‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 55 sur 168 · I Rois, xii · texte numérisé non relu

I Rois, xii

Téglath-Phalasar III en 734 1. C'est contre des prêtres comme

ceux-là que les prophètes Amos et Osée élèveront la voix pour

leur reprocher leur abandon des antiques tôrâs et leur prédire

la ruine honteuse des sanctuaires où ils entraînaient le peuple à

prévariquer contre Yahwè.

Déjà à une époque antérieure, une fraction de la Maison de Joseph qui se trouvait à l'étroit dans la Montagne d'Ëphraïm

1. Les versets 30 et 31 de Juges, xvin, qui terminent l'histoire du Lévite de Mikhâ prêtent à une double interprétation. C'est la plus obvie qui est suivie cidessus. De ces deux versets qui commencent par l'indication du même fait : « Et les Benè-Dan se dressèrent l'idole sculptée » (verset 30) ; « Et ils se placèrent l'idole sculptée » 1 verset 31), l'un des deux doit être une addition ; c'est sans doute le verset 30, car il semble donner le nom du Lévite alors que tout le récit ne l'indique jamais. De plus la date fournie par 30 « jusqu'à la déportation du pays », soit 734, est beaucoup plus tardive que celle de 31 qui se réfère simplement à « la présence de l'arche de Yahwè à Silo » et a pu être fixée aussitôt après Samuel, qui vit la prise de l'arche par les Philistins et la destruction du sanctuaire. On aurait ainsi dans le verset 30 un détail historique dont la mémoire s'était nettement conservée à Dan où les descendants du Lévite de Mikhâ gardèrent le service du sanctuaire jusqu'à la ruine de celui-ci.

Une autre interprétation est proposée par le P. Lagrange, loc. cit., p. 288-290. Ces deux versets appartiennent au récit ancien ; ils n'impliquent pas une répétition car dans 30 il faut lire : « Et les Benè-Dan s'établirent le prêtre de Mikhâ » ; ils ne parlent pas de la déportation en 734, mais de la migration des Danites, comme le montre la lecture du grec A : ëioç xïjç [xexoixeffiaç tou Aa. Le sens général est alors bien différent : « Et les Benè-Dan s'établirent (comme prêtre) le prêtre de Mikhâ, alors que Jonathas (qui est différent du Lévite de Mikhâ) et ses fils avaient été prêtres de la tribu de Dan (restée dans la Montagne d'Éphraïm) jusqu'à la migration de Dan ». Cette explication oppose le culte idolâtre du nord à la lignée mosaïque des prêtres restés dans l'ancien territoire et supprime ainsi le scandale du service assuré à l'idole du nouveau territoire par une longue lignée de Lévites. Toutefois, cette seconde interprétation se présente avec on ne sait quoi d'ingénieux qui met involontairement en garde contre elle; de plus, la première correction qui substitue le prêtre à l'idole au verset 30 n'a point de base diplomatique, et par conséquent ne saurait prétendre à supprimer la répétition des premiers mots dans 30 et 31; enfin, la deuxième correction, qui a du moins pour l'appuyer la valeur notable de A pour le Livre des Juges, ne s'impose point puisqu'elle n'est soutenue que par ce texte et qu'elle donne en définitive une tournure très gauche à cette finale de 31 : « ...prêtres de la tribu des Danites jusqu'à la migration des Danites ». Quant au mot « tribu », ii peut si bien s'appliquer au groupe des Danites émigrés qu'il est employé avec celui de « clan » un peu plus haut, au verset 19, dans les paroles que les espions adressent au Lévite pour l'encourager à les suivre : en se joignant à eux il sera « prêtre de tribu et de clan en Israël ».

Ces raisons n'enlèvent pas toute sa valeur à l'interprétation du P. Lagrange, mais semblent la rendre moins acceptable que la première.

Le Lévite en question est nommé « Jonathas, fils de Gersom, fils de Moïse ». Pour épargner à Moïse la honte d'avoir eu un descendant si tolérant, les Juifs avaient à demi intercalé un N dans le nom de Moïse nw3D pour rnir'D, MNSH pour MSH) et obtenu ainsi Manassé ; ce qui montre que l'on considérait bien Jonathas comme le Lévite de Mikhâ. Les textes des versions n'ont pas tous imité cette pieuse et timide

était partie pour défricher une forêt éloignée et s'établir dans ce domaine gagné sur les bois l. Dans l'Outre- Jourdain, il y avait un « Bois d'Éphraïm - dont le nom donne à supposer que des Éphraïmites avaient jadis colonisé cette région 2. Ces indications, s'ajoutant au récit de la migration du clan danite, montrent que des déplacements assez importants se produisirent au cours de la période des Juges, à ses débuts surtout, et que les tribus d'Israël n'arrivèrent pas sans peine à trouver leur assiette définitive.

Quant aux rivalités intestines, elles ne se bornèrent sûrement pas aux épisodes qui viennent d'être rapportés. Nous allons avoir à en signaler d'autres pour la période des Juges ; l'histoire des origines de la royauté avec Gédéon et Jephté, avec Saùl et David, celle de la royauté israélite en sont remplies ; jusque sous les yeux des Assyriens qui les écrasent, Ëphraïm et Manassé, les seuls survivants de l'Israël du nord, s'entre-déchireront en mourant pour garder la couronne.

Cette animosité foncière des tribus, qui empêche leur fusion intime, ces migrations partielles, qui, même si elles procurent plus de stabilité, n'effacent point le souvenir de la gêne dont elles sont la suite, expliquent en partie la formation de cette atmosphère lourde de malaise et d'inquiétude où vit l'Hébreu de ces temps-là. Il en résultait beaucoup de mauvaise humeur, d'hostilité mutuelle, et l'union nationale en aurait été peut-être retardée plus longtemps encore si les attaques des ennemis n'avaient obligé à réprimer les rancunes et à secouer l'apathie, pour sauver les biens, l'honneur et même le nom d'Israël.

supercherie, que les rabbis ont d'ailleurs reconnue et avouée. La conduite du Lévite de Mikhâ n'infirme du reste en rien ce que l'on sait par ailleurs de la prohibition des images portée par Moïse.

i. Josué, xvn, 14-18.

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