‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 27 sur 168 · Genèse, xix · texte numérisé non relu

Genèse, xix

4. Balac, fils de Séphor, était roi de Moab au moment où les Hébreux conduits par Moïse traversèrent le pays de Moab, Nombres, xxn, 4. Sur les rois d'Édom, voir ci-dessous à ce même chapitre.

5. Nombres, xxm, 24 et cf. l'épisode de Balaam, ibid., xxn, 2-xxiv.

6. A la période que nous étudions, la frontière de Moab pourrait avoir suivi la profonde vallée où coule l'Arnon ; mais les Édomites semblent avoir entamé le territoire des Moabites : la capitale de leur premier roi se trouvait peut-être en pays

C'était aussi le sentiment que nourrissait à son égard le royaume d'Édom, qui s'étendait au sud de Moab, de chaque côté de l'Arâbâ, cette dépression désertique qui prolonge vers le golfe Ëlanitique celle où dort la Mer Morte. Ils n'étaient pourtant pas voisins l'un de l'autre au commencement de la période des Juges ; les tribus des Qênites et de Yerahmeël, encore indépendantes de Juda, les séparaient. Mais Ëdom semble en avoir toujours voulu à ce peuple d'Israël plus jeune que lui, de qui la part, ce beau pays de Canaan « ruisselant de lait et de miel », valait dix fois et au delà son pauvre territoire dont la moitié n'était qu'un désert torride l.

La portion qui s'en étendait à l'ouest de l'Arâbâ sur la presqu'île du Sinaï n'était occupée que par des Bédouins pasteurs et pillards, qui voyaient souvent les soldats égyptiens paraître à leurs trousses pour réprimer leurs brigandages et opérer jusque chez eux des contre-razzias sévères ; on se rappelle que Ramsès III, un peu après 1200, les avait battus, dispersés, pillés, et en avait emmené un bon nombre en Egypte pour servir d'esclaves dans les temples.

Par contre, la région édomite située à l'est s'était assez tôt, à peu près sans doute vers la même époque, organisée en un royaume qui dut faire quelque figure, car des souvenirs précis s'en étaient conservés. Nous possédons, en effet, une liste de huit rois, dont le dernier, Hadad II, est probablement celui qui fut le contemporain de David et de Salomon, dans le cours du Xe siècle, et dont le premier pourrait, par suite, avoir ouvert

moabite (voir ci-dessous) et, en tout cas, leur quatrième roi battit les Madianites en territoire moabite (voir ibid.). Cette occupation édomite est d'ailleurs rendue quelque peu vraisemblable par l'occupation israélite au IXe siècle, qui montre que Moab était une proie facile. Toutefois, les deux détails cités ci-dessus ne l'établissent point sûrement, le premier étant en somme incertain et le second pouvant viser une simple contre-razzia opérée d'Édom sur le territoire voisin, tout comme celle de Gédéon dans la même région. Pour la topographie de Moab, voir A. Musil, Arabia Petraea, 1, Moab.

I. Cf. Genèse, xxvn ; la bénédiction d'Ésaii-Édom, fils aîné d'Isaac, est détournée sur le cadet, Jacob-Israël ; voir en particulier les versets 39 et 40 qui décrivent la stérilité et la sécheresse du sol du pays édomite. — Sur les Horites, dont on fait communément une population troglodyte primitive d'Édom et qui restaient encore nombreux, organisés en clans, *hn, 'éléph, avec des chefs nommés «p^N, 'ailûph, voir Genèse, xxxvi, 29, 30. — Pour la topographie d'Édom, voir A. Musil, loc. cit., ii, Edom.

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cette ère royale dans le cours du xne l. Elle a ceci de particulier qu'aucun des rois qui la remplissent n'est le fils de son prédécesseur. Il est infiniment peu vraisemblable qu'il faille voir en ce détail la marque d'une royauté élective ou que chacun de ces princes fût simplement nommé en qualité de fondateur d'une dynastie nouvelle ; il y a plutôt lieu de penser que ces rois n'étaient pas sans analogie avec les Juges d'Israël, surtout avec les Petits

i. La liste des « rois qui régnèrent dans ce pays avant que n' (y) régnât un roi des Benè-Israël », se trouve dans Genèse, xxxv:, 31-39. C'est une sorte d'épitomé qui donne une suite de huit rois. En voici un bref commentaire, le texte biblique étant marqué par des italiques :

i° Bêla, fils de Be*ôr, de la ville de Dinhâbhâ (le nom est assez fréquent ; on le trouve en Babylonie et dans la région de Palmyre ; aussi rien ne prouve qu'il faille choisir, pour son identification, entre Tennib, à l'est de Hesbân, Dannea, à l'ouest de cette dernière ville, ou Dannea, Denn, au sud de l'Arnon ; cette dernière localisation fournie par Eusèbe, Onomastica sacra, 114, 31 ; 249, 35 de l'édition de Lagarde ; 76, 9 de l'édition de Klostermann, est toutefois assez acceptable).

20 Yàbhdbh, fils de Zérah, de la ville de Boçra (aujourd'hui Bouçeira ou petit Boçra, à environ 35 kilomètres en ligne droite au sud-sud-est de la Mer Morte).

3° Housham (sans nom du père), du pays des Teimanites sans nom de ville ; Teiman, renommée pour sa sagesse, se trouvait dans la portion nord d'Édom, car Ezéchiel, xxv, 13, l'oppose à Dédan, aujourd'hui Fl-çEla, dans la portion sud ; Amos, 1, 12, fait de Boçra la capitale de Teiman ; Onomastica sacra, 260, 95 ; 155, 32, de l'édition de Lagarde ; 96, 18, de celle de Klostermann, mentionne un village de Thaiman voisin de Pétra ; ainsi le pays de Teiman pourrait s'être étendu des environs de Pétra au sud de la Mer Morte ou même jusqu'à l'Arnon ; sur d'autres données pour la localisation de Teiman, voir Revue Biblique, 1911, pp. 106, 107).

4° Hadad, fils de Bedad, celui qui battit les Madianites dans les campagnes de Moab (à peu près dans la même région que le fit Gédéon ; voir ci-dessous, chapitre vu), de la ville de Awwîth 'grec : r&Oôdujx ; on croit en retrouver le nom dans la chaîne 'de collines de Ghouweite, dans la région orientale de Moab).

5° Samlâ (sans nom du père), de Masrêqâ (le nom de cette ville désigne un lieu planté de vignobles, pnTur, sôrêq, « plant de vigne de choix » ; Onomastica sacra, 137, 10 ; 277, 3 (Lagarde) ; 124, 18 (Klostermann), la place dans la Gébalène, la région septentrionale d'Êdom).

6° Shâoul (==Saiil), (sans nom du père), de Rehôbôth du fleuve, (le « fleuve » doit représenter une rivière permanente, par opposition à un ouâdy ; Rehôbôth qui signifie « larges » est un nom topographique assez commun ; on n'a pas d'identification un peu solide à proposer).

7° Baal-hânân, fils de *Abkôr (sans nom de ville).

8° Hadar ou mieux Hadad (sans nom du père), de la ville de PâKoû (grec : (boyiôp^ Pecôr ; Pâ'oû est inconnue ; Pe'ôr est le nom d'une montagne et d'une ville, Beth- Pe'ôr, qui sont à placer vers l'angle nord-est de la Mer Morte sans que l'on puisse préciser davantage ; mais cette région est en plein Moab et convient peu pour la ville d'origine ou la capitale d'un roi édomite ; l'hébreu Pâ'oû est sans doute à maintenir) ; le nom de sa femme était Mehêtabh-el, fille de Matrêdh, fille (grec et syriaque : fils) de Mê-zdhîbh (ce dernier nom signifie « Eaux-d'or » ; on l'a comparé ou même identifié avec Dhê-zâhâbh de Deutêronome, 1, 1, et l'on y a vu un nom de lieu ; rien de certain en cette transformation). Ce second Hadad est apparemment le roi édomite contemporain de David et de Salomon au Xe siècle avant J.-C. ; cf. I Rots, xi, 14-22. Ainsi ie premier roi, dans la mesure ou l'on peut croire que cette liste représente une série de rois successifs, aurait vécu dans le cours du XIIe siècle, si l'on donne à chacun d'eux une moyenne de vingt ans de règne. Sur cette liste voir, entre autres, Ed. Meyer, Die Israeliten und ihre Nachbarstdmme, pp. 370 et suiv.

Juges et notamment avec Jephté qui était presque de leur région l. Arrivés au pouvoir à la suite de quelque haut fait qu'ils se seraient fait payer en gardant l'autorité exercée par eux comme chefs militaires, ils s'installaient dans la capitale du royaume, ou plutôt dans la ville d'où ils étaient originaires et, leur vie durant, s'y comportaient en rois 2.

Le soin que Ton prit de conserver la mémoire de détails personnels propres à chacun d'eux suggère de croire que Ton avait gardé de même celle de quelques événements de leur règne. De l'un d'eux, le quatrième, Hadad Ier, il est noté en effet qu'il battit les Madianites jusqu'en territoire moabite, tout comme fit Gédéon. Il est bien probable que pour les autres on aurait aussi pu citer quelque fait saillant en dehors des détails de famille et de topographie, qui nous sont seuls parvenus.

S'il en était ainsi, la civilisation aurait marché de pair en Ëdom avec l'organisation. De même que la royauté naissante en Israël posséda, au Xe siècle, ses annalistes et ses historiens, de même Édom, arrivé plus tôt au régime monarchique, pourrait bien avoir, dès le xiie ou le XIe siècle, confié à l'écriture les noms de ses grands hommes et le récit de leurs victoires. N'est-ce pas du reste tout près de là, un peu au nord de l'Arnon, frontière d'Édom et de Moab, que fut dressée au ixe siècle cette fameuse stèle de Mésha, dont le Canaan Israélite n'a pas encore fourni l'équivalent ? Les Araméens n'auraient peut-être pas été sans quelque influence sur ce développement précoce de l'Édom oriental, car si l'un des rois édomites porte le nom de Baal-hânân qui montre, comme le nom du dieu Baal de Peôr en Moab, que la religion indigène de

1. Jephté était du Galaad, au nord du royaume d'Ammon ; sur les pourparlers et la victoire qui l'amenèrent au pouvoir, cf. Juges, xi, 1-33 et ci-dessous, p. 181. La liste de ces huit rois édomites rappelle en particulier par sa rédaction, celle des Petits Juges d'Israël de Juges, ni, 31 ; x, 1-5 ; xn, 8-15 ; l'une et l'autre nous montrent avec quel soin et quelle fidélité on garda de très bonne heure certains souvenirs locaux ; mais réserve faite pour ce qui concerne le quatrième roi, elles sont aussi laconiques l'une que l'autre et se bornent à des renseignements tout personnels. On remarquera que les noms de ville sont mentionnés dans toutes deux avec grand soin.

2. Il y a deux sortes de formule pour la mention de la ville de chacun de ces rois : i° «... et le nom de sa ville était X. », dans Genèse, xxxvi, 32, 35, 39 ; 20 «... de X. », 33, 34 (du pays de ...), 36, 37. La seconde formule indique assez clairement qu'il s'agit du lieu d'origine ; par analogie la première doit avoir le même sens. Il resterait à savoir si les villes indiquées devenaient tour à tour la résidence du roi qui en était originaire ou bien s'il n'existait pas quelque capitale unique où résidait le roi après son arrivée au pouvoir.

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ces pays possédait des éléments cananéens, deux autres rois s'appellent Hadad, du nom du grand dieu dont les Araméens feront la fortune. Ces quelques détails montrent à l'évidence que ces petits royaumes de Test du Jourdain ne vivaient pas, comme on se l'imagine assez souvent, dans une demi-barbarie; ils étaient en plus d'un point les aînés d'Israël ; aussi ce peuple, entrant en rapport avec eux et pénétrant en Canaan, se trouvait-il tout de suite en contact avec des civilisations plus avancées que la sienne et dont sa remarquable souplesse d'adaptation lui permettait de tirer rapidement le plus précieux parti.

Pour fermer le cercle autour des Hébreux il n'y avait plus, entre Édom et les Philistins, que les steppes du Négéb et les sables du désert. Dans le Négéb circulaient des douars de seminomades à la recherche de l'eau et de l'herbe pour leurs troupeaux. Ils appartenaient à ces tribus édomites d'origine qui, déjà alliées à Juda, allaient bientôt se fondre avec lui : les Calébites étaient maîtres de la grande ville d'Hébron et de la contrée qui l'avoisine vers le sud ; les Qenizzites et les Qênites 1 se partageaient

i. L'origine des Qênites ou Cinéens n'est pas connue avec précision ; la Bible ne donne pas leur généalogie ; I Chroniques, n, 55, les rattache seulement aux Rékhabites, d'une manière plus large à Caleb, et indirectement à Juda. Ces dernières indications, semblant viser la période historique, laissent dans l'incertitude la première origine. De cette obscurité sont sorties des hypothèses ; on a fait d'eux les descendants de Caïn, une tribu errante avec un tatouage distinctif et méprisée pai les autres peuples (cf. Genèse, iv, 15), une tribu de forgerons ambulants [ibid., 22) ; mais ces conjectures avancées principalement par Stade (Zeitschrift fiir die Altestamentliche Wissenschait, t. xiv, pp. 250 et suiv.) n'ont de base que l'identité du nom de Qayn et le sens de « forgeron » qu'a ce mot en arabe et en araméen. Il n'y a sans doute pas plus de véritable raison à appeler « qênites » les inscriptions archaïques du ouâdy Maghâra et de Sarabît el-Khâdim, dont il sera dit un mot ci-dessous, chapitre xvi. Ce qu'on sait des Qênites établit seulement leur facilité à se déplacer ou peut-être mieux leur dispersion. On les trouve en relation avec Édom, semblet-il, dans Nombres, xxiv, 22, où Balaam, jouant sur le nom de Qayn qu'il rapproche de qén, « nid », place leur aire sur « La Roche » qu'on pourrait retrouver dans II Rois, xiv, 7, où il s'agit d'Édom. Ils sont de même en relation avec la presqu'île du Sinaï puisque Moïse fugitif avait épousé une femme qênite, Juges, 1, 16 ; iv, u ; avec les Madianites, si l'on admet que le beau-père de Moïse, qualifié de Madianite {Exode, 11, 16 ; ni, 1 ; Nombres, x, 29) est le même que celui qui est dit qênite ; avec les Amalécites du Négéb, ibid. ; I Samuel, xv, 6 ; avec les Judéens de la même région, ibid. ; xxvn, 10 ; xxx, 29, et de même Juges, 1, 16 ; avec ceux de la région de Bethléem, I Chroniques, il, 55 ; avec les Cananéens et les Israélites de la plaine de Yizreël, Juges, iv, n et 17 ; v, 24 ; c'est cette dispersion, sans doute, qui explique que Genèse, xv, 19, les nomme parmi les habitants de la '1 erre promise. On voit que leur origine ne se dégage pas clairement de ces quelques données ; le plus probable, c'est qu'ils se rattachaient à Édom, qu'ils vivaient primitivement dans la presqu'île du Sinaï et qu'ils finirent par s'agréger à diverses autres tribus. Le texte malheureusement obscur de I Chroniques, n, 55, laisse tout au moins entendre que, soit

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