PREFACE XIII
partie notable, la masse peut-être même du peuple, se laisse toucher, puis gagner par les rites et les idées d'un paganisme sensuel. A côté de la religion authentique que des âmes saintes s'attachent à garder pure de tout alliage et dans l'austère simplicité de la révélation, s'étale une religion facile où l'on prétend mieux servir Yahwè en le servant à la manière d'un Baal. Le grand miracle de la période des Juges, c'est que le yahwéisme n'ait pas alors sombré pour toujours dans cet abîme d'erreurs, de jouissance et de corruption.
Telles sont les trois grandes idées directrices que je me suis appliqué à dégager des faits pour mettre quelque suite dans un exposé que l'insuffisance des documents rendrait assez décousu. Si importantes qu'elles soient aux yeux de l'historien, j'espère pourtant qu'elles n'occuperont pas tellement le lecteur qu'il ne puisse goûter en eux-mêmes les récits de la période des Juges. Ils ont, dans la Bible, comme une acre saveur. C'est qu'Israël était alors un peuple dans sa crise de croissance, qui venait de soutenir et qui soutenait encore des combats acharnés pour conquérir et pour garder la Terre promise à ses ancêtres. Souvent les mœurs paraîtront rudes, la convoitise effrénée, et les appétits furieux à s'assouvir. Mais on rencontrera l'élan fraternel à côté de l'égoïsme jaloux, l'ardeur guerrière à côté du plus sombre abattement, la candeur à avouer ses fautes à côté des instincts déchaînés, la religion presque aimante à côté des pratiques cultuelles les plus grossières.
Ces contrastes qu'offrira l'Israël de la période des Juges sont du genre de ceux que présente une jeunesse généreuse mais encore indomptée. S'ils déconcertent, ils ne doivent pas faire douter de la mission du peuple élu. Ils montreront seulement qu'Israël ne tirait pas de son propre fond la connaissance de la vraie religion et qu'il ne se pliait pas avec docilité sous le joug des devoirs qu'elle lui imposait. La vérité ennoblit celui qui la