‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 107 sur 137 · DISPARITION DE LA DYNASTIE DE SAUL · texte numérisé non relu

DISPARITION DE LA DYNASTIE DE SAUL

connaissaient. David ne put se soustraire à l'obligation légale de leur livrer les deux enfants de Rispâ, Armôni et Mephibaal, ainsi que les cinq fils de Mêrab. Les Gabaonites les menèrent sur le haut lieu de Yahwè à Gabaon, et les exécutèrent tous les sept dans le sanctuaire même l.

L'exposition des suppliciés cessait pour rcrdiraire avec le jour 2. Pourtant, ceux-ci devaient probablement être privés de sépulture jusqu'à ce que la pluie, en tombant, annonçât l'apaisement de Yahwè et la fin de la sécheresse. Mais à attendre trop longtemps d'être mis en terre, les mcrts sentaient leurs souffrance s'aggraver ; les animaux sauvages dévoraient leurs restes, et leurs âmes inquiètes, ne sachant où s'arrêter, rôdaient dans les lieux où ils avaient vécu, sans parvenir à trouver le repos. C'était le lamentable sort qui attendait les sept infortunés, lorsque Rispâ, poussée par la pitié maternelle et voulant épargner à ses fils et à leurs compagnons de supplice ce surercît de tourments, vint s'installer à l'abri du sac de deuil, qu'elle se tendit en guise de tente, auprès des corps pour les garder 3. Le jeur, elle écàr-

1. Le lieu de l'exécution est Gabaon d'après les textes grecs sauf L, mais Gabaa de Saiïl d'après l'hébreu et L. Il est difficile de choisir, les deux villes pouvant avoir l'une et l'autre des droits à être les témoins de l'exécution. Pourtant comme celle-ci eut lieu «su,, la montagne de Yahwè » (II Samuel, xxi, 6, corrigé) ou « sur la montagne devant Yahwè » (ibid., 9), il vaudrait mieux croire qu'il s'agit du « grand haut lieu * de Gabaon (I Rois, m, 4), qui doit vraisemblablement être placé sur la montagne de Nébi Samouîl. Sur la participation des Gabaonites au culte de Yahwè, voir La Période des Juges, pp. 343, 344. — Le sens du verbe hiphil y^in, hôqîa', employé par II Samuel, xxi, 6,9, 13, (et, en outre, seulement par Nombres, xxv, 4) est incertain. Si l'on se réfère au qal, yp>, yâqa', qui signifie «se déboîter, se désarticuler» en parlant delà hanche {Genèse, xxxn, 26), le hiphil employé dans les trois passages pourrait désigner un supplice dans lequel les membres étaient violemment étirés jusqu'à la désarticulation, le corps du patient étant suspendu, plutôt que couché, comme le suggèrent les mots «en face du soleil», ajoutés dans le passage de Nombres, à la mention du supplice. D'autres préfèrent des sens différents d'après les versions ou les langues voisines ; tels sont : «exposer», «crucifier » (sens des Targum et de la Vulgate), «prendre», «empaler», «consacrer», « écarte 1er», «précipiter»; voir les indications de Driver, Notes on the Hebnw Text.... 0/ the Books of Samuel, 2e édition, p. 351, et celles du Dictionnaire de Gesenils-

BUHL, S. V.

2. Deutéronome, xxi, 22, 23, prescrit d'enterrer le jour même du supplice le criminel dont le cadavre a été suspendu après l'exécution ; cf. Josué, vm, 29 ; x, 26, 27. Le cadavre ainsi suspendu est maudit de Dieu, et souille le sol (Deuiércncme). La bénédiction réclamée des Gabaonites, comme preuve de l'accomplissement <îe la vendetta (II Samuel, xxi, 3), ne devait devenir effective que par la chute de la pluie.

3. L'emploi du verbe niD3, vâiâ, « tendre, étendre s usité habituellement à propos de la tente, et celui de bN, *él, «vers», et non pas de hy, 'al, «sur», montre qu'elle ne se sert pas du sac comme d'une natte, mais plutôt comme d'un

tait les oiseaux de proie ; la nuit, elle chassait les bêtes des champs. Elle eut la force de prolonger sa pieuse garde depuis la moisson des orges, en mai, jusqu'au moment où la pluie vint tomber du ciel sur les cadavres 1.

Cette extermination presque totale de la descendance de Saùl, affermissait opportunément la dynastie de David. Que ce dernier se l'ait entendu reprocher par un Benjaminite, rien de plus naturel 2 ; qu'il en soit jugé responsable, rien de plus injuste: il avait fait son possible pour amener les Gabaonites à composition, et, d'ailleurs, son caractère ne le portait pas à prendre d'aussi redoutables initiatives. A coup sûr, il profita de la disparition de ces rivaux éventuels, mais simplement comme il avait profité de la mort de Saiil pour briguer la couronne, des meurtres d'Abner et d'Ishbaal pour s'annexer le royaume d'Israël. Il avait dû y consentir, parce que c'était la loi ; il n'y avait pas poussé parce que c'était son intérêt : ce serait odieux de faire retomber sur lui une exécution que les Gabaonites rendirent nécessaire par leur inflexible rigueur 3.

Quand l'inéluctable vengeance fut accomplie et que la sécheresse eut pris fin, David, encore sous le coup de l'horreur religieuse qui s'attachait à cette expiation et, profondément remué par l'amour maternel de Rispâ, eût à cœur de rendre aux morts le dernier service dont ils eussent beoisn. Ayant été chercher lui-même à Yàbêsh duGalaadles ossements de Saûl et de Jona-

abri. — Le sac était une étoile grossière, habituellement en poils, que portaient les pauvres gens, parfois les prophètes et occasionnellement les pénitents et les personnes en deuil.

i. Cela peut représenter cinq ou six mois si l'on croit qu'il s'agit des premières pluies de l'hiver, qui tombent en octobre ou novembre ; mais Yahwè pouvait manifester que la justice était ;atisiaite en faisant tomber une averse dans les mois sans pluie ; cf. I Samuel, xn, 16-18.

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