‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 65 sur 168 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

GÉDÉON. ABIMÉLÉK

I. — Gédéon : — Les invasions de nomades pillards dans la plaine de Yizreël ; — razzia et non pas conquête ; — démoralisation et décadence religieuse des Israélites voisins. — Deux traditions sur les débuts de Gédéon : — le surnom de « Yeroubbaal » ; — l'autel de « Yahwè-paix » ; — la vendetta incombant à Gédéon. — Première campagne de Gédéon : — les appelés, les élus pour le combat ; — la surprise des 300 guerriers ; — fuite des nomades ; — Gédéon dans F Outre- Jourdain ; — capture puis exécution des deux rois ennemis ; — institution détournée d'un principat analogue à la monarchie. — Deuxième campagne : — simples fragments du récit primitif ; — le double miracle de la laine sur l'aire ; — l'occupation des gués ; — rôle décisif des Êphraïmites. — L'autorité et le caractère de Gédéon.

II. — Abimélék : — Il se fait choisir par les Sichémites comme roi unique ; — l'apologue de Jotham ; — la discorde entre Abimélék et Sichem ; — Gaal, fils d'Obed ; — déconfiture des mutins ; — la guerre civile : destruction de Sichem, de la Tour de Sichem, prise de Tébéç ; — mort d' Abimélék.

L'effondrement de la royauté ; l'œuvre d' Abimélék.

Gédéon était originaire du petit clan d'Abiézer qui faisait partie de la tribu de Manassé ï. Joas son père, qui avait du bien

1. Gédéon. — Sources, Juges, vi-ix. La question des sources de l'histoire de Gédéon est fort embrouillée. Il convient, semble-t-il, de distinguer deux récits principaux, l'un où Gédéon était désigné par le surnom de Yeroubbaal, l'autre où il portait son nom ordinaire de Gédéon, auxquels s'ajouteront quelques compléments rédactionnels.

i° L'histoire de Yeroubbaal. Ce qui en établit l'existence, c'est le chapitre ix du Livre des Juges, où est racontée l'histoire de la royauté d'Abimélék, fils de Yeroubbaal. Ces trois ou quatre pages sont des plus intéressantes et des plus instructives, et elles présentent un ensemble si cohérent qu'il est bien plausible d'y reconnaître une portion d'une histoire plus complète de Yeroubbaal lui-même. Elle semble avoir été conservée en partie dans les fragments suivants : vi, 25-32, 36-vn, 1 ; vu, 22? 23-vni, 3 ; vin, 29, qui ont dû être intercalés dans l'autre récit quand on lui ajouta le chapitre ix notablement plus tard.

2° L'histoire de Gédéon. Elle comprendrait, mis à part quelques additions impor-

et jouissait de quelque influence, demeurait à Ophra l. Cette bourgade, si elle ne se trouvait pas dans la plaine de Yizreël, n'en devait pas être fort éloignée et subissait le contre-coup des événements qui s'y déroulaient.

La plaine de Yizreël, que la victoire de Débora et de Baraq avait définitivement ouverte aux Israélites, ne rendait pas alors à ces derniers autant qu'ils s'en étaient promis. Sans doute, une fois passée pour une bonne part entre leurs mains, elle n'avait pas démenti sa fertilité et il ne semble pas que les Cananéens eussent réussi à y étendre beaucoup leur autorité au delà des murailles des grandes villes d'où on ne les avait point chassés. Mais la fascination de sa richesse attirait souvent de nouveaux pillards sur les traces d'Israël : instruits par son exemple, alléchés par ses succès, ils accouraient lui disputer les fruits de cette terre généreuse. Quand la belle saison était venue, que la moisson approchait ou battait son plein, les Bédouins de l'Outre- Jourdain, Madianites et fils de Qédém, auxquels les Amalécites du Négéb prêtaient leur inlassable concours 2, suivaient l'itinéraire des Hébreux de Josué et passaient le fleuve à gué en bandes d'aspect sinistre. Le cultivateur de Canaan, qui évaluait déjà d'un œil heureux le produit de sa récolté, les voyait, un beau jour, apparaître tout à coup à l'horizon de la plaine. Ils s'abattaient sur son canton comme une nuée de sauterelles 3, dressaient leurs tentes aux deux

tantes et les retouches de rédaction, le reste de vi-ix, c'est-à-dire vi, 11-24 î 34» 35 » vu, 2-21 ; vin, 4-28.

30 Compléments rédactionnels. Les plus importants sont vi, 1-6, 7-10 ; vin, 27-35.

1. Cet Ophra de Manassé n'est pas identifié. Il y avait un Ophra en Benjamin {Josué, xviii, 23), qu'on place à Et-Taïyibé, au nord-est de Béthel ; il ne peut être en cause ici. Le P. Lagrange propose d'identifier l'Ophra de Gédéon avec une autre Et-Taïyibé, située au sud-est du Thabor, Le livre des Juges, p. 120. Mais là, nous sommes, semble-t-il, sur le territoire d'Issakhar et non sur celui de Manassé. On a aussi rapproché Ophra de Fer'atâ, au sud-ouest de Naplouse, qui est plutôt Pirâthôn de Juges, xn, 13. Si la métathèse du y n'était vraiment un peu forte, on a nierait retrouver un vestige du nom de (Ophrâ à Tell el-Fârcah, entre Sichem et Tébéç, ces deux villes ayant joué un rôle important dans l'histoire d'Abimélék, fils de Gédéon ; comme conjecture, c'est peut-être la meilleure de toutes.

2. Ces trois groupes de pillards sont mentionnés dans l'introduction du rédacteur sacré à son extrait de l'histoire antique de Gédéon- Yeroubbaal, Juges, vi, 3 ; mais ils se retrouvent dans vu, 12 auquel il les a sans doute empruntés ; de même dans vi, 33 qui parait être un verset de suture. Le verset vu, 12 doit être ancien, car on y retrouve (•)•&, shé pour -ntfN, 'ashér, « lequel », comme dans Juges, v, 7 (deux fois) ; vi, 17 ; vin, 26, tous passages anciens où shé apparaît comme une caractéristique dialectale.

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