‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 23 sur 168 · Zacharte, ix · texte numérisé non relu

Zacharte, ix

5. Rapt de Sara par Abimélék de Gérare ; craintes de celui-ci à propos de Rébecca [Genèse, xx, xxvi, 10), puis histoire de Samson et cf. Ezéchiel, xvi, 27.

tout Israël, où David et Salomon entretenaient une milice étrangère composée en majeure partie de Philistins, on ne pourrait vraiment douter qu'ils ne s'empruntèrent les uns aux autres des mots et des usages. De fait, il existe en hébreu quelques termes qui semblent se rattacher aux langues indo-européennes 1 ; toutefois les relations de Canaan avec l'Asie Mineure et le monde égéen, relations directes par les guerres, le commerce et les colonisations, relations indirectes par l'intermédiaire de l'Egypte et surtout de la Phénicie, remontent plus haut que l'invasion philistine, si bien que l'on ne peut préciser avec assurance le nombre et la nature des apports de celle-ci à la civilisation hébraï-

i. Renan, Histoire du peuple d'Israël, t. i, p. 157, n, 2, propose de considérer les mots hébreux suivants comme empruntés aux Philistins qui, d'après lui, auraient parlé « un dialecte pélasgique, inclinant tantôt vers l'hellénique, tantôt vers le latin » : « parbar —peribolos, mekêra= fxàyaipa, mekoné= machina, pilegs= pellex, liska= XéavT) ». Il n'y a guère que ces deux derniers mots où le rapport avec les langues indo-européennes paraisse sûr, iifibs, piléghésh, rappelant iraXAaxtç, et rDn/b, lishkâ, Xsa/T) ; mais fWDD, mekhônâ, se rattache bien pour le sens à la racine yo, kân ; I3~i3, parbâr (I Chroniques, xxvi, 18) ou nm~iS, Parwârim (II Rois, xxiii, 11) est de signification incertaine et pourrait être aussi bien dérivé du perse parwâr ; n~DD, mekhêrâ ( Genèse, xlix, 5) est également incertain de sens et le rapprochement avec p.î.yjxipa n'est qu'une conjecture d'ailleurs non suivie. A ces mots Renan ajoute, ibid., 1. 11, p. 33, « captor qui rappelle capitul, chapiteau » ; il est beaucoup plus probable que "nRS3, kaphtôr, est tout simplement le nom du pays de Caphtôr qui donna son nom au chapiteau ou à une certaine forme de chapiteau qui en était originaire ; nous disons de même « du damas », « un Sèvres » ; il y a tout lieu de croire d'ailleurs que ce mot serait plutôt venu aux Hébreux par l'intermédiaire des Phéniciens qui eurent une si grande part aux constructions élevées par David et Salomon à Jérusalem.

Les langues sémitiques et notamment l'hébreu offrent d'autres mots dont la ressemblance avec des mots grecs est non moins frappante ; tels sont par exemple :

ÏTON, yélûn, « linge fin » et o'ôo'vï) ; cf. aussi F06, indo-européen vadh, « lier » ;

HD3, bâ'md, « hauteur, haut lieu » et (3(x>|xd<;, « plate-forme élevée, autel » ;

ynn, hdrûç, « or » et ypuadç ; mais cf. aussi le sanscrit hiranam, hiranyam ;

p>, yayn, « vin » et oTvoç ;

JTV, yardên, « Jourdain » et 'iàpSocvoç, rivière d'Élide et de Crète ;

raro, kethôneth (état construit), « robe » et yixiov ;

□nsb, lappîdhtm, « flambeaux » et Àapi7ràôsç ;

myo, me*ârâ, « caverne » et {jtéyapov, « grande salle » mais aussi « partie d'un temple où se rendait l'oracle » et « trou » creusé lors des Thesmophories pour y jeter des pourceaux vivants ;

NS>D, araméen saipâ, arabe saif, « glaive » et Sjtcpoç ;

pp, qérén, « corne » et cornu.

Sur ces divers noms, voir le dictionnaire de Gesenius-Buhl, 17e édition, où l'on trouvera quelques références aux ouvrages qui signalent ces rapprochements.

Ces rapprochements sont intéressants, mais il n'est pas facile de préciser quelle fut la langue d'origine de ces divers mots. On peut dire que piléghésh est probablement d'origine indo-européenne, kethôneth, yardên, me^drâ, bâmâ, d'origine sémitique. On trouvera beaucoup d'autres rapprochements dans M. Vernes, Les emprunts de la Bible hébraïque au grec et au latin, Paris, 1914 ; mais la majorité d'entre eux sont sans fondement sérieux.

SÉMITISATION DES PHILISTINS 63

que. On le peut d'autant moins que les fouilles pratiquées dans les villes qui appartenaient aux Philistins ou dépendaient d'eux n'ont pas fourni assez d'éléments capables d'obliger à croire qu'ils eussent possédé une civilisation de tous points originale et caractéristique. Les cinq tombes de Gézer, si elles furent bien à eux, ainsi que leur poterie d'origine ou mieux peut-être d'inspiration égéenne et chypriote ne sauraient à elles seules contrebalancer 3e fait de leur rémitisation rapide ; les Philistins empruntèrent sans doute plus qu ils ne donnèrent à la civilisation de Canaan.

Cette assimilation presque totale des Philistins au milieu cananéen mérite qu'on la souligne. Elle se réalisait chez un peuple qui, à première vue, devait lui être rebelle en raison de sa suprématie militaire et parce qu'il tirait son origine de ce monde égéen où régnait la civilisation peut-être la plus fine, au moins à notre goût, de toute l'antiquité. Si des représentants des races européennes perdaient à ce point leur individualité au contact de Canaan, à quel danger d'une assimilation infiniment plus complète ne fut pas exposé le peuple d'Israël qui, étant de race sémitique, se trouvait de plain-pied avec les Cananéens dans les domaines de l'esprit, des tendances et des mœurs ! Il est vrai qu'il s'adapta, lui aussi, très largement sous l'action de l'agriculture et surtout par suite des mariages mixtes ; dans la religion même, la masse accepta des compromissions nombreuses. Pourtant plus encore que ne réussirent à le faire les Philistins, les Hébreux restèrent un peuple à part, et, tandis que ceuxlà devenaient les coreligionaires des Cananéens, eux restaient les serviteurs du Dieu unique : Yahwè, gardant son caractère moral et son isolement jaloux, ne fut point rabaissé au rang des divinités de toute espèce, qui, par l'intérêt et la sensualité, lui disputaient l'empire des âmes. Jamais on ne pourra trop admirer ce contraste entre l'histoire religieuse des Philistins et celle d'Israël, alors que, à parler humainement, Israël n'était pas le mieux doué. Il y a là l'un des plus clairs exemples de l'intervention de Dieu dans la vie de son peuple élu.

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