Juges, vu
2. Aujourd'hui encore, le Bédouin fait ordinairement cultiver ses terres par des fermiers fellahs à qui il abandonne comme salaire une partie de la récolte. Cf. P. A. Jaussen, Coutumes des Arabes au pays de Moab, pp. 240 et suiv.
3. Juges, vin, 18, 19. L'expression « fils de ma mère » par laquelle Gédéon désigne ses deux frères assassinés n'implique pas nécessairement que ceux-ci n'avaient pas Joas pour père ; elle doit plutôt signifier que Gédéon et eux étaient nés de la même femme, Joas ayant plusieurs épouses.
fond du cœur, aux déprédations qui rendaient vain leur labeur, dissipaient leurs espérances et les acculaient à la famine. Ils se faisaient petits, ils se montraient empressés et dociles, passant par toute espèce de transes, essayant toutes les ruses pour sauver quelques biens, un peu de nourriture et tout au moins leur vie ; tel gros propriétaire qui avait des esclaves par dizaines en venait à se terrer dans un trou pour dépiquer à la dérobée un peu de blé qu'il pourrait soustraire aux recherches et qui suffirait tout juste à apaiser sa faim1.
Parfois un conflit sanglant menaçait d'éclater ou bien les pillards paraissaient plus farouches. Alors les campagnards israélites se réfugiaient peureusement dans les grottes ou gagnaient en courant les hauteurs qu'un instant permettait de mettre vaille que vaille en état de défense2: les maraudeurs n'en étaient que mieux à leur aise pour achever leur rapine. On dirait que ces Hébreux, en devenant hommes des champs, avaient perdu leurs qualités d'hommes de guerre ; le cours régulier de la vie agricole semblait avoir étouffé leur ancienne fougue conquérante, abattu leur courage en présence du danger, et effacé à demi le souvenir des exploits de leurs premiers Juges.
Ils n'avaient pas mieux gardé la ferveur religieuse que ces héros avaient jadis inspirée à leurs pères. Au fur et à mesure qu'ils s'adonnaient d'une manière plus étendue et avec plus de goût aux travaux de la campagne, ils résistaient de moins en moins fermement à l'attrait des cultes cananéens 3. Les Baals, les Astartés et les Ashêrâs, dont la terre de Canaan avait été pendant de longs siècles le domaine indiscuté, reprenaient sournoisement à Yahwè par l'intérêt et par la volupté ce qu'il leur avait ravi par sa force terrifiante. Non seulement ils enveloppaient les Hébreux dans une sorte d'atmosphère païenne, puisque toute la vie agricole était imprégnée de pratiques nées de la croyance au souverain empire de ces divinités sur les productions du sol, mais ils réussissaient à se gagner des dévots parmi les fidèles de