‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 64 sur 168 · Cette qualification pourrait être un glose · texte numérisé non relu

Cette qualification pourrait être un glose

3. Le texte peut paraître surchargé ; moyennant la suppression des mots répétés on obtient un sens satisfaisant. Mais cependant, tel quel, le texte rend d'une manière très vive les cris de celui qui fait le partage et l'attribution du butin. « Son cou », d'après le grec.

Les derniers vers comme les premiers de cette ode guerrière sont à la gloire de Yahwè. C'est que Yahwè est bien le véritable triomphateur dans cette mémorable journée. Il a inspiré à une femme l'idée de la coalition, vaincu les hésitations d'un chef qui doutait du succès, ranimé le dévouement de chacun à la cause de tous. On l'a vu accourir du Sinaï où il réside et traverser à la hâte les montagnes de Seïr et d'Ëdom pour apporter aux siens le secours de son bras puissant. Il déchaîne l'orage qui effraie les chevaux ; il verse la pluie qui détrempe la plaine où les chars s'enlisent et fait déborder les rivières qui les entraînent ; ses étoiles mêmes semblent combattre à ses côtés x. Comme il a prévu et combiné l'attaque, il en donne le signal et quelques heures suffisent à ses fidèles mal armés pour briser la force d'un ennemi redoutable. La victoire est si bien à lui tout seul que c'est une femme encore, une femme qui n'est même pas israélite, qui donne le dernier coup à l'ennemi en mettant à mort Sisara.

Aussi le cantique de Débora, composé parmi ces événements, est-il encore tout vibrant de l'enthousiasme religieux qui, au lendemain de la journée du Thabor, agitait ce petit peuple étonné lui-même de sa victoire. Israël sentait que son Dieu était plus puissant que les autres dieux, et toujours aussi puissant qu'aux jours de Moïse dont il ne cessait de commémorer et de célébrer les hauts faits. A la fierté d'avoir un tel Dieu s'ajoutait une reconnaissance joyeuse pour le dernier témoignage de sa bienfaisance inlassable. On l'exaltait, on le remerciait, mais mieux encore on l'aimait. On l'aimait, — le mot est du poète hébreu 2, — et c'est presque une surprise pour nous de constater que, dès l'aube d'une histoire où la crainte de Dieu tiendra une si grande place, un sentiment affectueux amollissait parfois ces âmes farouches et les attachait à Yahwè par des liens plus doux que ceux de la terreur.

i. On ne voit pas comment l'auteur du cantique envisage cette collaboration des étoiles à la bataille ; il souligne du moins la puissance de Yahwè sur la nature et en particulier sur les puissances de l'atmosphère qu'il emploie à son gré.

2. Juges, v, 31. Ce mot ss retrouve aussi, d'ailleurs, dans le Décalogue, Exode, xx, 6.

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Et Ton s'aimait mieux aussi les uns les autres. Le sentiment de l'unité nationale ne s'était pas évanoui quand les tribus s'étaient disloquées pour coloniser les territoires conquis. Rien n'en prouve mieux la survivance que l'action de Débora : comme prophétesse, elle réglait les différends nés au sein de plusieurs tribus ; comme Juge, elle réussit à soulever tout le nord du pays. Le cantique, qui n'a pas assez d'éloges pour ceux qui s'étaient dévoués à la cause commune, pas assez de sarcasmes pour ceux qui s'en étaient désintéressés, suppose aussi ce sentiment ancré au fond des cœurs. Le danger et la victoire ne le manifestèrent pas seulement au grand jour ; ils surent le rendre beaucoup plus vif. Les tribus victorieuses comprenaient que, après l'aide de Yahwè, c'était le fait de s'être coalisées qui leur avait assuré le succès. Opprimées tant qu'elles avaient vécu à l'écart les unes des autres, elles avaient écrasé les Cananéens dès qu'elles s'étaient unies. Elles purent bien, le jour de la victoire passé, retourner à leur isolement jaloux ; elles n'en conservaient pas moins le souvenir brillant de ce qu'elles avaient pu accomplir, serrées ensemble autour de Yahwè invincible, et, si elles ne le désiraient pas encore, elles entrevoyaient du moins le temps où, réunies de nouveau sous le commandement d'un seul chef, elles pourraient marcher à de nouveaux triomphes.

Quel fut le lendemain de cette victoire éclatante ? On ne le sait pas au juste. Toutefois, comme elle devait laisser une trace profonde dans le souvenir des Israélites, on peut bien supposer qu'elle avait mis pour toujours un terme à la suprématie des Cananéens dans cette région. Il dut y avoir encore quelques soulèvements partiels ; les Petits Juges, dont nous ne savons pas quels ennemis ils combattirent, pourraient avoir eu affaire à des indigènes dans des conflits locaux. Mais les Cananéens ne se soulèveront plus en masse. Débora, qui venait de renouveler les exploits de Josué vainqueur des deux ligues cananéennes, était donc plus heureuse que lui : elle avait porté un coup si rude à ses adversaires qu'ils ne s'en relevèrent jamais. Décimés, privés de chars, il leur fallut céder sous la poussée de l'infiltration hébraïque, et, s'ils gardèrent les places fortifiées, la plaine et les coteaux d'alentour s'ouvrirent plus largement aux tenaces envahisseurs. Dans la population mêlée qui se disputait les avan-

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tages de cette région, les Cananéens, restés citadins et marchands 1, se trouvèrent partout serrés de près par les campagnards et les agriculteurs israéHtes.

Mais cette plaine de Yizreël était Tune des richesses les plus convoitées de la terre de Canaan. Les Hébreux, qui, grâce à Débora, pouvaient maintenant l'exploiter à leur profit, allaient avoir à la défendre contre d'autres ennemis peut-être moins dangereux, mais plus follement rapaces que les Cananéens.

i. On verra que les villes de la plaine de Yizreël ne durent point passer aux Hébreux avant le règne de David. Sur ce point, cf. ci-dessus chapitre Ier et Juges, î> 27-33, qui représente la situation bien après l'époque de Débora.

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