Cf.; par exemple, I Samuel, xx, 6 ; Juges, xvi
en restant désintéressée. Voici une scène qui dépeint au vif le voyage tel qu'il se faisait en ces temps-là. Un Lévite, établi dans la Montagne d'Éphraïm, était parti avec son serviteur et une paire d'ânes pour Bethléem afin de ramener chez lui une de ses femmes qui, s'étant fâchée avec lui ou lui ayant été infidèle, était rentrée à la maison de son père. Quand celui-ci aperçut son gendre, il s'avança joyeusement à sa rencontre ; la réconciliation des deux époux ne tarda guère et le Lévite parla de repartir.
Mais il fut retenu de force par son beau-père, le père de la jeune femme, et il resta trois jours avec lui, mangeant, buvant et passant les nuits en ce lieu. Le quatrième jour, comme ils s'étaient levés de bon matin, il se disposait à s'en aller ; mais le père de la jeune femme dit à son gendre :
— Redonne-toi du cœur en prenant un morceau de pain ; et après vous vous en irez.
Ils s'assirent donc, mangèrent tous deux ensemble et burent. Puis le père de la jeune femme dit à cet homme :
— Allons, décide-toi ; passe la nuit et sois joyeux !
Pourtant cet homme se disposa à s'en aller ; mais son beau-père le pressa si bien qu'il passa là une nouvelle nuit.
Le cinquième jour, il se leva de bon matin pour s'en aller mais le père de la jeune femme dit :
— Allons, redonne-toi du cœur !
Et ils s'attardèrent jusqu'au déclin du jour en mangeant tous deux ensemble. Alors comme cet homme se disposait à s'en aller, lui, sa concubine et son garçon, son beau-père, le père de la jeune femme, lui dit :
— Voici que le jour baisse vers le soir ; passe la nuit ici et sois joyeux ! Vous vous lèverez demain de bonne heure pour vous mettre en route et tu t'en iras à ta tente *.
Mais cet homme ne voulut point passer la nuit, et, s'étant levé, s'en alla. Et il arriva juste en face de Jébus ou Jérusalem, ayant avec lui une paire d'ânes bâtés, sa concubine et son garçon. Comme ils touchaient Jébus et que le jour avait beaucoup baissé, le garçon dit à son maître :
— Allons, détournons-nous donc vers cette ville des Jébuséens et nous y passerons la nuit.
— Non, lui dit son maître, nous ne nous détournerons pas vers une ville d'étrangers qui ne sont pas des Benè-Israël ; mais nous passerons plus loin jusqu'à Gabaa.
Puis il dit à son garçon :
i. Il n'est pas sûr qu'il faille entendre ici le mot « tente » au sens propre. En tout cas, il l'avait perdu au temps de David et après Salomon, où il ne signifiait plus que le « chez soi » ; cf. II Samuel, xx, i ; I Rois, xn, 16. C'était là un vestige du temps où l'on vivait sous la tente ; en arabe bail signifie de même « tente » et « maison », par une transformation facile à saisir. Si le Lévite d'Éphraïm demeurait encore réellement sous une tente, il serait intéressant d'apprendre par là que des Hébreux n'étaient pas encore devenus entièrement sédentaires durant la première partie de l'occupation de Canaan.
— Allons, nous nous rapprocherons de l'un de ces endroits et nous passerons la nuit à Gabaa ou à Râmâ.
Ils passèrent leur chemin et le soleil se coucha quand ils étaient dans le voisinage de Gabaa de Benjamin. Ils se détournèrent donc de ce côté pour aller y passer la nuit.
Il vint s'arrêter sur la place de la ville ; mais personne ne les recueillait dans sa maison pour passer la nuit. Pourtant voici qu'un vieillard rentrait de travailler dans les champs, le soir venu. C'était un homme de la Montagne d'Ëphraïm. qui était étranger et domicilié en clientèle à Gabaa, tandis que les hommes de ce lieu étaient des Benjaminites. Ayant levé les yeux, il vit le voyageur sur la place de la ville.
— Où vas-tu et d'où viens-tu ? dit ce vieillard.
— Nous sommes en train de passer de Bethléem de Juda jusqu'au fond de la Montagne d'Ëphraïm d'où je suis. J'étais allé jusqu'à Bethléem de Juda et je m'en vais chez moi. Personne ne me recueille dans sa maison ; et cependant, de la paille et du fourrage, nous en avons pour nos ânes ; du pain et du vin, j'en ai pour ta servante et pour le garçon qui est avec ton serviteur ; rien ne manque, absolument rien.
— Je te salue, dit le vieillard. Pour ce qui te manquerait, je m'en charge ; seulement, ne passe pas la nuit sur la place.
Et il le fit entrer dans sa maison ; il donna du mélange aux ânes 1 ; puis ils se lavèrent les pieds et ils mangèrent et burent 2.
Le devoir de donner l'hospitalité était très strict, car l'hôte, même inconnu, était considéré comme un envoyé de Dieu, qui avait droit à un abri et à la protection. On sait jusqu'à quelle extrémité ce bon vieillard se croira tenu par respect pour ce droit du Lévite d'Ëphraïm qu'il avait reçu sous son toit et l'on connaît la catastrophe que les habitants de Gabaa attireront sur eux et sur toute leur tribu pour l'avoir outrageusement violé 3.
En dehors de ces déplacements imposés par des raisons de piété, d'affaires ou de famille, les Hébreux de ces temps anciens ne devaient pas voyager beaucoup. Encore absorbés par les soins de la terre, ils n'étaient pas engagés, comme ils le furent plus
i. La signification des termes nisdd, mispô, et b>ba, belil, de Juges, xix, 19 et 21, n'est pas claire pour nous. Le premier, mispô, ne peut guère être la paille qui est mentionnée à côté de lui par le terme tébhén ; ce pourrait être du fourrage ou de l'herbe sèche. Le second, au moins d'après son étymologie, indiquerait un mélange de plusieurs herbages, et, comme Isaïe, xxx, 24 et Job, xxiv, 6 en parlent comme de plantes venant en plein champ, il en faudrait conclure que l'on semait, pour l'obtenir, des graines de plusieurs espèces : pourtant Lévitique, xix, 19, prohibe le mélange des semences; Deatéronome, xxn, 9, le prohibe pour la vigne mais ne dit rien pour les champs ; dans cette divergence, nous avons probablement une nouvelle trace des transformations d'une législation primitive.