LIEU D ORIGINE DES PHILISTINS
la fois stimulé par la crainte de perdre ses premiers gains et par le désir de les étendre : du dehors, du dedans lui venaient d'incessants appels à la lutte. En attendant que ses premiers rois l'entraînent en armes au delà de ses frontières pour faire mieux respecter ses droits, ses Juges l'aideront à secouer le joug des indigènes qui l'oppriment encore et à repousser les envahisseurs qui viennent lui disputer son bien.
Au cours de son établissement dans le pays de Canaan, son ennemi le plus redoutable sera le peuple philistin. Comme Israël, il était un tard venu en terre cananéenne ; il y forma avec lui les dernières couches de population qui se superposèrent aux anciennes durant la période historique. Aussi le souvenir de ses origines s'est-il assez bien conservé ; la Bible et les documents égyptiens nous permettent d'en retrouver les traces.
Les Philistins étaient originaires d'un pays que la Bible nomme Caphtôr sans en rien spécifier sinon qu'il était baigné par la mer l. C'est sans aucun doute le même pays que les Égyptiens appelaient Keftyw à l'époque ancienne, Keftiou, qu'il faudrait lire Keftô ou Keftou, pendant la XVIIIe dynastie, et enfin d'un nom très rapproché de la forme biblique, Keptâr, à l'époque des Ptolémées2.
1. Caphtôr n'est cité que dans Deutéronome, n, 23, comme pays d'origine des Caphtorim, dans Amos, ix, 7, comme pays d'origine des Philistins et dans Jérémie, xlvii, 4, sous la forme "\pisd >n, 'î Kaphtôr, « pays maritime de Caphtôr » (grec : « pays maritimes », sans Caphtôr). Le pluriel Caphtorim désigne les habitants de Caphtôr ; on le trouve dans la table ethnographique de Genèse, x, 14, où la phrase « d'où sortirent les Philistins », qu'elle soit primitive ou ajoutée comme glose, devrait, pense-t-on, se trouver après Caphtorim et non après « Caslouhim » : I Chroniques, 1, 12, reproduit ce même texte. On remarquera que la formule employée dans ces deux passages implique que les Philistins n'étaient considérés que comme une partie des Caphtorim ou habitants de Caphtôr. On trouve enfin les Caphtorim dans Deutéronome, 11, 23, où ils sont signalés comme ayant exterminé les Awwim qui demeuraient dans des villages aux environs de Gaza. Les versions rendent Caphtôr par « Cappadoce » et Caphtorim par « Cappadociens » {Deutéronome) ou par « Caphtorim » {Genèse et Chroniques). Le rattachement des Caphtorim à l'Egypte dans Genèse, x, 14, semble devoir s'entendre d'une dépendance politique, à moins qu'il n'y faille voir une parenté très primitive que le mélange des races finit par rendre insaisissable.
2. Keftyw remonte à la XIIe dynastie ; Keftiou se trouve dans les textes de Thoutmosis III et dans l'inscription du tombeau de Rekhmara, l'un de ses ministres ; Keft-herau ou « haut Keft » est mentionné dans le tombeau de Ramsès VI : Kefti ou Kof ti se trouve dans le décret de Canope qui remonte à 238 avant J.-C, au temps des Ptolémées ; enfin Keptâr, qui pourrait se rattacher à l'hébreu Caphtôr,
Dans les divers documents égyptiens où l'un de ces noms est employé, le pays qu'il désigne l'est ordinairement en compagnie d'autres régions qui nous sont mieux connues, avec la Phénicie, par exemple, Chypre, le Naharina, Shamgar, le royaume hittite ; il y apparaît comme un pays lointain situé au nord ou à l'ouest du monde, constitué « par des îles du milieu de la mer » et connu pour son commerce maritime 1. Ces diverses indications montrent qu'il faut chercher le pays de Keftiou dans les parages septentrionaux du bassin oriental de la Méditerranée. Quoique générale, cette localisation corrobore et précise partiellement la donnée plus vague de la Bible. Mais l'identification précise du pays n'en est pas moins demeurée longtemps incertaine 2. Elle l'est devenue beaucoup moins depuis que les fouilles de Crète ont mis au jour des représentations et des objets qui, confrontés avec les personnages et les présents du Keftiou figurés sur les monuments égyptiens, ont permis de constater un rapport très étroit entre ces deux pays. Aussi, sans que l'on puisse affirmer que Keftiou pour les Égyptiens et Caphtôr pour les Hébreux désignaient exclusivement la Crète, on suppose aujourd'hui que ces noms s'appliquaient à toute la région maritime qui englobait cette île, la moitié occidentale de la côte sud de l'Asie Mineure et l'archipel
se trouve dans les listes du temple d'Ombos au Djebel Silsélé, à quelque distance au nord de la première cataracte ; il y est identifié par l'équivalent grec avec la Phénicie, identification qui est considérée comme fautive et s'explique par la date tardive de ce document, le dernier siècle avant notre ère. Sur ces diverses appellation^, voir W. Max Muller, Asien und Europa nach altâgypiischen Denkmàlem, PP- 337 et suiv. ; Orientalistische Literaturzeitung, n, 38 ; xi, 426 ; xm, 49, 108 ; Protestantische Realencyclopâdie, x, pp. 33 et suiv. L'absence du r final dans les anciennes formes égyptiennes peut s'expliquer par l'élision ou mieux par le mouillement de cet r.
1. Voir en particulier les textes de Thoutmosis III et de Rekhmara cités dans W. Max Muller, loc. cit., pp. 338, 339, 345, et le texte de Ramsès VI dans Orientalistische Literaturzeitung, xm, 50. Ce dernier texte et celui de Rekhmara montrent que le Keftiou apparaissait aux Égyptiens comme un pays lointain qui, par sa situation, formait comme l'un de leurs quatre points cardinaux.
2. On a proposé comme correspondant au pays de Keftiou, la Cappadoce qui est sûrement hors de cause car elle ne touche nulle part la mer, Chypre, la Cilicie, la Phénicie qui ont toutes trois un nom égyptien particulier, ce qui, indépendamment des autres raisons, rend invraisemblable pour l'une d'elles l'appellation de Keftiou ; on avait déjà mis la Crète en avant mais plutôt par conjecture, et l'on avait même pensé parfois à la côte du Delta. Sur ces diverses opinions aujourd'hui démodées, voir R. A. S. Macalister, The Philistincs, their History and Civilisation, 1914, pp. 12, 13. Sur la question de l'origine des Philistins, outre cet ouvrage, voir P. Lagrange, Le Livre des Juges, pp. 262-268 ; La Crète ancienne, pp. 113 et suiv. ; sur les Philistins en général, cf. l'article de G. F. Moore dans Encyclopaedia Biblica, col. 3713-3727.