IV. — LA RIVALITÉ D'ADONIAS ET DE SALOMON
Les dernières années de David ne lui procurèrent pas le repos. Elles aussi furent profondément troublées par les intrigues qui s'ourdissaient autour de son trône. Sa succession était pour
1. On identifie cette ville avec Abîl el-Qamh, au sud-ouest de l'Hermon, à moins de dix kilomètres à l'ouest de Dan (= Tell el-Qâdî).
2. C'est la raison que donne la femme qui va sauver la ville, pour que Joab l'épargne. Cette raison montre quel attachement religieux Israël gardait pour son passé, et quel culte il avait pour les traditions établies et gardées par les sages. On trouve un détail analogue à celui-ci dans I Chroniques, xir, 33, à propos « des Benè-Issakhar, qui savent distinguer les temps pour savoir ce que fera Israël ». S'agit-il d'astrologie, comme on le pense parfois ? Peut-être ; mais, comme ie montre Esther, 1, 3, où se trouve la même expression, cette connaissance des temps s'unissait à celle « des ordonnai e^ et du droit ».
Saùl et David. :•
bien dire ouverte. Vieillard sans verdeur, David traînait une vie languissante au fond de son palais. Par droit de naissance, la royauté devait échoir à son quatrième fils, Adonias, né de Haggîth, à Hébron l. Il n'était pas sans ressemblance avec Absalom. Beau comme lui, comme lui se préparant, au su dé son père, qui ne l'en blâmait point, à monter sur le trône, il sortait de même en char à chevaux, précédé de sescoureurs.il avait avec lui tout un parti : le peuple l'aimait; Joab, le prêtre Abyatar, les Judéens delà cour, tous les tenants de l'état de choses ancien, le regardaient comme l'héritier présomptif. Ses frères également, à l'exception d'un seul, Salomon, car Salomon aussi a nichait des prétentions à la couronne. Hls de Bethsabée, la favorite du harem, et protégé, depuis sa naissance 2, de Nathan, l'austère et intrépide nâbhî, tous deux très influents sur l'esprit du vieux roi, il avait rallié à sa cause Benayas fils de Joyada, chef de la milice étrangère, le prêtre Sadoq, homme de la deuxième heure, deux hauts personnages inconnus de nous par ailleurs, les Preux, les mercenaires philistins. Quelles intrigues ils formaient les uns contre les autres, avec quelle âpreté ils luttaient pour le succès, nous pouvons le conjecturer sans peine : ce sont là scènes banales dans les cours de l'Orient. La crise dernière, qui tourna à l'avantage de Salo- ]mon, nous est seule décrite en détail.
Adonias avait offert à ses partisans un grand festin, près de a pierre du Zôhéleth, voisine de la source de Rôghêl 3. Ses adver-
i. Sur le dro t du prince du sang !e p. us âgé pour la succession au trône, voir, cidessus, p. 283, n. 1. Qu'un droit de ce genre fût reconnu à Adonias par une partie au moins du peuple, c'est ce qui ressort, non pas seulement de ses préparatifs et de la présence d'un parti à ses côtés, mais aussi des paroles qui lui sont attribuées par I Rois, 11, 15, et plus encore de celles de Salomon, qui reconnaît les droits de son frère évincé, ibid., 22.
2. II Samuel, xn, 25. Ce qui est dit là n'est pas suffisant pour permettre d'affirmer que Nathan « éleva » Salomon ; du moins, à la naissance de celui-ci, 3'attitude sévère du prophète à l'égard de David et, en quelque manière, de Bethsabée, fit place à une attitude des plus bienveillantes pour tous deux.
3. Le nom de Zôhéleth a été retrouvé encore en usage à Siloé par Clermont- Ganneau, sous la forme ez-Zahoueileh ; il désigne une longue corniche rocheuse qui supporte le village et fait face à la fontaine de la Vierge. Voir Vincent, Jérusalem, t. I, pp. 138-142. Toutefois, comme la pierre de Zôhéleth se trouvait à côté de 'Aïn Rôghêl (I Rois, 1, 9), cet archéologue pense que le nom aurait pu se déplacer ou désigner une roche « glissante » plus voisine de Bîr Ayoub (—'Aïn Rôghêl) que ne l'est ez-Zahoueileh, la corniche de ce nom se prolongeant assez loin vers le sud.