I Samuel, ix, 2 ; x
5. I Samuel, xvi, 6, 7, 12 ; xvn, 42, mais ici le détail paraît être une glose reproduisant xvi, 12.
266 l'organisation du ROYAUME DE DAVID
qui recommandait à Saul de s'attacher David comme joueur de lyre, lui vantait sa beauté, et ce doux agrément, joignant sa grâce à un cortège de mâles vertus, rendait plus séduisant l'empire que le jeune guerrier prit, dès ses débuts, sur ceux qui l'approchaient 1. La beauté régnait de même dans la famille que David fonda. Plusieurs de ses femmes laissèrent le renom de leur beauté à côté du renom de la sienne, telles Abigaïl, Bethsabée, mais par-dessus toutes, Àbisag, la plus belle jeune hlle du royaume, dernière et inutile parure du harem du vieux roi, pour la convoitise imprudente ou l'amour passionné de laquelle Adonias mourra plus tard exécuté par son frère Salomon 2. Les enfants de David étaient beaux, eux aussi. Absalom, « qui n'avait pas un défaut de la plante des pieds au sommet de la tête », et dont le visage s'encadrait d'une chevelure somptueuse, ravissait tellement la foule qu'elle partagea avec enthousiasme la folie de sa rébellion. Comme lui, Adonias trouvait dans sa grande beauté un moyen pour avancer le succès de ses intrigues. Une fille de David et une fille d' Absalom, qui portèrent l'une et l'autre le même nom de Tamar, étaient également jolies toutes deux. Et si Salomon est bien le fiancé magnifique de l'épiihalame du psaume XLV comme le Bien-aimé idéal du Cantique des Cantiques, pour avoir inspiré une poésie d'une si merveilleuse ferveur, il doit vraiment avoir été « le plus beau des enfants des hommes » 3.
L'éclat de toute cette beauté ravissante ne réussit point, toutefois, à plonger dans l'ombre de nombreuses misères, ces tristes misères qui découlaient d'une polygamie trop développée. La plupart sans doute des Hébreux n'avaient que deux épouses, auxquelles les plus aisés d'entre eux joignaient quelques épouses de second rang 4. C'était assez pour garantir la perpétuité de
i. I Samuel, xvi, iS.
2. Sur Abigaïl, I Samuel, xxv, 3 ; sur Bethsabée, II Samuel, xi, 2 ; sur Abisag, I Rois, 1, 2, 3, 4 ; sur les intentions d'Adonias, voir, Salomon, p. 7-8.
3. Sur Absalon, II Samuel, xiv, 25, 26 ; sur Adonias, I Rois, 1, 6; sur les deux Tamar, II Samuel, xiii, 1 ; xiv, 27 ; sur Salomon, Psaumes, xlv (Vulgate, xliv), 3.
4. On ne possède pas beaucoup de renseignements sur ce point, si ce n'est pourtant en ce qui concerne les patriarches et les premiers rois. Mais Deutéronome, xxt, 15 ; I Samuel, 1, 2 ; II Chroniques, xxiv, 3, montrent que la polygamie à deux épouses était sans doute assez usuelle dans le peuple. Les femmes de second rang, les concubines, au sens archaïque de ce mot, étaient aussi des épouses régulières : Leur
leur descendance ; c'était trop pour permettre à la paix de s'asseoir à leur foyer. Car, de ces deux femmes, il y en avait presque toujours une « aimée » et une « haïe », rivales l'une de l'autre, rivales pour leurs enfants, poussant ceux-ci à la rivalité, et le mari, obéissant à ses préférences ou cédant à la faiblesse, ne savait point partager équitablement son cœur, ses faveurs et ses biens *. Que devait-il advenir quand le nombre excessif des épouses multipliait les causes de trouble ? David, qui avait plus de vingt femmes, pour plusieurs desquelles il avait ressenti beaucoup d'amour, et de nombreux enfants, nés de mères différentes, qu'il chérissait de toute son âme, ne devait pas échapper aux sombres soucis qui surgissent fatalement au sein d'une famille mal unie. Des conflits de ses femmes nous ne savons rien. Mais on devine sans peine que Bethsabée ne prit point la première place dans son harem sans susciter plus d'un mouvement de jalousie, et qu'elle dut essuyer plus d'un regard mauvais si elle commit, par fierté de mère ou par orgueil de rivale, la maladresse d'apprendre à ses compagnes que c'était son Salomon qui était destiné à succéder au maître. Quant à ses enfants, qui parfois ne pouvaient s'aimer qu'à moitié, on trouvera, au chapitre suivant, plusieurs pages souillées et comme ensanglantées par le récit des passions qui les dressèrent les uns contre les autres, et par le déchaînement brutal desquelles ils brisèrent le cœur de leur pauvre père. Ainsi , cette belle famille, qui devait perpétuer jusqu'au Messie le nom de son illustre fondateur, devait aussi, tant la souffrance touche de près à la gloire, lut causer les tourments les plus atroces de sa vie.
L'entretien de ces nombreuses femmes, de leurs enfants, de leurs esclaves, ne laissait pas d'être coûteux. D'autres dépenses alourdissaient encore le budget royal. Les hauts personnages, officiers, grand vizir, scribe, prêtres, préposés aux corvées, amL
présence dans une famille devait dépendre surtout de la fortune du mari. Mais, de plus, dans un temps de guerres victorieuses, un Hébreu pouvait eh trouver parmi les captives qui lui revenaient comme part du butin, Juges, v, 30 (« Une femme , deux femmes pour chaque homme ») ; voir, la législation de Deutêronome,xxi,xo-i4 , sur les facilités données à l'Hébreu d'épouser la captive dont il s'est épris pour sa beauté.