‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 93 sur 168 · I. Psaumes, cvi (Vulgate cv · texte numérisé non relu

I. Psaumes, cvi (Vulgate cv

en enterrant vivants de pauvres petits qui venaient à peine de naître, une jeune vierge à qui souriait la vie ou une vieille femme à qui elle paraissait encore plus douce que la mort, ces Cananéens pensaient être les plus religieux des hommes. Il faut leur tenir compte de leurs intentions, et, par respect pour l'idée de religion, chercher au moins de quelles croyances ils pouvaient relever leurs odieuses pratiques. On vient d'essayer de le faire et, sans doute, non sans quelque générosité. En somme, c'étaient la Terre féconde et les énergies productrices qui, sous un nom de dieu ou sous un nom de déesse, paraissent avoir été les véritables divinités des Cananéens 1. Le passage de ceux-ci de l'état nomade à l'état sédentaire, leur organisation en groupes qui correspondaient à d'anciennes tribus, de vagues réminiscences de leur religion ancestrale, l'influence des religions qu'ils avaient connues ailleurs ou qu'ils avaient encore sous les yeux, la nécessité de rester unis autour d'un protecteur divin, toutes ces causes pouvaient modifier le véritable fonds de leur religion de la Nature ; il semble qu'elles n'aient pas réussi à le transformer notablement.

Aussi, quand les Hébreux envahisseurs s'installèrent à leur tour en Canaan et qu'ils durent s'adapter à la vie agricole que les ressources du pays leur imposaient, on prévoit assez dès maintenant de quelles séductions perfides ils se trouvèrent aussitôt assaillis. Ce n'était pas seulement l'exemple des Cananéens qui les appelait à participer à tous ces rites nouveaux pour eux mais trop appropriés aux aspirations instinctives de la nature humaine pour ne pas leur avoir dès l'abord souri ; ce devaient être plus encore peut-être les mille voix tentatrices qui montaient de cette terre ardente et généreuse, où ces échappés du désert, le pays de la soif et de la faim, allaient trouver toutes sortes de biens qui leur amolliraient le cœur, troubleraient leurs sens et les amèneraient presque fatalement à faire de la religion révélée par Dieu à Moïse, jugée désormais trop austère, une religion facile où s'étaleraient les rites grossiers, où se glisseraient même parfois les turpitudes de Canaan.

1. Sur la « Terre-mère » dans l'antiquité sémitique, voir les réiérences et la bibliographie dans Baudissin, Adonis und Esmun, p. 20, n. 1.

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