OTHNIEL
ble du danger localisé qui la pressait. Aussi n'y eut-il jamais de gouvernement des Juges sur tout Israël ; ils ne se succédèrent pas comme des rois dont chacun aurait choisi une résidence nouvelle ; s'ils se ressemblent et s'ils ont tardivement reçu le même titre, c'est parce que le malheur des temps nécessitait trop souvent l'apparition d'un sauveur. Bien que devenues sédentaires, les tribus vécurent alors beaucoup de leur vie individuelle ; elles ne formaient ni un royaume même embryonnaire, ni une féodalité confédérative. La grande unité que Moïse avait rêvée et réalisée en partie avait à peu près disparu ; elle ne subsistait guère que dans la religion et dans les souvenirs du passé ; mais peu à peu elle tendit alors à renaître plus étroite que jamais sous l'influence de dangers plus considérables et d'aspirations de plus en plus nettes vers la royauté. Le mérite des Juges n'est pas de l'avoir établie ; leur temps ne le permettait pas encore ; mais du moins, si quelques-uns l'ébauchèrent dans un territoire restreint et pour une courte durée, tous travaillèrent à la préparer de loin en empêchant la disparition de leur tribu et en y ravivant, par la restauration de l'indépendance locale, le sentiment de l'appartenance à une même nation et à un même Dieu.