‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 59 sur 168 · OTHNIEL · texte numérisé non relu

OTHNIEL

si ce personnage est un individu ou représente un clan, avait battu un certain Coushân-Rishâthaim, roi araméen des bords de l'Euphrate, plus énigmatique encore que son vainqueur *. Le vague de ces indications, l'apparition des Araméens de la Syrie septentrionale jusqu'au sud de Canaan, ne laissent pas d'envelopper cet événement d'une grande obscurité. Pour essayer de l'en tirer, on a proposé de voir dans ce Coushân avec son nom à terminaison arabisante un chef de razzia venu non pas d'Aram mais d'Ëdom 2. Cela est possible. Mais il ne l'est pas moins qu'un

10-15. La mention d'un Juge calébite parmi les Juges d'Israël suppose une date postérieure à David, car c'est seulement sous ce roi que Calébites et Judéens furent intimement unis en un seul peuple. Sur les Calébites, voir la note qui les concerne au chapitre m, p. 73,

1. Le nom de Coushan-Rishâthaim, qui signifie « Coushan (le Coushite ?) à deux malices », c'est-à-dire « doublement méchant », est en effet bien étrange. Il pourrait y avoir là une déformation intentionnelle ou populaire, ou bien une interprétation quasi désespérée d'un nom mal transmis qu'on se chargea de rendre clair.

L' « Aram des deux fleuves », D>>n3 din, 'aram naharaïm qu'il faudrait peut-être lire l'« Aram des fleuves », d»HJ ehn, 'aram nehârim, est le pays où Abraham envoya son serviteur chercher une femme pour son fils parmi ceux de ses parents qui s'y trouvaient établis, Genèse, xxiv, 10. Ce pays est aussi mentionné dans les documents égyptiens du Nouvel Empire au XVIe siècle avant J.-C, sous la forme Nakarîn ou Naharên, et dans la correspondance d'El-Amarna, au XIVe, sous la forme Nahrima. Il s'étendait à l'est et à l'ouest de la grande boucle de l'Euphrate, en face du golfe d'Alexandrette, et constituait plutôt un territoire peuplé principalement de Hittites et d'Araméens qu'un État aux frontières bien délimitées gouverné par un roi unique. Les fleuves qui lui donnèrent son nom semblent être l'Euphrate moyen et son affluent de gauche, le Chaboras.

2. Il est en effet bien curieux que l'on retrouve fréquemment cette terminaison en an dans les noms de certains clans qui se rattachaient à Abraham par Cétura, c'est-à-dire de clans sémites nomades qui rôdaient sur les confins du désert à l'est et au sud-est des territoires occupés par les clans sémites apparentés, déjà devenus sédentaires en Canaan et sur les plateaux à l'est du Jourdain ; cf. Genèse, xxv, 2, 6. De plus, Coushân, peuple de nomades vivant sous la tente, est mis en relation avec Madian dans Habacuc, ni, 7, mais peut-être par simple allusion historique au Livre des Juges, et dans Nombres, xn, 1, si la Coushite mentionnée comme femme de Moïse est une femme de Coushân, et Coushân, un clan secondaire de Madian, où l'on sait que Moïse avait pris femme, Exode, ir, 15-22, etc. Ces rapports quelque peu ténus ont amené certains exégètes à ne pas refuser toute réalité à ce Coushân, individu ou clan, mais à le faire venir de la région édomite et non des pays araméens. De fait, le changement par inadvertance d'Ëdom, DlN, en Aram, DiN, s'expliquerait fort bien par la similitude de *t, d, et de "1, r, plus encore dans l'ancienne écriture que dans l'hébreu carré; on trouve d'autres exemples de cette confusion dans II Samuel, vin, 12, 13 ; II Rois, xvi, 6 ; II Chroniques, xx, 2, où Aram et Araméens ont remplacé Édom et Ëdomites. Cette modification étant acceptée, il s'agirait dans le présent épisode d'une incursion d'Édomites dans les possessions judéennes du sud, dont les Édomites étaient en effet tout voisins. Quant au nom « Naharaïm » qui gêne ce rapprochement, il suffirait de le biffer au verset 8 comme une addition faite après la déformation d'Ëdom en Aram. Toutes ces conjectures sont assez cohérentes, mais elles ne s'imposent nullement. — Il y aurait peut-être un peu plus de vraisemblance dans la supposition de Bail qui rapproche de Coushan-Rishâthaim le nom féminin cosséen Kashsha-rishat. Les Cosséens ou Kashshites fondèrent la troisième

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raid d'Araméens ait effectivement touché Juda. Les bandes nomades opèrent parfois très loin de leur point d'attache, et, vers l'époque où ce fait aurait pu se produire, les populations syriennes étaient dans une telle instabilité à la suite du passage des Peuples de la mer et de l'effondrement de l'empire hittite, que des courses de ce genre, même peu explicables dans l'état de nos connaissances, ne perdent pas toute espèce de probabilité.

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