Voir, par exemple, Osée, 11, 16 (Vulgate
pour toujours aimait à redire les histoires des patriarches, ces pasteurs si nobles dans leur simplicité, comme pour tromper par ces souvenirs d'un passé dont elle s'enorgueillissait, l'humiliation qu'elle ressentait à n'être plus libre comme l'avaient été ses pères. Tout le long de l'histoire ancienne d'Israël on trouve la trace de ce regret. Mais il allait en s'effaçant devant l'attrait de mieux en mieux senti de la vie agricole. Dès les premiers temps de la royauté, peu après la fin de la période des Juges, l'Hébreu conquis à son tour par la terre, semblait ne plus pouvoir imaginer de vrai bonheur sans elle. On l'entend dès lors célébrer d'un air ravi la félicité idéale de « s'asseoir tranquillement à l'ombre de son figuier et de la vigne » qui s'y enlace, puis de « manger, de boire et de s'abandonner à la joie 1 ». C'est que, aux appels à la vie de bien-être que lui adressait la civilisation des sédentaires cananéens2, la terre a mêlé sa voix profonde. Elle est devenue sa grande préoccupation, cette terre nourricière qui s'attache son nouveau maître autant par les fruits qu'elle lui donne que par les peines qu'elle lui cause. Il fait d'elle l'objet constant de ses soucis ; il la sent envahir son âme ; peu à peu il se met à l'aimer. Il l'aime d'autant mieux que, dans ce pays de Canaan si différent du désert qu'il vient de quitter, une nature féconde s'applique à la parer pour lui mieux plaire de séductions qu'elle renouvelle sans se lasser. Elle est riche et paraît inépuisable ; elle multiplie partout la vie sous mille formes variées. Chaque printemps elle renaît et devient une oasis toute riante de verdure et de fleurs. Ici, plus de sables arides, plus d'immensités désolées. Des sources versent lentement leur eau précieuse ; des ruisseaux un peu grêles courent çà et là dans le fond des vallées ; la pluie, cette vraie bénédiction du ciel, tombe en abondance à point nommé ; et la rosée des nuits rafraîchit et féconde la terre que le jour a gorgée de soleil. Des richesses de toutes sortes s'échappent de son sein généreux. « Les collines joyeuses se ceignent d'une ceinture verdoyante ; les troupeaux font comme un vêtement aux prairies ; les vallées s'enveloppent dans un voile de froment ; les steppes arrosées et ruisselantes se couvrent
i. I Rois, iv, 20 ; v, 5 (Vulgate, v, 25) ; cf. Michée, iv, 4. 2. Deutérov.ome, vin, 12-13.
de pâturages x » ; l'olivier, le figuier, le grenadier se chargent de fruits, et, parmi les pampres rampants à terre ou suspendus aux arbres des vergers, se cachent ces grappes énormes qui avaient fait l'admiration des Hébreux au désert 2. A l'automne, ce spectacle et ces dons disparaissent, mais pour reparaître quelques mois après avec une régularité qui trompe rarement l'attente. C'est vraiment une fête à laquelle la Nature convie l'homme tout le long de son existence. Prodigue, charmeuse et gaie, elle l'invite à s'épanouir avec elle, à s'unir à elle de toutes les forces de son être pour participer aux mystères de l'inépuisable Vie et pour en célébrer les incessants triomphes. Elle l'enchante, elle le caresse ; elle lui met la joie dans le cœur, l'action de grâces sui les lèvres, la volupté dans les sens.
Cet appel puissant et doux, l'Hébreu ne l'écouta que trop dès qu'il l'entendit retentir ; il y prêta une oreille d'abord surprise, puis bientôt charmée, et il se précipita d'un élan fou vers ces cultes de la Nature où la piété la plus sincère s'alliait à la j ouissance la plus effrénée. Il ne délaissa point Yahwè, le Dieu de sa nation, mais il voulut aussi ne point courroucer les divinités du pays qu'il venait d'occuper et profiter à son tour de leur libéralité séculaire pour la fertilité de ses champs et la fécondité de son troupeau. LeBaal l'attira par sa générosité débonnaire de dieu champêtre; Astarté et Ashêrâ le séduisirent par leurs attraits provoquants ; et leur culte licencieux, grâce à sa mystique rassurante qui sanctifiait les sensualités les plus basses, ne l'effaroucha point.
Toutefois, il faut le dire à la gloire d'Israël, si la masse de ce peuple épousa avec quelque empressement certaines croyances
1. Psa urnes, lxv (VulgateLXiv), 13, 14. Voir aussi dans Dentéronome, vm, 7-10, une énumération des richesses de Canaan, qui laisse percer l'enthousiasme et la reconnaissance pour ce beau pays. Dans ce dernier passage, après avoir mentionné l'eau, le blé, l'orge, la vigne, les figuiers, les grenadiers et le miel, l'auteur ajoute : « pays dont les pierres sont du fer, et des montagnes duquel tu pourras extraire le cuivre ». Cette richesse en minerais ne concerne pas la Palestine proprement dite qui ne semble pas avoir été jamais exploitée comme pays de mines, mais plutôt la Galilée septentrionale et surtout le Liban qui, eux aussi, faisaient théoriquement partie de la Terre promise idéale, et où, en effet, on exploita souvent le cuivre. Toutefois le basalte avec une teneur en fer qui peut atteindre 20 o /o se trouve en abondance dans le pays à l'est de la dépression de la Mer Morte, et notamment dans le Hauran et le pays de Moab ; il y a des sources ferrugineuses à Tibériade et à Hâsbeyâ vers le haut Jourdain. A Phounon, dans l'Arâbâ, au sud de la Mer Morte, les Romains exploitèrent le cuivre.