Sur ces faits, voir, ci-dessus, pp. 118 et suiv
situation allait empirant, et il faut vraiment qu'elle ait été bien sombre pour qu'on ait trouvé tant d'importance et tant d'intérêt à des corps à corps qui pouvaient jeter quelques rayons de gloire sur un individu, mais découvraient en même temps, par contraste, l'inertie apeurée du peuple tout entier.
En attendant que le peuple hébreu se sentît encouragé par leur souvenir à reprendre avec ses forces réunies l'œuvre individuelle de Samson, il ne manquait sans doute pas de souligner tout au moins la signification religieuse des prouesses de ce Juge. Assurément Samson — mais peut-être n'attachaiton pas alors une importance considérable à ces choses — fut la victime assez empressée de son cœur et de ses sens. Il imposait pourtant aux ennemis d'Israël une certaine terreur de Yahwè de qui il tenait sa force invincible ; il était aussi pour ses coreligionnaires un exemple vivant du soin que Yahwè apporte à soutenir les siens tant qu'ils sont fidèles à leur devoir, comme de l'abaissement où il les laisse tomber dès qu'ils deviennent oublieux de leurs promesses. De plus, Samson n'est pas sans piété. Dans le portrait qu'esquisse de lui la Bible, il donne l'impression d'un homme qu'épanouit sans cesse la confiance en la force qui lui vient d'en haut. Il y puise cette sûreté de soi provoquante et gaie qui le mène aux entreprises les plus risquées, avec la certitude d'en sortir à son honneur. La fidélité du succès arrive, toutefois, son cœur aidant, à le griser ; il joue trop avec le danger, dont il s'est toujours tiré, pour ne pas finir par y trouver sa perte. Mais jusque dans sa chute, il éveille la pitié ; sa dernière faiblesse, longtemps retardée, n'échappe qu'à sa lassitude et coûte à sa foi, et il est presque touchant dans l'humilité de sa prière pour obtenir de nouveau, en vue d'un exploit suprême, la vigueur que Dieu lui avait retirée.