J trémie, xn, 13 ; Matthieu, xm
par le charbon et par la nielle, ils n'offraient plus que des restes insuffisants pour conjurer la famine *. Ces fléaux jetaient parfois les Hébreux dans l'épouvante et la désolation. Voici, par exemple, comment le prophète Joël décrivait la terreur causée par l'invasion d'une armée de sauterelles ; on entend le cliquetis sec des mandibules, on voit la nuée dévorante s'avancer drue, compacte, et pénétrer partout.
Ainsi que l'aurore, s'épand sur les monts
Un peuple nombreux et fort.
De pareil à lui, il n'y en eut point
Dans les temps antiques ; Et après lui, il n'y en aura plus Jusqu'aux âges lointains.
Devant lui, le feu dévore ; Derrière lui, flamboie la flamme.
Le pays ressemble au jardin d'Éden, devant lui, Et, derrière lui, c'est la désolation du désert Car il n'a rien laissé survivre.
A le voir, on croit voir des chevaux, Et, comme des coursiers, il galope.
Tel un bruit de chars Bondissant sur les cimes des monts ; Tel un bruit de flamme et de feu
Dévorant la paille ;
Telle une forte troupe
En ligne de bataille.
Devant lui, les peuples se tordent d'effroi ; Sur tous les visages pâlissent les couleurs.
Comme des preux ils s'élancent
Et comme des hommes de guerre
Ils escaladent le mur.
Chacun s'avance par son chemin :
Ils n'échangent pas leurs routes ; Nul ne pousse son voisin :
Ils marchent un homme par voie.
Au travers des traits ils se précipitent
Sans rompre les rangs.
Ils attaquent la ville,
Ils courent sur le mur,
Ils montent aux maisons
Et, par les fenêtres,
Ils entrent en voleurs.
i. A ggée, ii, 17 ; I Samuel, vi, 5 ; Matthieu, xm, 4 ; Joël, 1, 5-12 ; il, 1-11 ; Deutéronome, xxvm, 22 ; Amos, iv, 9 ; I Rois, vm, 35, 37.
Devant lui la terre tremble, Le ciel branle, Le soleil, la lune s'obscurcissent Et les étoiles éteignent leurs feux l.
Quand les sauterelles ont passé, ce n'est, dans le pays dévasté, qu'un long gémissement douloureux. Les arbres sont dépouillés, les récoltes ont disparu ; l'espoir de l'agriculteur s'effondre dans la stupeur au spectacle de cette désolation rapide 2.
La sécheresse n'était pas un fléau moins redoutable dans le pays judéen où, faute de sources abondantes, on comptait sur la pluie de l'hiver pour remplir les citernes. En voici une courte description due à Jérémie, où les détails pittoresques sont choisis non sans art.
Juda fut dans le deuil ; A ses portes, abattu, Les vêtements sordides, on gisait à terre ; Et, de Jérusalem, un cri d'angoisse monta.
Les plus opulents envoyèrent
Leurs valets à l'eau :
Ils vinrent aux citernes,
Ne trouvèrent point d'eau Et s'en retournèrent avec leurs vases vides,
Confus, humiliés
Et la tête voilée.
C'est à cause du sol qu'on fut consterné : Il n'y avait point de pluie sur la terre ; Et les laboureurs, pleins de confusion, Se voilèrent la tête.
Jusqu'à la biche même qui, dans la campagne, Mit bas sa portée pour l'abandonner
Par faute de verdure.
Sur les hauteurs nues, debout, les onagres Reniflèrent le vent comme font les chacals,
Les regards mourants
Par suite du manque d'herbe 3.
Contre tous ces maux déchaînés par la nature au service de la vengeance divine, l'agriculteur, qui y voyait le châtiment de ses
i. Joël, il, 2b-io.