Juges, vi
2. Juges, vi, 2, introduction du rédacteur. Cette introduction assez développée témoigne chez son auteur d'un vif sentiment de l'importance qui s'attache à la description du milieu historique où vont se dérouler les événements.
3. La déchéance religieuse causée par la contagion des cultes cananéens est exposée avec plus de détails ci-dessous, chapitre xu.
leur austère rival : ici, quelque individu se glissant furtivement de l'autel de Yahwè, qu'il craint comme le Dieu de son peuple, à l'autel du Baal, qui sait si bien multiplier la semence et le troupeau ; là, des groupes plus considérables, des villages entiers même qui fréquentaient ouvertement le sanctuaire public du Baal de. l'endroit et n'entendaient pas qu'un Israélite trop fervent vînt troubler leur culte et outrager leur dieu. A Ophra, un autel du Baal, érigé sur une éminence qui avait des airs de forteresse, faisait l'orgueil et recevait les pieuses visites des habitants ; les parents de Joas, le père de Gédéon, et Joas lui-même comptaient parmi les tenants de l'idolâtrie *.
Telles étaient les dispositions religieuses et la situation matérielle des Hébreux de la plaine de Yizreël et de ses alentours. Sans apparaître comme des plus graves, leur état ne laissait pas d'être très pénible, d'autant plus que leur aveuglement ne leur permettait pas de voir d'où viendrait le salut. L'abattement gagnait même ceux qui étaient restés fidèles ; les meilleurs, comme ce Gédéon qui devait mettre une borne à cette détresse, en témoignaient déjà un commencement d'humeur contre Yahwè 2 . On avait bien perdu l'enthousiasme national et religieux qui avait soulevé les esprits et les cœurs au temps de Débora ! Yahwè n'abandonnait pourtant pas les siens. Des contre-razzias furent entreprises avec un plein succès ; les textes dont nous disposons semblent nous permettre d'en attribuer deux, qui furent sans doute les plus remarquables et dont il sortit un résultat politique important, à Gédéon, fils de Joas.
Gédéon était connu dans certains milieux sous le surnom de
1. Juges, vi, 25, parle d'un autel du Baal qui appartenait au père de Gédéon ; le texte de ce verset est embarrassé, mais cela n'autorise pas à supprimer ce détail. La seule surcharge qui semble devoir être supprimée est le mot >jwn, hashshénî, « le deuxième », qui aurait pu être ajouté quand on ne comprit plus la valeur du i, wâw explicativum, de ~)Si, ûphar ; on pourrait donc traduire : « prends le jeune taureau de ton père, à savoir le taureau (.) de sept ans, et détruis l'autel du Baal de ton père ». Joas pourrait bien avoir construit un autel au Baal comme son fils en édifia un à Yahwè. Il convient de noter pourtant que Joas porte un nom où « Yahwè » entre comme élément ; mais on a remarqué ci-dessus, p. 18, n. 1, qu'il n'est pas toujours prudent de tirer des conclusions trop fermes de l'étymologie des noms propres ; il n'y a pas lieu de corriger le texte de Juges, vi, 25, pour faire Joas plus fervent que ne l'était le reste de sa famille, d'après un texte qui ne prête à aucune équivoque, vi, 27 ; il y est dit que Gédéon redoute le mécontentement de « la famille de son père » comme celle des « gens de la ville ».