‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 98 sur 168 · Isaïe · texte numérisé non relu

Isaïe

peut-être aussi à la répandre dans le pays qu'ils occupaient et surtout dans les régions où, comme chez les Danites, ils se mêlaient pacifiquement aux Hébreux. Saûl, probablement à l'instigation de Samuel, portera un peu plus tard un décret d'expulsion contre les sorciers et les évocateurs de morts ; mais on sait qu'il ne sera guère obéi, tant le peuple avait de goût pour ces pratiques, et que lui-même ira secrètement demander à une nécromancienne de lui lever, sur le sort qui l'attendait, un coin du voile que Yahwè s'obstinait à tenir baissé.

A voir ainsi dans leur ensemble les idées, les tendances et les rites du yahwéisme populaire pendant la période des Juges, on sent qu'il glissait d'un mouvement fatal vers une forme religieuse assez voisine de celle que présentait, vue en gros, la religion de Canaan. Il importe toutefois de ne pas envisager ce tableau d'ensemble comme l'image de la vie religieuse de tout le pays hébreu à un même moment. Dans la réalité, les traits de ce tableau devaient apparaître plus épars. La « canaanisation » des idées et des rites ne s'opérait point partout d'une manière ni d'une allure uniformes. Ici, la sensualité pouvait dominer, tandis que là dominait la préoccupation de la terre et du troupeau. Dans les sanctuaires fréquentés de plusieurs lieues à la ronde, le culte s'était sans doute enrichi en raison de l'afjfluence des pèlerins ; il pouvait rester plus voisin de son type hébreu dans certains sanctuaires isolés et dans les cantons où les yahwéistes, plus nombreux que les Cananéens, tenaient ceux-ci à l'écart. De plus, cette transformation, quand elle s'opérait, ne marchait point partout d'un pas égal. Tantôt rapide et tantôt lente, tantôt passagère et vite conjurée, tantôt profonde et bientôt définitive, elle mit, à vrai dire, plusieurs siècles pour contaminer tout le pays d'Israël. Cette œuvre néfaste était plus qu'esquissée quand s'acheva la période des Juges, après le milieu du XIe siècle. C'est au VIIIe siècle, dans le royaume d'Israël qui arrivait à son apogée mais en même temps arrivait au bord de l'abîme où il allait tomber pour jamais, qu'elle semble avoir atteint, pour la première fois, sa détestable perfection. C'est alors aussi que les prophètes Amos et Osée jetèrent leur cri d'alarme et dénoncèrent plus clairement, semble-t-il,

que leurs précurseurs ne l'avaient fait, le péril mortel que courait le yahwéisme pour avoir enfoncé ses racines et puisé une partie de sa vie dans la terre impure de Canaan. Véritables yahwéistes, ils ne reconnaissaient plus dans la religion luxuriante qui s'épanouissait à l'aise sous leurs yeux la religion simple, forte et pure où n'aurait dû circuler que l'antique inspiration de Moïse et des pères. Cette inspiration émanée de Dieu n'avait cependant pas cessé de se transmettre et d'agir. C'est elle qui se découvrira à nous, si nous cherchons à définir les principes de résistance que le yahwéisme authentique opposait à l'action dissolvante du paganisme cananéen.

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