms sans signification religieuse. Comme noms païens pour la période des Juges on peut citer : ru? : Anath, une déesse, dont le nom se retrouve dans celui de Shamgar, fils d'Anath, de Juges, m, 31 ; v, 6 ;

peut-être b73~i> : Yeroubbaal, « Baal plaide, est l'avocat », surnom de Gédéon avec une signification accommodatice, Juges, vi, 32, vu et ix ;

"j^DON : Abimélék, « Milk (Moloch) est mon père », nom d'un fils de Gédéon, Juges, vm, 31 ; ix ;

fltfDur : Samson, si ce n'est pas un nom abrégé, pourrait signifier le « Solaire » c'est-à-dire le serviteur, le protégé ou l'émule du Soleil, ou encore « Petit Soleil » ; enfin peut-être bN"io\i/ : Samuel, que l'on interprète « Le Nom de Dieu » ou « Son nom est Dieu », mais qui, originairement, aurait pu signifier « Shemou est Dieu ».

Il ne faut pas, sous prétexte de science des étymologies, supposer que l'on employait toujours un nom avec son véritable sens compris dans son entière précision, ni que, en se servant d'un nom païen où entraient les noms de Baal et de Milk, un Hébreu voulait toujours transférer à Yahwè ces appellations des faux dieux en ne leur donnant que leur acception générique, Baal signifiant « Maître » et Milk, « Roi » ; des divers noms apportés à l'appui de cette thèse courante mais assez contestable (cf. par exemple Burney, The Book oi Judges, 2e édition, 1920, pp. 201-202), il n'y a vraiment que celui de Baalyâ, « Yah(wè) est Maître », où le nom de Baal est sûrement appliqué à Yahwè. Il est bien plus vraisemblable que de pareils noms étaient du domaine courant et que, dans bien des cas, on les employait sans tant raffiner sur leur signification étymologique. Quand nous appelons tels de nos contemporains « Lallemant », « Langlois », « Letourneur » ou » Lebouteiller », nous n'attachons pas grand sens à ces noms pourtant très expressifs. Pour les Hébreux comme pour nous c'était plutôt par un effort de réflexion que les appellations étaient choisies avec leur pleine signification ; de là, chez nous, les surnoms, de là, chez les Hébreux, ces noms à signification yahwéiste très marquée dont la création trahit une intention mais dont l'usage émousse à la longue la valeur primitive.

2. Voir, à ce sujet, Genèse, xxix, 32-35 ; xxx, 6, 8, n, 13, 18, 20, 24, où Lia et

Ainsi, d'une façon ou de l'autre, mais en violation de la loi mosaïque et au mépris des usages en vigueur chez les peuples nomades, les conquérants hébreux s'unirent par des mariages avec les filles des Cananéens et ceux-ci prirent pour femmes des filles d'Israël 1. C'est là l'histoire de toutes les invasions. Envahisseurs et indigènes ne vivent pas porte à porte pendant des années et moins encore pendant des siècles sans se battre ou sans se marier, ou sans faire l'un et l'autre tour à tour. Mais le

Rachel donnent elles-mêmes un nom aux fils qu'elles ont eus de Jacob. Rien que pour la période des Juges, nous avons trois exemples analogues : celui de la femme de Manoé qui donne à son fils le nom de Samson, Juges, xm, 24 ; celui d'Anne qui appelle le sien Samuel, I Samuel, 1, 20 ; et celui de la belle-fille d'Héli qui nomme ie sien Ikâbôd, ibid., iv, 21. Sur une coutume analogue chez les Arabes, voir Jaus^en, Coutumes des Arabes au pays de Moab) 1908, p. 16, n. 1.

1. Comme on le voit dans l'histoire des patriarches, si le mariage entre membres d'une même tribu ou « endogamie » n'était pas une loi toujours observée, c'était au moins l'usage qui paraissait le plus conforme aux mœurs antiques. Cf., par exemple, Genèse, xxiv : Abraham envoie son serviteur chercher une femme pour son fils près de ses parents restés en Mésopotamie et lui interdit de choisir une Cananéenne ; Genèse, xxix, 19 : Laban préfère donner sa fille en mariage à un membre de sa famille plutôt qu'à un autre. Cette pratique découlait de l'idée qui représentait la tribu comme une unité sociale assez fermée où existaient des obligations religieuses et guerrières ainsi que des usages particuliers que l'on ne respectait pas suffisamment par l'introduction d'une femme à qui sa tribu d'origine en imposait d'autres ; de plus quitter sa tribu, c'était renoncer à la protection que les membres d'une même tribu se devaient aveuglément les uns aux autres, et Tonne s'exposait pas de gaieté de cœur à en perdre le bénéfice ; on cherchait plutôt par l'endogamie à la rendre plus assurée.

Cet usage antique, qui était sans doute le vestige d'une loi primitive beaucoup plus stricte, ne semble pas avoir été imposé par les lois théocratiques dont nous possédons de nombreux articles dans notre Bible. Ce silence doit provenir du fait que ces dernières lois furent formulées à une époque où une certaine fusion des tribus s'était produite en raison des mariages de tribu à tribu favorisés par l'établissement de la confédération du Sinaï, la vie sédentaire et la présence des gêr ou hôtes domiciliés : par là une nationalité plus large, la nationalité hébraïque, tendait à se substituer à l'appartenance plus étroite à l'une des tribus dont l'ensemble constituait le peuple hébreu. Mais on trouve encore trace à la période des Juges de cette répugnance à l'égard de cette sorte de mariage : cf. Juges, xxi, les difficultés auxquelles on se heurtait et les détours que l'on dut s'imposer pour fournir des épouses aux survivants du désastre qui avait failli anéantir Benjamin.

Quant aux mariages entre Hébreux et païens, ils étaient encore moins bien vus, d'abord en vertu de l'antique usage qui était naturellement plus strict en ce cas que lorsqu'il s'agissait de mariages entre tribus déjà apparentées : les parents éprouvaient « de l'amertume » et « du dégoût » à voir leur fils s'unir à des étrangères, Genèse, xxvi, 34 ; xxvii, 46 ; Juges, xiv, 3 ; puis, surtout après l'établissement en Canaan, en raison de l'hostilité religieuse qui renforçait l'hostilité nationale et du danger que ces mariages mixtes faisaient courir à la pureté de la religion traditionnelle. Les défenses sur ce point sont extrêmement nombreuses, si nombreuses que l'on sent bien que les législateurs avaient à lutter contre une pratique trop fréquente en Israël. Elle avait commencé durant la période des Juges ; la royauté lui donna une extension considérable : David épousa une Araméenne ; Salomon, des femmes de tous les peuples d'alentour, et son successeur, Roboam, avait pour mère une Ammonite. L'auteur du Livre de Ruth, par contre, s'est appliqué à montrer que ces étrangères n'étaient pas toujours aussi perfides que certains le prétendaient.

connubium n'est en quelque manière qu'un couronnement ; il suppose tout un ensemble de rapports préliminaires empreints de cordialité, qui contribuent, quoique naturellement à un degré moindre, à rapprocher les deux peuples ennemis.

Ici, c'est l'exploitation du sol qui en créa le plus. Les Hébreux n'avaient point pénétré en Canaan comme des pillards qui abandonnent un pays après en avoir quelque temps vécu ; ils y étaient venus avec l'intention de s'approprier cette terre promise de longue date à leurs pères ; après de rudes efforts, ils s'y étaient établis à demeure. Arrivés les armes à la main, ils ne les déposèrent pas dès le lendemain de la victoire pour empoigner la charrue et manier la bêche ; tout d'abord et plus longtemps peut-être que nous ne serions portés à le supposer, ils vécurent de razzias et d'extorsions. Peu à peu cependant leur fureur guerrière s'apaisa ; les indigènes décimés n'arrivaient plus à répondre à leurs exigences ; faute de soins, les terres ne leur donnaient plus que des récoltes insuffisantes. Force leur fut de renoncer à un régime d'exploitation sommaire qui ruinait le pays et de secouer leur répugnance de nomades pour les travaux des champs : sauf dans l'extrême sud où la sécheresse ne permet que la vie pastorale, ils devinrent partout agriculteurs. Ils ne le devinrent pas sans le secours des Cananéens. Ceux-ci, depuis des siècles, étaient cultivateurs de père en fils ; ils connaissaient à fond leur terre, l'étendue de ses ressources, les limites de ses richesses, les travaux qu'elle réclamait ; comme esclaves, fermiers ou concitoyens, ils se firent les maîtres d'agriculture des Israélites. Cette initiation comporte tant de détails, elle requiert une telle pratique, elle était si étrangère à la plupart des Hébreux x qu'elle ne dut pas

i. Il convient d'abandonner l'idée trop étroite de certains exégètes qui font des Hébreux de purs nomades au moment de leur entrée en Canaan. Dans le Négéb au temps des patriarches, dans la terre de Goshen pendant le séjour en Egypte, à l'oasis de Cadès pendant le séjour au désert, les Hébreux s'étaient adonnés à la culture du moins en partie et d'une manière plus ou moins transitoire ; c'est la pratique des semi -nomades qui sèment des céréales dès qu'ils séjournent un peu longtemps dans une contrée qui comporte cette culture. Le passage de la vie nomade à la vie sédentaire ne se fait pas instantanément et d'un mouvement rapide ; mais des tentatives d'abord occasionnelles et espacées finissent par devenir plus habituelles et plus durables ; puis, si les circonstances s'y prêtent ou y obligent, le changement de vie s'opère et, au bout de quelques générations, devient définitif. Mais autre chose est cette culture restreinte du semi-nomade, autre chose la culture complète qui s'applique non seulement aux céréales mais aussi aux arbres fruitiers et à la vigne. Aussi n'est-il pas douteux que les Hébreux eurent ici beaucoup à apprendre des Cananéens.

être achevée en une seule génération. Aussi, plus que tout le reste, elle opéra un rapprochement étroit, souvent même une fusion intime des deux populations israélite et cananéenne.

Beaucoup d'autres circonstances leur imposaient des rapports suivis et contribuaient pour leur part à cette compénétration. C'est ainsi que les Hébreux durent se mettre encore à l'école des indigènes pour apprendre à construire des maisons de pierre, tracer des routes, aménager des citernes, fortifier des villes, élever de ces citadelles où toute une population aux abois pouvait venir chercher un abri momentané contre un ennemi pressant et cruel. Près d'eux aussi ils se familiarisèrent plus parfaitement avec la langue du pays (ce qu'on appelle l'hébreu n'étant, comme chacun sait, que le parler cananéen *) ainsi qu'avec tous les menus travaux du métal et du bois, avec les arts domestiques comme celui du vêtement, les industries comme celle de la poterie, qu'un père de famille économe ou un artisan qui leur demandait sa vie n'avaient garde d'ignorer. Le commerce, spécialement dans les grandes villes qui étaient toujours indépendantes, était resté aux mains des Cananéens 2 ; c'était donc encore à eux que l'Israélite devait avoir affaire s'il voulait acheter quelque objet manufacturé pour son entretien, quelque instrument pour son travail ; après une récolte abondante il cherchait à leur vendre son surplus de blé, d'huile, de vin, de fourrage, et c'était lui qui leur fournissait des fruits, de la volaille, des bêtes de ses troupeaux pour la table et pour les sacrifices. Beaucoup de Cananéens esclaves vivaient sous le même toit que leur maître hébreu, et d'autres, en qualité de gêr ou clients, entretenaient des rapports de soumission ou de courtoisie avec leur patron israélite. Enfin, vigoureux et têtus comme des campagnards, les Cananéens pouvaient faire de bons soldats ; on ne le savait que trop pour les avoir vus

i. Les Hébreux semblent, en effet, avoir été d'origine araméenne ; cf. Deutéronome, xxvi, 5 : « Mon père était un Araméen égaré « dit l'Israélite dans sa prière en présentant son offrande. Isaïe désigne expressément sous le nom de « langue de Canaan » le parler des Hébreux et des adorateurs de Yahwè, Isaïe, xix, 18. Les gloses cananéennes de la correspondance accadienne d'El-Amarna sont une preuve tangible de ce fait.

2. Le mot « Cananéen » en arriva même à signifier « marchand » comme, entre autres passages, dans le portrait delà Femme forte :«cingulum tradidit Chananaeo», Proverbes, xxxi, 24. Il n'y a sans doute pas lieu de penser que le mot « Cananéen » pris dans ce sens désignait spécialement le marchand phénicien plutôt quelemarchand du pays de Canaan proprement dit.

à l'œuvre au temps de la conquête ; maintenant qu'ils étaient mêlés aux Hébreux, partageaient la même vie, avaient les mêmes soucis et les mêmes intérêts, on savait les obliger, s'ils avaient pu se montrer indolents, à prêter à la défense de la cause commune le secours de leur valeur et de leurs armes. Si l'on projetait un coup de main, si l'on prévoyait une attaque à repousser, on les enrôlait comme mercenaires payés ou bien on les embrigadait de force comme auxiliaires : au temps des premiers rois, il se trouvera plus d'un étranger dans des postes militaires de confiance 1.

A côté de ces relations qui, bien que nées d'un contact trop brusque, devenaient d'abord de bon voisinage, puis finissaient par être assez cordiales, il s'en créait aussi d'autres d'un caractère tout opposé. Dans les cantons où l'Hébreu de la conquête avait dû sévir, c'est-à-dire piller, brûler, exterminer, il restait encore longtemps impitoyable pour le Cananéen qu'il avait réduit en servitude au lieu de le tuer ; il l'était aussi là où l'élément indigène résistait au joug sans pouvoir le rejeter ; il le redevenait au besoin dans les contrées où le connubium n'empêchait pas tout à fait les Cananéens de relever parfois la tête et d'essayer plus ou moins ouvertement de reconquérir leurs biens et leur indépendance. Alors l'Hébreu n'était plus qu'un maître antique exigeant et dur ; le Cananéen, un serf ou un esclave exploité sans merci. Le système de la corvée régnait avec toute sa rigueur humiliante ; on voyait des équipes exténuées courber l'échiné sous le fouet et le bâton ; elles n'étaient pas seulement employées à cultiver les domaines plus vastes, mais à porter les fardeaux, à extraire la pierre, à fabriquer des briques, à dresser des murailles, à entailler la roche pour le passage d'un chemin ou d'un aqueduc 2. On n'ose pas croire qu'Israël se vengeait par là de tout ce qu'il avait enduré en Egypte ; mais maintenant qu'il était le maître, il savait d'expérience tout ce qu'on pouvait tirer d'un esclave.

i. Tels sont Ahimélék, le Hittite, I Samuel, xxvi, 6 ; Urie le Hittite, le mari de Bethsabée, II Samuel, xxiii, 39 ; Ittay, le Gattite, ibid., xvm, 2 ; probablement Naharay, le porteur d'armes de Joab, ibid., 38 ; peut-être les chefs de bande d'Ishbaal, fils de Saiil, II Samuel, ix, 2 ; et enfin les mercenaires étrangers de David et de Salomon, les Cretois et les Plêthis ; sur ces derniers, voir, ci-dessous, chapitre 11.

2. La plupart de ces travaux sont mentionnés à propos des corvées imposées par Salomon aux Cananéens pour ses grandes constructions ; il ne fit que généraliser ce qui auparavant se faisait plus modestement.

L'Israélite n'oubliait pas, au surplus, d'exploiter les mille ressources de la ruse et de la chance pour arrondir sournoisement son bien. Quand il en trouvait l'occasion, il ne se serait pas reconnu comme un vrai fils de Jacob si, à l'exemple de ce grand ancêtre 1, il n'avait su se réserver quelques bénéfices imprévus sur le troupeau dont un Cananéen lui avait confié la garde. S'il était souple et patient, il pouvait arriver un jour à se voir nommer, comme le patriarche Joseph, intendant de confiance d'un païen fortuné auprès duquel il appellerait discrètement les siens à venir partager sa fortune. Qui sait même si, à l'exemple de Sara et en figure d'Esther 2, quelque fille d'Israël, devenue par sa beauté le joyau d'un harem cananéen, n'attirait pas sur ses frères les largesses et la bienveillance d'un époux épris d'amour et regorgeant de richesses ?

Enfin parmi tous ces Israélites qui venaient de se jeter, la convoitise aux yeux, sur tant de biens qu'ils avaient longtemps désirés avant de les tenir, combien n'y en eut-il pas qui, au nom du droit de conquête et en vertu des promesses de Yahwè, considérèrent comme étant à eux-mêmes tout ce qui avait échappé aux premières rafles et poursuivirent individuellement le grappillage de ce qui restait en la possession injustifiée des indigènes! On imagine aisément quelques-uns des actes variés de cette rapine complémentaire ; en toute situation, l'Hébreu, sans aucun scrupule, trompe, gruge, dépouille le Cananéen dès qu'il trouve une occasion et escompte l'impunité : propriétaire, il exploite ses ouvriers et rogne leur salaire ; trafiquant, il surfait ses prix, use de balances fausses, falsifie ses mesures, ment effrontément sur la qualité de sa marchandise ; juge ou témoin à la porte de sa bourgade, il n'a jamais rencontré que des procès où l'Israélite avait raison contre le Cananéen 3. Il n'y a pas une circonstance de sa vie où, entrant en rapport avec les infidèles, il ne puisse se

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