‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 52 sur 168 · Juges · texte numérisé non relu

Juges

4. Soreâ, identifiée avec Çar'a, Eshtaol, avec Échoua* un peu à l'est du précédent, se trouvent entre Yâlô et cAïn-shemsh, et toutes deux sur les hauteurs situées au nord du ouâdy Çarâr.

de jouir de son larcin sans commettre un sacrilège. Or, le voleur n'était autre que Mikhâ. Bien placé pour entendre la malédiction proférée, il se hâta de rendre la somme à sa mère. Celle-ci, ayant béni son fils afin d'effacer l'effet de ses malédictions, remit une partie de l'argent à un fondeur qui lui confectionna une idole. Mikhâ plaça cette idole dans un sanctuaire qu'il avait chez lui ; il s'y trouvait déjà un éphod divinatoire et un teraphim ; un fils de Mikhâ que celui-ci avait fait prêtre y assurait le service divin1. Au bout de quelque temps, un jeune Lévite passa par là. Il était originaire de Bethléem où il avait vécu en gêr ou étranger domicilié dans la tribu de Juda, et, à la manière de certains individus de sa caste, il circulait en terre hébraïque pour louer ses services religieux 2. Mikhâ l'accueillit à bras ouverts, le pressa de

1. C'est un véritable petit temple avec tout son mobilier sacré que Mikkâ a installé dans sa maison. 11 a un édifice, un prêtre, un éphod, un teraphim, il a même une idole, contrairement aux prescriptions mosaïques ; nous n'en sommes plus au simple haut lieu en plein air. L'idole avait apparemment l'intention de représenter ou de symboliser Yahwè, puisque Mikhâ engageait un Lévite et que son nom in>D>D, mi-khâ-Yâhoû, « Qui est comme Yahwè »? — l'un des rares noms en Yahwè de cette période — impliquerait une dévotion particulière au Dieu d'Israël : cetie idole aurait donc pu être un jeune taureau ; cela est d'autant plus vraisemblable que c'est un veau doré que Jéroboam Ier installa à Dan, vers la fin du xe siècle ^1 Rois, xn, 28-30) ; il n'aurait ainsi donné qu'un peu plus d'éclat au vieux culte local. L'idole est appelée rDDDI bDS, pésél ûmassêkhâ, « sculpté et coulé » ; il semble bien que ce devait être là l'expression technique pour désigner les idoles faites d'une matière grossière recouverte de métal précieux ; dans le récit relatif à Mikhâ, cette expression d'abord employée comme telle s'est trouvée dédoublée par suite des remaniements si bien qu'il paraît maintenant y avoir eu deux idoles, l'une sculptée, l'autre fondue. Sur ces idoles, voir, ci-dessous, pp. 289-291.

Mikhâ qui devait être un personnage riche agit ici en chef de famille, un peu à la manière de Gédéon qui se confectionna un éphod, un peu à la manière de Samuel qui s'édifia un autel à Râmâ (I Samuel, vu, 17). A cette époque, le pouvoir sacerdotal en ce qui concernait la prière, le culte, le sacrifice résidait encore de fait entre les mains du père ou chef de famille. Les Lévites, qui deviendront effectivement par la suite les seuls prêtres, sont alors surtout les intermédiaires de Yahwè auprès du peuple, soit par la consultation des sorts sacres, soit par la connaissance et l'application des taras ou décisions antiques déjà codifiées. Voir, ci-dessous, pp. 301-303.

2. Le passage Juges, xvu, 7, qui introduit ce jeune Lévite est des plus importants, mais quelque peu obscur. Il pose la question de l'origine des Lévites : le mot « Lévite » indique-t-il une fonction ou marque-t-il l'appartenance à une famille déterminée ? le Lévite, en d'autres termes, est-il simplement un desservant de sanctuaire en général ou un membre de la tribu de Lévi ? Pour nombre de critiques qui n'ont guère le sens ni le respect de la tradition (Genèse, xxxiv et xlix, 5-7, prouvent l'existence d'une tribu de Lévi à l'époque patriarcale), il n'y eut jamais de tribu descendant d'un patriarche-souche appelé Lévi ; mais des individus de diverses tribus, adonnés spécialement aux fonctions rituelles, auraient fini à la longue par se constituer en une sorte de corporation qui prétendit descendre, elle aussi, d'un patriarche, tout comme les autres tribus. Une preuve péremptoire de ce fait serait à trouver dans le présent verset, car il s'agirait là d'un individu qui était judéen d'origine et Lévite de profession. Voici ce verset : « Or, il y avait un jeune homme de Beth-

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