Juges, vi
« Yeroubbaal » ; il lui fut donné dans des circonstances qui sont tout à l'honneur de sa foi. Une nuit, Yahwè lui commanda de renverser l'autel du Baal d'Ophra et de construire pour le vrai Dieu un autel de pierres bien rangées, où il brûlerait en holocauste le jeune taureau de son père en se servant du pieu sacré ou ashêrâ débité en morceaux comme bois du sacrifice *. L'entreprise était hardie et comportait des risques ; par peur de ses parents et des autres habitants, Gédéon l'exécuta de nuit avec l'aide de dix de ses serviteurs 2. Le matin venu, ce fut un bel émoi dans la bourgade. Quelques recherches rapides ayant fait découvrir que Gédéon était l'auteur de cet audacieux sacrilège, la foule furieuse, se portant à la maison de Joas, exigea de celuici qu'il livrât son fils pour qu'elle le mît à mort. Mais Joas, baaliste peut-être assez tiède et tout au moins fort surpris de voir l'inaction du Baal outragé, tint tête aux manifestants, et, avec des menaces, leur jeta cette dernière réponse : « Que Baal se défende » ! « Yeroubbaal », qui traduit à peu près ces mots, resta le surnom de Gédéon 3.
Cet exploit religeux, accompli avec un rien de timidité qui le rendait plus méritoire, attira sur Gédéon l'attention de tous les Israélites du voisinage. On commençait à parler de lui, non seulement comme d'un yahwéiste sans faiblesse qui savait rétablir avec courage les droits méconnus de son Dieu, mais aussi comme d'un chef possible dans les circonstances désastreuses de l'heure présente. Une tradition, où l'on retrouve ce double jugement de l'opinion et qu'il conviendrait sans doute de greffer