‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 60 sur 168 · III. — ÉHOUDH · texte numérisé non relu

III. — ÉHOUDH

Nous pénétrons sur un terrain moins fuyant avec le récit de la délivrance opérée par le Juge benjaminite Ëhoudh, fils de Gêrâ1.

A la suite de la Maison de Joseph et avec son appui, la tribu de Benjamin s'était concentrée dans les Plaines de Jéricho et, en leur voisinage, sur les premières pentes du massif central qu'on appelait peut-être déjà la Montagne d'Ëphraïm. Elle était une tard venue au partage du pays cananéen 2. Ses devancières lui avaient frayé le chemin, mais, s'étant établies, elles le lui

dynastie babylonienne dont la fin coïncide avec l'établissement des Hébreux en Canaan ; s'ils ont été maîtres du Naharaïm, et qu'ils aient fait une incursion en Juda, cela rappellerait tout à fait le raid des rois de l'Est dans ce pays au temps d'Abraham, cf. Genèse, xiv. Sur cette seconde hypothèse, voir Burney, loc. cit., pp. 64, 65.

1. Ëhoudh, fils de Géra. — Sources : Juges, ni, 12-30. Le rédacteur s'est borné à mettre une introduction (vv. 12-15) et une conclusion (v. 30), dont les éléments sont tirés de ses sources, pour l'introduction surtout, à un récit de la libération des Plaines de Jéricho tombées sous la domination moabite. Ce récit est tout plein de pittoresque réaliste, tout pénétré de la rudesse des époques lointaines, et il possède cette candeur et cette insouciance morales qui sont la marque des peuples encore jeunes. Ne le gâtons pas en essayant de le plier à nos règles. L'auteur inspiré a vu dans ce meurtrier hardi et rusé l'instrument de Yahwè libérateur ; il ne le blâme pas, il ne le loue pas ; faisons de même.

Les deux noms Ëhoudh et Gêrâ se retrouvent ailleurs comme noms de clans benjaminites : Ëhoudh, dans I Chroniques, vu, 10 ; vin, 6 ; Gêrâ, dans Genèse, xlvi, 21 et I Chroniques, vin, 3, 7. C'est là une simple coïncidence qui n'infirme en rien la réalité du Juge qui porte ce double nom, car on rencontrera dans l'histoire de David un personnage appelé Shimeï, fils de Gêrâ, de la réalité duquel on ne peut douter. Toutefois on pourrait se demander si « Gêrâ », attesté comme nom de clan, ne conserverait pas cette signification dans les deux noms Ëhoudh, fils de Gêrâ, et Shimeï, fils de Gêrâ, au lieu de désigner le père, selon l'usage courant ; un autre Benjaminite du temps de David, Shéba, fils de Bikhri, a, comme deuxième élément de son nom, le nom de Bikhri qui semble désigner un clan, du moins si l'on admet la correction de onnn en nn33ïl, « les Bikhrites », dans II Samuel, xx, 14.

2. Benjamin était aussi un tard venu dans la famille de Jacob-Israël ; lui seul, de tous les enfants de ce patriarche, vint au monde en Canaan. Ses frères et sœurs étaient nés dans l'Aram des (deux) fleuves où Jacob fugitif faisait paître les troupeaux de Laban. Sa mère, Rachel, l'épouse préférée de Jacob, son père, mourut en lui donnant le jour, Genèse, xxxv, 16-19. Il fut donc l'ancêtre éponyme de la dernière tribu étroitement apparentée à celles qui rattachaient leur origine à Jacob.

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barraient. Aussi, dès la première étape elle dut s'arrêter. Ce n'est pas qu'elle pût se plaindre de son lot. Il paraissait petit, sans doute, mais il était à sa taille ; et, pour la fertilité, avec son eau courante et limpide, ses jardins embaumés par les roses, ses palmiers élancés et féconds, l'oasis de Jéricho n'avait peut-être pas son égale dans les autres possessions des Hébreux.

Les Moabites, qui, de leurs montagnes et de leurs plaines sur l'autre rive du Jourdain r, apercevaient cette masse de verdure charmante et productive, n'hésitèrent pas longtemps à suivre l'exemple des Hébreux et essayèrent de s'en emparer à leur tour. Ils y réussirent du temps d'un de leurs rois qui se nommait Églon ; aidé par des Benè-Ammôn et des Amalécites non moins avides que lui 2, il occupa la ville israélite de Jéricho avec ses palmeraies 3 et ouvrit les Plaines aux Moabites qui y affluèrent ; ils s'y établirent et y prospérèrent aux dépens des Hébreux. Les premières pentes de la Montagne d'Éphraïm, qui appartenaient à Benjamin, ne paraissent pas avoir été aussi fortement occupées par eux, mais elles durent reconnaître leur supré-

i. Les Moabites occupaient les hauteurs et les plateaux situés entre la Mer Morte et le désert. Ils s'étaient étendus aussi un peu vers le nord de cette région, où ils se mêlaient aux Benè-Ammôn, et vers le nord-ouest où ils occupaient les « Plaines de Moab », entre la rive gauche du Jourdain et leurs montagnes, un peu avant l'embouchure du fleuve. Les « Plaines de Jéricho » faisaient pendant, sur la rive droite, aux « Plaines de Moab ». La tentation était forte d'unir ces deux régions qui se ressemblent.

2. Les Amalécites séjournaient d'habitude entre Bersabée et Cadès, au sud du territoire de Juda. Ils auraient donc fait un assez long voyage s'ils étaient tous venus prêter main forte à Églon de Moab ; mais la présence de quelqu'une de leurs bandes dans une de ces razzias pour lesquelles ils étaient comme des professionnels explique suffisamment la mention de leur nom dans le présent épisode. Il n'y a donc pas lieu de le biffer.

3. Le texte parle de l'occupation de « la Ville des palmiers » ; il s'agit sans nul doute de Jéricho, aujourd'hui Érîhâ, vers l'angle nord-ouest de la Mer Morte. Le nom est resté le même, mais cette ville a changé d'emplacement trois ou quatre fois dans l'antiquité. La ville primitive a été retrouvée dans le tell qui domine la belle source dite d'Elisée au cours de fouilles allemandes (1907-1909). Comme la ville détruite par Josué ne fut restaurée ou, tout au moins, fortifiée de nouveau que sous Achab (I Rois, xvi, 34), l'expression « Ville des palmiers » pourrait fort bien ne désigner que le groupe assez important, sans doute, des habitations groupées autour des palmeraies, car les palmiers n'étaient pas plantés dans la ville encombrée par les maisons et les ouvrages de défense, mais dans la campagne à proximité de la ville et le long du ruisseau. Cette interprétation du nom « Ville des palmiers » a son pendant et sa confirmation dans celle du nom « Ville des Eaux », nom qui désignait, à Rabbath-Arnmôn, la ville basse située vers le cours d'eau par opposition à l'acropole dressée sur un éperon de rocher ; cf. II Samuel, xn, 27. On trouvera dans Josèphe, De bello judaico, iv, 8, 2-4, une description intéressante de Jéricho et de ses environs.

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matie1 : tout le pays était devenu comme une colonie de Moab, et, en plus de ce qu'il perdait par suite de la présence de tant d'étrangers, il devait payer périodiquement un tribut en nature à ses oppresseurs.

Cet état d'abaissement dura jusqu'au jour où Yahwè suscita Éhoudh, fils de Gêrâ. Brave comme tous les hommes de sa tribu, ce Benjaminite se trouvait de plus être gaucher 2. Un jour, il fut compris parmi les porteurs qui venaient à date fixe présenter au roi moabite les redevances de leur pays. Le paiement effectué avec des démonstrations de fidélité qui cachaient une sourde colère, la caravane du tribut était sur le chemin du retour et avait atteint déjà les « Pierres taillées » de Galgala 3, lorsqu'Ëhoudh prétexta soudain un secret divin à communiquer à Églon, et, laissant ses compagnons poursuivre leur route, revint à la résidence du roi de Moab 4. Il portait sur la cuisse droite,

1. Sur l'occupation générale des Plaines de Moab, voir Juges, m, 28, 29 ; la sujétion de la Montagne est établie par le fait que c'est dans cette partie du territoire de Benjamin qu'Éhoudh recrutera ses partisans.

2. Les Benjaminites étaient renommés pour leur esprit d'entreprise et leur courage farouche, cf. Genèse, xlix, 27, et voir, ci-dessus, p. 114. N'est-ce pas un Benjaminite, Saiil, qui ébranla la suprématie philistine et établit la royauté ? Les plus habiles d'entre eux savaient se servir de leur main gauche aussi bien que de la droite, Chroniques, xn, 2. Éhoudh semble n'avoir été que gaucher, le mot *Vt3N, 'ittêr, indiquant par sa forme grammaticale un défaut physique. Ce détail n'est pas pour diminuer son habileté, mais pour expliquer qu'un ennemi, ignorant ce point, n'avait pas de raison de se garder d'Éhoudh autrement qu'il l'eût pu faire d'un autre.

3. Galgala, en hébreu Gilgal, ou plus exactement « le Gilgal », est identifié avec Tell Djeldjoûl qui correspond à la donnée « à l'extrémité orientale de Jéricho » de Josué, iv, 20. Cette identification n'est pourtant pas certaine. Gilgal signifie « cercle », c'est-à-dire cercle de pierres sacrées, « cromlech ». Il est fait mention de plusieurs Gilgals dans l'histoire de la présente période. Le Gilgal de Jéricho était apparemment un lieu saint antique, préhistorique même, qui devint aussi lieu saint des Benè- Israël dès l'époque de la conquête de cette région par Josué et leur servit de base d'opération pour attaquer Jéricho et la Montagne ; cf. Josué, iv, 19, 20; v, 9, où une étymologie accommodatice du nom courant Gilgal est fournie, 10 ; ix, 6 ; x, 7, 9 ; xiv, 6.

Les « Pierres taillées » sont soit de grossières idoles de pierre, soit les pierres de l'antique cromlech, plutôt que les douze pierres que Josué y avait apportées du Jourdain (Josué, iv, 20), lesquelles ne pouvaient mériter l'épithète de a taillées ». En passant à ce lieu sacré, Éhoudh feint fort opportunément de recevoir un message divin pour le roi de Moab. On peut passer cette supercherie à celui qui va assassiner. Quelques commentateurs, par contre, supposent que le message était réel mais ne consistait en somme que dans l'ordre de mettre à mort l'oppresseur.

4. Cette résidence, à en juger d'après les allées et venues d'Éhoudh, devait se trouver à l'est du Jourdain. On peut le déduire en particulier du fait qu'Éhoudh, en fuyant du palais où résidait Églon afin de gagner la Montagne d'Éphraïm, passe auprès de Galgala ; si Églon avait résidé à Jéricho comme quelques-uns le pensent, il est peu vraisemblable que le fugitif se fût dirigé vers Galgala qui est à l'est de cette ville au moment où il voulait atteindre la Montagne qui est à l'ouest.

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caché sous ses vêtements, un coutelas à double tranchant. Comme il se présentait en messager de Dieu, le roi ne fit aucune difficulté de le recevoir seul à seul ; il le fit introduire dans la chambre haute édifiée sur la terrasse de la maison, où, dans la fraîcheur qu'entretenaient des fenêtres ouvertes à tous les murs, il se retirait loin du va-et-vient des visiteurs pour goûter un peu de repos et d'intimité. Mais au moment où il se levait de son siège par respect pour la parole divine que lui apportait le Benjaminite, celui-ci saisit vivement son coutelas de la main gauche et le lui enfonça dans le ventre ; lame et poignée, il y pénétra et y resta tout entier, car Églon était fort gras. Le roi s'affaissa sans un cri. Aussitôt Éhoudh verrouille la porte de l'intérieur, saute par une fenêtre et s'en va d'un pas tranquille. Les serviteurs l'ayant vu partir, montèrent rejoindre leur maître ; mais la porte était fermée du dedans. Ils attendirent patiemment, pensant que le roi était occupé à un besoin dans le réduit de la chambre haute. Enfin, comme il n'ouvrait toujours point, ils furent pris d'inquiétude et se décidèrent à ouvrir eux-mêmes : Églon était étendu, mort.

Cependant le meurtrier en fuite avait dépassé les « Pierres taillées ». Il se cacha d'abord à Seïra 1, puis, lançant l'appel à la guerre sainte dans la Montagne d'Êphraïm, il prit la tête des volontaires, que son coup de poignard avait enthousiasmés. Les gués du Jourdain furent occupés rapidement, et beaucoup de Moabites, cernés dans les Plaines de Jéricho où ils avaient vécu si grassement qu'ils « reluisaient de santé », furent passés par les armes. C'est ainsi que Benjamin recouvra son territoire et son indépendance.

Benjamin n'était pas le seul à profiter de ce massacre : Israël tout entier devait en tirer parti. La possession des gués, que gardaient Galgala et Jéricho, assurait aux Hébreux la haute main sur l'un des plus importants passages qui mettaient en communication les pays de l'est et ceux de l'ouest du Jourdain. Les Plaines de Jéricho déblayées, ils n'avaient qu'à faire bonne garde aux gués pour empêcher une invasion nouvelle venue de l'est ; et si, du côté de l'ouest, un ennemi devenait trop pressant, ils pouvaient

1. Seïrâ se trouvait sans doute dans la portion de la Montagne d'Êphraïm voisine des Plaines de Jéricho ; elle n'est pas identifiée.

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passer le fleuve et chercher un refuge momentané dans les montagnes du Galaad 1. Autant que nous sachions, cette position importante resta fort longtemps au pouvoir d'Israël sans que les Moabites, rendus prudents par cette leçon sévère, fissent de nouveaux efforts pour s'en emparer.

Des Plaines de Jéricho où se déroulèrent ces événements, l'histoire de Débora nous transporte à la plaine de Yizreèl 2. Celle-ci était encore en grande partie occupée par les Cananéens. Sur son pourtour, ils avaient depuis longtemps élevé d'imposantes places fortes qui les en rendaient maîtres. Acre et Dôr sur la mer, avec Harosheth au pied du Carmel, en commandaient l'entrée occidentale. Qitron et Nahalol la surveillaient du haut des collines galiléennes. Beth-shean, au delà des hauteurs qui la terminent à l'est, la maintenait ouverte du côté du Jourdain. Sur son bord méridional enfin, Yibleam et surtout Taanakh et Megiddo, campées sur des plateaux aux flancs abrupts, enfermées dans des murailles épaisses, pourvues de citadelles qu'on croyait impre-

1. C'est ce que firent plus tard beaucoup d'Hébreux au temps du péril philistin sous Saiil, I Samuel, xm, 7, et David lors de la révolte d'Absalon, II Samuel, xvn, 21 et suiv.

2. Débora. — Sources : Juges, iv, et v. Les mêmes faits forment le sujet d'abord d'un récit en prose au chapitre iv, puis d'un poème au chapitre v.

i° Le récit en prose, chapitre iv. — Le rédacteur, dans son introduction (vv. 1-3), désigne comme oppresseur des Hébreux un certain « Yâbîn, roi de Canaan, qui régnait à Hâçôr » et fait de Sisara son général. Or, Yâbîn est inconnu au poème et Sisara y apparaît avec un rôle moins subalterne. Comme un Yâbîn, roi de Hâçôr, avait été tué par Josué et que sa capitale avait été détruite (Josué, xi, 10), on ne peut que demeurer très perplexe en face des données de ces premiers versets.

Le récit utilisé par le rédacteur (vv. 4-22) ajoute quelques renseignements à ceux que fournit le poème. Il est ancien aussi, moins toutefois que le poème, et semble plus pénétré d'idées et de mots propres à l'école littéraire prophétique qu'on n'en trouve communément dans E à qui les critiques voudraient, pour la plupart, le rattacher. Dans sa conclusion (vv. 23, 24), le rédacteur revient encore à Yâbîn qui n'a pourtant tenu aucune place dans les événements du récit.

20 Le poème, chapitre v. — On le nomme « Cantique de Débora » bien que le titre inscrit en tête l'attribue à la fois à Débora et à Baraq. Ce poème et le récit en prose ne cadrent pas de tous points ; mais ces divergences ne semblent pas suffisantes pour établir qu'il y aurait eu deux batailles distinctes, car plusieurs des renseig ements que chacun d'eux possède en propre peuvent être considérés comme complémentaires les uns des autres. Le poème étant contemporain des événements qu'il chante, sa valeur historique est très grande ; il fait mieux comprendre la situation et les faits que le récit en prose.

nables, complétaient cette enceinte d'ouvrages qui semblait clore une propriété jalousement gardée K

La plaine de Yizreël, dans la réalité, méritait bien ces soins. D'abord, elle est d'une grande fertilité. Les ruisseaux qui la sillonnent et les eaux qui s'y répandent à la saison des pluies, son sol uni, sa terre noirâtre qui est un résidu de roches volcaniques décomposées, concourent à en rendre le travail aisé et la culture avantageuse. En outre, elle était traversée par cette antique via maris qui mettait en communication l'Egypte avec la Phénicie, l'Outre- Jourdain et la S}'rie, et par laquelle le commerce ne circulait pas sans laisser après lui quelque prospérité 2. Aussi, attirés par l'abondance des moissons et par l'intensité du transit, les maraudeurs et les pillards n'y avaient-ils jamais manqué. Les tribus hébraïques à leur tour furent fascinées par tant de richesses. Des collines sur lesquelles elles avaient pris pied elles se glissaient dans la plaine, pour travailler aux cultures, pour convoyer les caravanes, et se hasardaient dans les villes ceintes de murs afin d'y vendre leurs produits. Par des marchés

1. Acre, Akko des anciens, Ptolémaïs des Grecs, Saint- Jean-d' Acre des croisés, aujourd'hui Akkâ, est située à l'extrémité septentrionale de la vaste baie qui s'abrite au nord du promontoire du Carmel.

Dôr, aujourd'hui Tantoûra, se trouve au sud du Carmel ; elle était alors habitée par des Zakkalas ; voir ci-dessus, p. 51.

« Harosheth des nations » (non israélites) est placée à El-Hâritîyé, dans la plaine, sur le Kishon qui, dans la dernière partie de son cours, longe le pied du Carmel ; elle garde le passage qui utilise la dépression étroite séparant le Carmel des premières hauteurs galiléennes.

Qitron et Nahalol sont indiquées comme villes cananéennes par Juges, 1, 30. Çjitron est identifiée par un talmudiste avec Sepphoris, aujourd'hui Çaffoûriyé, a moins de deux heures au nord de Nazareth. Nahalol, d'après une autre source talmudique, serait à identifier avec Ma'loûl, à moins de deux heures à l'ouest de Nazareth. Mais on discute ces identifications.

Beth-shean, nommée Scythopolis par les Grecs, a repris son nom antique sous la forme Beisân ; elle est située dans la plaine qui fait suite à la plaine de Yizreël, du côté de la vallée du Jourdain. Sur l'histoire de Beth-shean, voir Revue Biblique, 1912, pp. 409 et suiv.

Yibleam, aujourd'hui Khirbet Bel'amé, à une demi-heure au sud de Djenin, est située vers l'angle sud-est de la plaine de Yizreël.

Taanakh est identifiée avec Ta'annouk, Megiddo avec Tell el-Moutesellim, toutes deux situées vers le centre de la ligne de hauteurs qui bornent la plaine, du sud-est au nord-ouest. Ces deux dernières localités ont été l'objet de fouilles importantes et fructueuses.

Ces diverses villes sont indiquées comme ayant échappé aux Hébreux par Josué, xvii, 11-13 ; Juges, 1, 27, 28, 30, 31 ; iv, 2, 13, 16.

2. « Le chemin de la mer » par où l'on allait de Damas à la Méditerranée longeait le haut Jourdain et le lac de Génésareth du côté de l'ouest et débouchait dans la plaine de Yizreël. Il traversait les territoires de Zabulon et de Nephtali ; cf. Isaïe, vin, 23.

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habiles et d'audacieuses usurpations, elles devenaient peu à peu maîtresses des terres qu'elles n'avaient pu conquérir par les armes. Elles commençaient à se sentir chez elles et à refouler presque partout, sauf toutefois dans les grandes villes, les anciens possesseurs de la contrée.

Ces empiétements insensibles finirent par éveiller l'inquiétude des Cananéens. Ils se coalisèrent pour mieux se défendre, ainsi qu'ils l'avaient fait au temps de Josué 1t et ripostèrent à ces sourdes manœuvres par une surveillance plus active et un redoublement de tracasseries. Tout en souffrit dans la plaine et sur les hauteurs avoisinantes. Les caravanes ne circulaient plus ; les voyageurs, rares et inquiets, s'écartaient des sentiers pour s'engager à la dérobée dans des chemins de traverse ; les agriculteurs hébreux, en butte à mille vexations, pourchassés par les indigènes, jetés en prison ou traités en captifs, désertaient les villages ; les tribus israélites de la contrée, minées par l'abattement et d'ailleurs dépourvues d'armes, s'abandonnaient tristement à l'idée de la servitude et de la misère 2.

Cette fois, le salut vint par une femme. Assez vraisemblablement originaire de la tribu d'Issakhar 3 et mariée à un certain Lappidoth, Débora exerçait parmi les Hébreux une sorte de magistrature extraordinaire, qui touchait à la fois à la prophétie et à la justice. On conserva longtemps le culte, puis le souvenir, d'un « Palmier de Débora » qui se trouvait à mi-chemin entre Béthel et Râmâ et près duquel elle avait coutume de rendre ses sentences inspirées 4. De toutes les contrées d'Israël on venait

1. Le cantique de Débora parle, en effet, de « rois de Canaan », Juges, v, 19. Même dans le cas où Yâbîn de Hâçôr serait, d'après les renseignements du rédacteur, le chef unique, il ne pouvait agir dans la plaine de Yizreël qu'après s'être soumis ou allié les autres rois cananéens qui s'y trouvaient.

2. Cette situation est décrite par le cantique de Débora, Juges, v, 6 et 7 ; cf. aussi 12. Sur l'abandon des villages, voir 7, où toutefois le sens est douteux. '

3. C'est du moins ce que l'on pourrait déduire de v, 15 a : à la bataille, les « princes d'Issakhar sont avec Débora », et ce qui rendrait compte, sans parler de la mission divine, de l'intervention de Débora, la tribu d'Issakhar étant établie dans la plaine et sur les hauteurs de l'est. D'autres historiens préfèrent lui attribuer une origine éphraïmite parce qu'elle exerçait son ministère dans la Montagne d'Éphraïm, Juges, iv, 5.

4. Débora a le titre de « prophétesse ». Les nâbhîs apparaîtront pour la première fois en corps organisé au temps de Samuel et de Saùl. Ils existaient sûrement avant cette date. Moïse, Marie, sa sœur, et ses soixante-dix conseillers furent aussi, à une époque ancienne, des prophètes, Exode, xv, 20 ; Nombres, xi, 25. Débora rendait la justice, c'est-à-dire qu'elle tranchait, avec les lumières et l'autorité que lui donnait

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la consulter ; aussi connaissait-elle par le détail la lourde oppression qui s'appesantissait sur les tribus voisines de la grande plaine. Sa foi ardente ne lui permettait pas de partager le désespoir ni d'approuver l'inaction de ses compatriotes. Elle crut que l'heure était venue d'y mettre un terme. Pour l'aider dans cette tâche, elle convoqua auprès d'elle un certain Baraq, fils d'Abinoam, natif de Cadès de Nephtali 1, et lui intima, de par Yahwè, l'ordre de rassembler les combattants des deux tribus galiléennes de Nephtali et de Zabulon au Mont Thabor pour écraser les Cananéens que Yahwè allait lui livrer 2. Ce Baraq avait été personnellement malmené par les Cananéens qui l'avaient arrêté quelque temps 3 ; il avait souffert ; il ne possédait pas la foi de Débora : il ne se décida à accepter cette mission que si la prophétesse s'engageait à se tenir à ses côtés pour lui faire connaître le jour où l'Ange de Yahwè donnerait la victoire ; car, en ces temps anciens, on ne livrait pas de combat sans avoir pris l'avis de la Divinité « par les sorts, les prophètes ou les songes ». Cette hésitation de Baraq, cette condition mise à son acceptation froissèrent la piété de Débora ; elle prédit à ce libérateur trop timoré qu'une femme et non pas lui aurait l'honneur de donner la mort au chef des ennemis.

son inspiration prophétique, les cas litigieux qui lui étaient soumis. Au point de vue religieux, il est très important de constater l'existence de la consultation de Yahwè par l'intermédiaire d'un personnage inspiré concurremment avec la consultation à l'aide des sorts sacrés interprétés par les Lévites.

La mention du «Palmier de Débora» est incertaine. Le mot *1BR, tâmâr, » palmier *, est ici ponctué non, tôtnér, ce qui pourrait signifier » pilier » ou » épouvantail » d'un champ, comme dans Isàïe, x, 5. Dans le cas où il s'agirait d'un palmier isolé et, par suite, d'autant plus remarqué et vénéré, on pourrait se demander si le « Palmier de Débora » n'aurait pas fini par être l'objet d'un culte qui aurait amené les yahwéistes rigides à lui donner la dénomination de ntfa, bâshéth, « honte, chose honteuse », dont la vocalisation aurait passé à IDP. Les déformations de ce genre se trouvent en d'autres passages de la Bible.

1. Cette Cadès est la Qâdhêsh de Nephtali, aujourd'hui Qedeis, à 7 ou 8 kilomètres au nord-ouest du lac de Houléh, où abondent les vestiges de l'antiquité. Le nom Qâdhêsh signifie (ville) « Sainte » et était celui de plusieurs villes ; c'est encore le nom arabe de Jérusalem aujourd'hui, El-Qods.

2. Aujourd'hui nommé Djebel et-Tôr, à l'angle nord-est de la plaine de Yizreèl. Il a un peu plus de 550 mètres d'altitude et domine la plaine où il s'élève isolé. Sa belle forme arrondie — « mons... mira rotunditate », disait de lui saint Jérôme — lui donne une silhouette douce et majestueuse. L'angle nord-est de la plaine de Yizreël vient mourir à son pied, en formant un cul-de-sac entouré de hauteurs sur trois de ses côtés.

3. Dans Juges, v, 12, on lit : « Fais captifs ceux qui t'ont fait captif, ô fils d'Abinoam ».

Ils partirent ensemble soulever les deux tribus de Zabulon et de Nephtali et dépêchèrent des messagers aux autres tribus du centre, du nord et de l'est pour réclamer leur appui 1. Ëphraïm et Benjamin, Issakhar et Makhir, un clan important de Manassé 2, embrassèrent généreusement la cause que leur recommandait Débora, car ils avaient l'habitude d'obéir à cette femme inspirée. Mais les tribus trop éloignées comme Ruben et Galaad, ou trop peu denses comme Dan et Aser, discutèrent longtemps le message ou n'y prêtèrent pas attention ; finalement, elles ne vinrent pas à l'aide de leurs frères et s'attirèrent l'indignation et le mépris des confédérés pour avoir préféré leur vie paisible au devoir national. Quant à Juda, à Siméon, à Lévi, ils ne parurent pas non plus, mais on ne semble pas avoir jugé leur présence naturelle, ni leur absence condamnable 3. En somme, il n'y eut à se soulever que les tribus qui s'intéressaient à la grande plaine de Yizreël : d'abord Nephtali, Zabulon, Issakhar, Manassé qui en étaient riverains ou y possédaient quelques cantons ; puis Ëphraïm et Benjamin : Benjamin, qm semble d'ailleurs n'avoir fourni qu'un

1. Zabulon et Nephtali sont les seules tribus nommées dans le récit en prose : cela s'explique par le fait historique qu'elles étaient plus intéressées que d'autres à voir cesser l'oppression cananéenne dans la région où elles vivaient, et peut-être aussi par cette particularité d'ordre littéraire que le rédacteur qui a utilisé le ré^it en prose plaçait à Hâçôr, c'est-à-dire près du territoire de Nephtali et de Zabulon, la capitale du roi cananéen oppresseur. Ce rôle prépondérant des deux grandes tribus galiléennes est du reste reconnu par le cantique qui leur fait une place à part ; il nomme Zabulon deux fois, v, 14 et 18, et Nephtali devait l'être deux fois aussi, au verset 18, et, après une restitution qui semble s'imposer, au verset 15.

2. Le texte du cantique de Débora dit « Makhir » (Juges, v, 14) et non Manassé. Makhir était le fils aîné de Manassé et formait une tribu établie dans l'Outre-Jourdain. On peut penser ou que Makhir désigne ici Manassé, l'ensemble de la tribu dont il n'est qu'une partie, ou que, en réalité, il devait envoyer des contingents, car il était établi non loin des débouchés de la plaine de Yizreël du côté de Beth-shean. A l'appui de cette seconde manière de voir, on peut faire valoir que les reproches adressés à Galaad et à Ruben (v, 15-17), établis eux aussi dans l'Outre-Jourdain, montrent assez que les confédérés de l'ouest escomptaient l'assistance des Hébreux de l'est. Il est vrai que, dans ce cas, Manassé de l'ouest, qui ne serait pas venu, aurait fait bande à part et se serait sans doute attiré lui aussi des reproches.

3 L'omission de ces trois tribus dans le cantique ne doit pas amener à conclure qu'à cette date elles n'étaient pas considérées comme faisant partie du peuple hébreu. Siméon et Lévi disparurent de bonne heure comme tribus ; Genèse, xlix, 5-7, les montre unis dans les mêmes forfaits et condamnés tous deux à être dispersés dans le reste du peuple. Quant à Juda, on a vu que sa situation au sud des villes cananéennes qui le séparaient des tribus de la Montagne d'Éphraïm l'obligeait à une vie isolée. Sur ce point, voir p. 12. Seulement il faut reconnaître que cette dernière circonstance favorisait l'emploi exclusif du nom « Israël » pour les tribus du nord et

de l'est, et l'opposition qui devait exister entre les deux noms « Israël » et

« Juda ».

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faible contingent, parce qu'il connaissait Débora et subissait alors l'ascendant d'Éphraïm 1; Éphraïm, parce qu'il joua toujours à cette époque ancienne le rôle d'un gardien vigilant d'Israël ; tous deux enfin, parce que, séparés des tribus du sud par la ligne des places fortes cananéennes de Gézer à Jérusalem, ils s'orientaient nécessairement du côté du nord, attirés là par leurs avantages politiques et économiques.

Un enthousiasme généreux soulevait les tribus qui avaient répondu à l'appel de Yahwè transmis par Débora. Les nobles se partageaient les divers commandements ; les campagnards, pauvres hères dont beaucoup s'étaient échappés avec peine des mains des Cananéens, se groupaient docilement par tribus et villages sous les ordres de leurs chefs ; des combattants apportaient non sans fierté quelque arme véritable, mais la plupart n'avaient que des armes de fortune ou leurs instruments de travail; partout, des bandes, où les piétons frôlaient les ânes trottinants 2, descendaient à pas rapides vers la plaine sur le pourtour de laquelle devait s'opérer leur concentration. Tandis que Baraq groupait les contingents galiléens vers le pied du Thabor, les tribus venant du massif central se postaient sans doute sur ses dernières hauteurs 3 ; au nord, au sud et à l'est de la plaine, sur les pentes des collines et aux débouchés des vallées, on voyait des paysans en armes s'arrêter avec une prudence inquiète avant de descendre affronter la charge terrifiante des chars cananéens. Ceux-ci arrivaient par centaines sous les ordres de Sisara, prince de Harosheth 4, et, encadrés par leurs fantassins, prenaient position en avant de Taanakh et de Megiddo.

i. Juges, v, 14 : « Ton frère Benjamin est parmi tes gens », dit le poète en s'adressant, sembie-t-il, à Éphraïm : Benjamin ne fournit point des chefs comme les autres tribus, mais simplement quelques troupes incorporées à celles d'Éphraïm.

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