‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 18 sur 168 · Cf. Genèse, xxx · texte numérisé non relu

Cf. Genèse, xxx

2. Cf. Genèse, xx, 14-16, pour l'aventure de Sara, et le Livre d'Esther.

3. Pour l'Israélite, l'infidèle est l'ennemi qu'il exploite presque par dévotion. En quittant l'Egypte, les Hébreux avaient « emprunté » à leurs voisins égyptiens quantité « d'objets d'or et d'argent ainsi que des vêtements », Exode, xi, 2 ; xn, 35, 36. L'Oriental, du reste, en général, considère l'étranger comme un homme envoyé d'Allah pour être grugé. Il n'y a pas de voyageur qui n'ait à se tenir sur ses gardes s'il débat le prix d'une emplette avec un indigène ou s'aventure un peu loin dans le pays; il lui faut savoir se résigner quelquefois à être une victime généreuse

répéter, comme on le répéta plus tard avec tant d'insistance, qu'il aurait mieux valu exterminer tous les Cananéens, cette souillure immonde sur la terre de Yahwè ; mais puisqu'on a eu la faiblesse de les épargner, qu'ils se contentent de la vie sauve et qu'ils laissent du moins prendre le reste.

Ce fut seulement à l'époque de la royauté naissante que la dernière main fut mise à cette œuvre jusqu'alors incomplète de l'écrasement des Cananéens. Saùl, dans la seconde moitié du XIe siècle avant J.-C, prendra des mesures sanglantes contre les habitants de Gabaon et peut-être de Beêrôth qui étaient encore en majeure partie païennes ; Salomon, vers le milieu du Xe, réduira à une condition voisine de l'esclavage tous les Cananéens encore autonomes que David, lui, avait presque honorés en les recensant avec ses sujets israélites et judéens l.

Cette longue survivance des Cananéens et la date tardive de leur asservissement définitif montrent à quel point la Terre promise, enfin passée dans les mains des Hébreux, restait, malgré les hécatombes de la conquête, une terre profondément cananéenne. Les deux peuples vécurent plusieurs siècles côte à côte, partageant les mêmes occupations, pliant sous les mêmes fléaux, se grisant des mêmes espoirs matériels et ne répugnant pas à mêler leur sang. Les conséquences de cette fusion intime et prolongée furent peut-être avantageuses pour le développement d'Israël ; elles furent désastreuses pour sa religion. Selon l'image de l'Écriture 2, cette belle vigne d'Israël aux longs rameaux feuillus, au cep généreux, aux racines avides puisant leur suc en tous sens, cette vigne luxuriante que Yahwè venait de planter avec amour dans son propre domaine, ne pouvait tirer de cette terre imparfaitement préparée par ceux qui en avaient reçu la mission qu'une sève chargée de beaucoup d'impuretés. Il n'est

et patiente. Les quelques cas de tromperie cités ci-dessus sont empruntés aux prophètes et étaient fréquents entre Israélites ; à plus forte raison devaient-ils l'être entre Israélites et Cananéens.

i. Cf. II Samuel, xxiv, 7.

2. Cf. Isaïe, v, 1, 2 ; Jérémie, 11, 21 ; Psaumes, lxxx (Vulgate, lxxix), 0-17.

pas surprenant que nous devions la voir parfois languir, «donner du verjus au lieu de raisin », se faner et s'étioler tellement qu'on la croirait près de périr. L'étonnant, c'est qu'Israël qu'elle symbolise ait pu survivre malgré tous ces contacts pernicieux, surmonter la contagion qui le pénétrait de partout, s'assimiler largement tous les éléments qui ne contrariaient pas sa nature, et, même en partie souillé des résidus impurs qui s'attachaient à lui, finir par rester vivace, fécond et riche en fruits de choix.

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