III. — LE LÉVITE DE MIKHA ET LE SANCTUAIRE DE DAN
Au temps de l'invasion philistine dans la Montagne d'Éphraïm, l'arche sera prise et Silo dévastée. L'arche, rendue par les Philistins puis transférée par David à Jérusalem, reprit sa place auguste dans la religion ; mais Silo ne partagea point son sort ; jamais elle ne redevint capitale religieuse. Elle fut supplantée dans ce rang, d'abord par Jérusalem, puis, après la sécession des tribus d'Israël, par les deux villes saintes de Béthei et de Dan. Béthel remontait aux temps les plus antiques ; Dan ne fut créée que durant la période des Juges dans les circonstances que voici2.
Les Danites s'étaient établis à la hauteur de Jérusalem sur les collines occidentales du massif montagneux, puis avaient atteint la plaine côtière et peut-être même le littoral. Mais les Amorrhéens de cette région, soit de leur propre initiative, soit par suite de la pression que leur faisaient subir les Philistins envahisseurs, refoulèrent les Danites sur les collines et habitèrent même parmi
i. Le nom de cet autel est donné par Josué, xxïi, 34, texte corrigé d'après le syriaque. Sur les autels à nom particulier, voir, ci-dessous, p. 160, note.
2. Origine du sanctuaire de Dan. — Sources : Juges, xvn, xvni et Josué, xix, 47. Le récit qui reproduit sans doute les traditions conservées par les prêtres de Juda touchant l'origine de ce sanctuaire semble être d'origine lévitique, et se rattacher au même groupe littéraire que l'histoire de Samson et I Samuel, v, vi, où est racontée la captivité de l'arche. Il s'y trouve bien quelques passages en mauvais état, par exemple xvn, 2-4 et quelques redondances comme dans xvm, 16, 17, mais cela ne laisse pas l'impression que plusieurs documents furent entremêlés dans le récit actuel. Il paraît plus probable que l'on y fit quelques retouches tardives, peut-être pour mettre le Lévite hors de cause. Des deux derniers versets, xvm, 30, 31, le premier qui, d'ailleurs, donne des détails anciens, semble n'avoir pas fait corps avec le récit primitif. L'ensemble forme le premier appendice ajouté sans cadre rédactionnel au Livre des Juges.
LE LEVITE DE MIKHA IIÇ
eux dans quelques villes de la Montagne comme Ayyâlôn, Shaalbim, Beth-shémésh *. Ainsi expulsés de leurs premiers territoires et resserrés dans ceux qui leur restaient encore, des membres de cette tribu songèrent à émigrer vers une autre région où ils pourraient vivre plus à l'aise. Comme tout Canaan était déjà aux mains de leurs frères hébreux, ils songèrent à coloniser quelque canton de la région galiléenne. Il y avait encore là des villes et des terres païennes ; les dernières principautés hittites et amorrhéennes y déclinaient rapidement à la suite du passage des Peuples de la mer, des armées de l'Egypte et de la migration araméenne 2 ; des Cananéens de Béthel, chassés par les Israélites, y avaient déjà trouvé un refuge 3 ; le pays était riche, bien pourvu d'eau, et son isolement même semblait promettre à ses habitants une vie heureuse et paisible.
Cinq espions, choisis par les Danites à Soreâ et à Eshtaol 4, furent envoyés à la découverte dans cette région lointaine avec mission de reconnaître la localité que les émigrants iraient occuper. Ils se mirent en route. En passant par la Montagne d'Éphraïm, ils reçurent l'hospitalité chez un certain Mikhâ, qui possédait dans sa maison un sanctuaire privé dont l'histoire jette quelque lumière sur la vie religieuse de la période des Juges.
Sa mère, à qui une assez grosse somme d'argent avait été dérobée, l'avait aussitôt consacrée par serment à Yahwè pour que le voleur, s'il apprenait ce vœu, se vît dans l'impossibilité
1. Juges, 1, 34, 35. Le fait que Dan a affaire aux Amorrhéens et non aux Philistins pourrait être une preuve que la migration danite est antérieure à l'invasion de ces derniers.
Beth-shémésh ou « Maison du Soleil »est identifiée avec 'Aïn-shems, située sur le versant méridional du ouâdy eç-Çarâr, en face de Soreo qui se trouve sur l'autre versant. Cette ville est appelée « Ville du Soleil » dans Josué, xix, 41 ; l'un et l'autre noms la désignent comme une ville sainte consacrée au dieu Soleil. Elle est mentionnée dans la liste de Ramsès II et dans sa copie, la liste de Ramsès III, sous la forme Shamashana. Des fouilles récentes y ont été faites avec d'heureuses trouvailles par les Anglais. — Ayyâlôn est aujourd hui Yâlô près du ouâdy Selmân au nord de Bethshémésh, avec laquelle elle commandait l'accès des vallées qui débouchent dans la grande plaine. — Shaalbim n'est identifiée que d'une manière douteuse avec Selbît, au nord-ouest d'Ayyâlôn.
2. Voir, ci-dessus, p. 35. Ce détail toutefois n'est exact que s'il doit être placé après l'an 1200.