III. — UN VOYAGE SUR LA COTE SYRIENNE VERS IIOO AVANT J.-C
Vers iioo, avant J-C, l'an V de Ramsès XII, dernier pharaon de la XX8 dynastie, Hrihor, grand prophète d'Amon à Thèbes, envoya un certain Wenamon, «cheikh de la salle» et surveillant des travaux du temple, acheter du bois en Phénicie pour la barque très auguste d'Amonrâ, roi des dieux. Wenamon, s'étant mis en route, arriva à Tanis, dans le Delta, où Smendès, qui devait y fonder la XXIe dynastie, exerçait déjà quelque pouvoir avec sa femme Tentamon 2. Il leur remit sa réquisition, qu'ils approuvèrent, et il fut embarqué par eux sur un navire égyptien, qui cingla vers la Syrie.
Ses tribulations commencèrent à Dôr, ville de la côte, au sud du Carmsl, où les Zakkalas, qui avaient pour roi un nommé
i. Le texte et même , à ce que certains croient, l'original de ce récit de voyage a été découvert en 1891, près d'El-Hibéh, village de la vallée du Nil, à 157 kilomètres au sud du Caire. Il remplit trois pages, mais avec des lacunes importantes ; la fin en est perdue. On en trouvera une traduction dans Golénischeff, Recueil de travaux, t. XXT, 1899, pp. 22 et suiv. ; W. Max Muller, Mitteilungen der Vorderasiatischen Gesellschaft, 1900; Erman, Zeitschrift fUr Mgyptische Sprache und Altertum, t. xxxviii, 1900, pp. 1 et suiv. ; Gressman, Altorientalische Texte und Bilder zum Allen Testament, t. 1, 1909, pp. 225 et suiv. ; Breasted, Ancient Records of Egypt, t. iv, pp. 557 et suiv. ; Maspero, Les contes populaires de l'Egypte ancienne, 4e édition; voir aussi quelques notes philologiques dans Orientalistiche Literaturzeitung, dont les références seront données ci-dessous. Maspero pense que cette relation est un récit édifiant en l'honneur du Dieu Amon, dont la statue, Amon-du-Chemin, était recommandée aux voyageurs pour la protection qu'elle accordait. Mais, en général, on Dense, au contraire, que l'on a là un rapport de la mission confiée à Wenamon. En tout cas, les données historiques sont à retenir, même si l'on admet une certaine emphase pieuse dans le ton général de la rédaction. On trouvera dans Maspero, loc. cit., une courte introdution et des notes avec un essai de reconstitution du texte des lacunes.
2. La femme de Smendès est nommée plusieurs fois ; elle jouissait d'un crédit oresque és:al à celui de'soa mari. Aussi est-il vraisemblable que c'est grâce à elle que Smendès Dut usurper le pouvoir, car son nom de Tentamon semble indiquer qu'elle était d'origine thébaine et qu'elle pouvait ainsi apporter à Smendès un pouvoir royal qu'il ne possédait point par lui-même.