‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 17 sur 137 · UN VOYAGE SUR LA CÔTE SYRIENNE VERS I IOO AVANT J.-C. 2J · texte numérisé non relu

UN VOYAGE SUR LA CÔTE SYRIENNE VERS I IOO AVANT J.-C. 2J

lui ferma la bouche en lui montrant, non sans fierté, que tout le cabotage entre l'Egypte et la Syrie se faisait par des navires syriens de Byblos et surtout de Sidon.

Un moment décontenancé par cette réception qu'il s'était imaginé devoir être tout au moins déférente après l'heureux incident de la prophétie, Wenamon ne tarda point à reprendre son aplomb, et déclara qu'il était venu pour le bois de la barque du roi des dieux, comme d'autres étaient venus avant lui auprès des prédécesseurs de Zakarbaal. L'Égyptien faisait sonner un peu haut ses titres et qualités ; le Phénicien ramena la question sur le terrain commercial. Car si les siens avaient livré du bois avant lui, c'était parce que le pharaon l'avait acheté en envoyant six navires chargés de marchandises en échange ; ses registres, qu'il fit apporter et lire, en faisaient foi l . Non, ni son père ni lui n'étaient les serviteurs du maître de l'Egypte ; le Liban et ses forêts lui appartenaient : il n'avait qu'un mot à dire et les bois venaient s'empiler sur le rivage 2. Du reste, où étaient les navires aux fortes voiles et aux câbles solides qui emporteraient vers le Nil les poutres qu'on lui demandait? Il lui faudrait donc encore prêter ses bateaux robustes, car la mer est souvent mauvaise ! Vraiment, pour un pays où règne le grand dieu Amon, et dont la sagesse rayonne jusqu'en Phénicie, l'Egypte s'entendait bien mal à organiser un voyage d'affaires !

Cette déclaration d'indépendance, ces railleries quelque peu dédaigneuses, ne faisaient pas le compte de Wenamon, qui, n'ayant pas la bourse bien garnie, espérait payer la fourniture en bénédictions d'Amon. Sa foi ou sa pénurie lui rendit de l'assurance. Il adressa à Zakerbaal, qui ne l'interrompit point, un éloquent sermon. Il y célébra la grandeur et la richesse d'Amonrâ, le maître de tous les navires du Nil, le maître de la mer, le maître de ces arbres du Liban dont le Phénicien osait

1. Le montant des achats eSectués par l'Egypte avant Zakarbaal s'élevait à 1000 tébêns d'argent, soit 90 kilogrammes environ, d'après l'évaluation de Maspero.

2. Le bois que les Egyptiens allaient chercher au Liban reçoit d'eux le nom de ?4sh. Au dire de plusieurs égyptologues ce mot ne désignerait pas le cèdre, mais le sapin, abies cilica ; et. Loret, Quelques notes sur l'arbre âch, dans Annales du Service des Antiquités de V Egypte, t. xiv, pp. 1 et suiv.; t. xvi, p. 33; t. xvn, pp. 25-28. C'est aussi l'opinion de M. Montet.

bien revendiquer la propriété1. Il l'apporte avec lui, ce dieu puissant, à qui le roi marchande quelques cèdres. La vie et la santé qu'il donne, c'est bien autre chose que l'argent et l'or encaissés par les rois précédents, qui n'avaient pas été l'objet d'une pareille faveur, et qui pourtant passaient de longues heures à sacrifier au dieu Amon ! Sûrement, Zakarbaal veut être, lui aussi, un bon serviteur de ce grand dieu, de qui il recevra vie et santé en place d'un vil paiement, et il va livrer tout ce que le dieu lui réclame de ses propres biens.

Le roi ne dut point paraître excessivement touché de ces exhortations, car, en manière de conclusion, Wenamon fit venir son scribe séance tenante, pour écrire à Smendès et à Tentamon d'envoyer sans retard un sérieux acompte. Zakarbaal, sentant le marché bien engagé, expédia, en même temps que la lettre, sept pièces de bois destinées à la barque sacrée. Quelque temps après, arrivaient de Tanis « quatre vases et un bassin d'or, cinq vases d'argent, dix pièces de lin royal pour dix manteaux, cinq cents rouleaux de papyrus fin, cinq cents peaux de bœufs, cinq cents câbles roulés, vingt mesures de lentilles, trente mesures de poisson sec ». Tentamon avait eu l'attention d'y joindre pour Wenamon, qui avait dû dépeindre son dénuement, « cinq pièces de lin royal pour cinq manteaux, une mesure de lentilles et cinq mesures de poisson sec. » L'affaire tournait au mieux pour Zakarbaal. Il envoya aussitôt dans la montagne trois cents bûcherons et trois cents bœufs avec quelques surveillants. Les arbres abattus restèrent tout l'hiver sur le sol, puis à la belle saison, furent traînés jusqu'au rivage.

Zakarbaal, à demi déridé, mais pressé d'en finir avec cet étranger qui l'importunait, l'invita à venir examiner les arbres magnifiques qu'il avait fait couper. Comme Wenamon, s'approchant de lui, se trouvait dans l'ombre du parasol du roi, un majordome de celui-ci, Penamon, qui était égyptien, ne se retint pas de plaisanter son compatriote. « L'ombre du Pharaon, ton maître, — à lui vie, santé et force ! — est sur toi ! » lui dit-il,

i. Wenamon ne parle pas autrement que ses maîtres, les pharaons d'Egypte, qui, même lorsqu'ils étaient les moins guerriers des princes, revendiquaient dans leurs protocoles ce pays syrien, que leurs grands ancêtres, Thoutmosis III, RamsèsII, Ramsès III avaient effectivement rattaché à leur empire.'

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