‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 112 sur 137 · III. — LA RÉVOLTE DE SHEBA LE BENJAMINITE · texte numérisé non relu

III. — LA RÉVOLTE DE SHEBA LE BENJAMINITE

David ne tarda pas à se repentir d'avoir, pour une fois, trop fait pencher la balance du côté des siens. Les Israélites, vexés qu'il eût si mal répondu à leur empressement à revenir à lui, l'abandonnèrent de nouveau sans plus tarder. Il n'avait pas encore atteint Jérusalem qu'un Benjaminite, du nom de Shéba, fils de Bikhri, levait l'étendard de la révolte et poussait ce cri de ralliement :

Nous n'avons point de part sur David, Ni portion d'héritage sur le fils de Jessé. Chacun à ses tentes, Israël ! x

Il réussit à entraîner des Israélites dans sa rébellion, tandis que Juda tout entier donnait maintenant l'exemple de la parfaite fidélité. A vrai dire, ce ne fut là qu'un accès de méconten-

1. Ce cri de révolte, qui fut repris lors de la scission d'Israël sous Roboam, fils de Salomon (I Rois, xn, 16), se termine par une formule « Chacun à ses tentes, Israël », qui a tout l'air d'être un ancien cri de sauve-qui-peut, remontant à l'époque où beaucoup d'Israélites vivaient encore sous la tente. A l'époque que nous étudions, les tentes devaient être assez peu usitées, surtout en Israël, et, en tout cas, trop peu pour que tout Israël fût invité à s'y retirer. Il vaut mieux sans doute expliquer cette expression comme un vestige archaïque que de torturer le mot « tente » pour lui faire dire « maison ».

tement, comme une bouderie d'un instant. Mais c'était aussi une preuve non équivoque de la fragilité de l'union d'Israël et de Juda : la moindre maladresse en compromettait la précaire existence.

Il fallait agir sans retard. David, qui n'était plus abandonné de tous et ne luttait plus contre son fils, n'avait pas les mêmes motifs de modération qu'à la révolte précédente. A peine rentré à Jérusalem, où il reprit possesssion de son palais, et séquestra, comme des veuves, pour le reste de leur vie, les dix femmes qu'il avait laissées à son départ, il chargea Amasâ, le nouveau général de lever en trois jours les contingents territoriaux de Juda, et de marcher contre les mutins. Au terme du délai fixé, Amasâ n'avait point achevé la mobilisation. A attendre davantage, on donnait aux rebelles le temps de se retrancher dans les villes à murailles. Pour y obvier, Abishay reçut l'ordre de prendre les devants avec une troupe d'élite formée des officiers du roi, des hommes de Joab, qui, pour la première fois, marchait en second, puis des Cretois, des Plêthis et de tout le corps des Preux. Cette troupe se trouvait près de la Grande Pierre de Gabaon, un peu au nord de Jérusalem, lorsque Amasâ la rejoignit. A la vue de son rival, ancien factieux auquel on l'avait sacrifié, Joab, dissimulant sa rancune s'avança, pour le saluer. Son glaive ayant comme par hasard glissé du fourreau, il le ramassa de la main gauche, puis, il s'approcha d'Amasâ et, lui prit, d'un geste amicalement familier, la barbe de la main droite pour l'embrasser ; mais au même moment il lui enfonça son glaive dans le ventre. Amasâ, les entrailles pendantes, s'affaissa et mourut. La troupe se remit en marche. Comme les soldats s'arrêtaient au passage pour regarder le cadavre, un des hommes de Joab le tira dans un champ hors du chemin, et jeta sur lui un vêtement. Le mort ne jouissait pas de la popularité de son meurtrier ; celui-ci, sans autre forme, reprit la tête de l'armée, qui le suivit sans hésiter.

Les insurgés ne lui résistèrent pas longtemps. Les Israélites faisaient leur soumission dès que Joab, qui les avait conduits à de nombreuses et éclatantes victoires, paraissait chez eux. Quant à Shéba, il n'eut bientôt plus autour de lui que les membres de son clan de Bikhri. Ne recueillant dans les tribus en

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