II Samuel, xm
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qui habitaient dans ces régions. Quant à ce qu'il possédait dans le territoire même d'Israël et de Juda, il l'avait acquis par les divers procédés qui sont à la portée d'un roi : il achetait ce qui lui plaisait, il recevait des présents, il épousait des femmes richement dotées, il confisquait quelques biens à des révoltés ou à des indigènes l, et si, comme cela est vraisemblable, il réduisit la dernière résistance des Cananéens de la plaine de Yizreël, il n'était pas dans l'embarras pour trouver, dans cette région si fertile, des terres qui compensaient largement les terres moins productives qu'il pouvait avoir reçues de son patrimoine en Juda 2.
En somme, c'était la fortune que Yahwè avait ajoutée pour lui à tant d'autres biens, la fortune utile et solide, qui n'avait rien de criard comme les centaines de talents d'or que possédera Salomon. Ici, de même que dans toute l'organisation dont nous venons de parcourir les différents domaines, David semble s'être maintenu dans une sagesse moyenne et pratique. Il ne sacrifiait pas à l'ambition des vastes projets, dont il arrive qu'un roi s'engoue sans peser au juste leur convenance. Il ne se laissait pas entraîner au delà de ce que lui permettaient ses ressources, par l'appât d'une gloire plus brillante. A part l'affaire du recensement, où il sentit du moins après coup qu'il avait mal agi en agissant dans son intérêt contre l'avis de ses conseillers, il se laissait guider par la pression du besoin et l'avantage de ses sujets. Il faisait ce qui lui semblait réclamé par les circonstances, et, après l'avoir fait, s'arrêtait. Peut-être y avait-il de
1. Achat de l'aire d'Ornâ, le Jébuséen, II Samuel, xxiv, 24 ; mariage avec Abigaïl, veuve d'un riche propriétaire du sud de Juda, I Samuel, xxv, 2, 42 ; autre mariage avec une fille d'un roi de Geshour, II Samuel, ni, 3 ; héritage de Saiil, sans doute, puisqu'il avait reçu en partage le harem de ce roi, qu'il était son gendre, et qu'après l'exécution de« Saiilides, il put disposer, en faveur de Meribaal, des biens patrimoniaux de Saiil, II Samuel, ix, 9-10. L'épisode de Sibâ, serviteur de Meribaal, à qui David donne les biens de son maître, montre que le roi se reconnaissait le droit de disposer des biens d'un sujet dont la fidélité était douteuse, ibid.,,xvi, 4. On sait aussi par I Samuel xxvn, 6, que David possédait en propre l'ancienne ville philistine de Çiqlagh, qui resta un domaine particulier des rois de Juda.
2. Achab, roi d'Israël, possédait des terres à Yizreël, qu'il aurait pu tenir de ses droits à l'héritage de David, I Rois, xxi, 1, 2.
la nonchalance naturelle dans cette conduite; après quelques années de règne à Jérusalem, David paraît avoir perdu un peu du bel entrain de sa jeunesse. Mais cette lassitude commençante contribua à le retenir dans la réserve qui sied à une royauté à ses débuts. Plût au Ciel que Salomon eût cédé parfois à cette timidité qui réfrène l'amour de la splendeur et la folie de la munificence ! Il eût peut-être senti, lui aussi, « son cœur battre »r et il n'aurait pas voué à la ruine, pour l'avoir trouvée insuffisante, l'avoir voulue grandiose et l'avoir faite tyrannique, l'œuvre d'organisation que son père avait dirigée avec le sens dfc l'opportunité, delà mesure et de la modération.