‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 27 sur 137 · DÉSIGNATION DE SAÙL POUR ROI $J · texte numérisé non relu

DÉSIGNATION DE SAÙL POUR ROI $J

bor, trois pèlerins qui montaient au sanctuaire de Béthel, avec trois chevreaux, trois pains et une outre de vin, lui adressèrent leur salut, et lui firent présent de deux des miches qu'ils emportaient *. Enfin, en arrivant à Gabaa de Dieu, Saul tomba sur une bande de nâbhis qui descendaient du haut lieu 2. Ils marchaient à la file, précédés de joueurs de harpes, de tambourins, dé flûtes et de lyres, et, au rythme précipité de la musique, s'abandonnaient à des transports aussi étranges qu'impressionnants. A peine les eut -il aperçus que Saûl, saisi à son tour par Témotion prophétique, se joignit à leur groupe en s'agitant comme eux. A voir ainsi « Saul parmi les nâbhis », les spectateurs ne revenaient pas de leur stupéfaction 3 : ils ne savaient pas que Yahwè lui avait transformé l'esprit. L'extase passée, Saûl se remit en route, et rentra enfin à Gabaa. Son oncle lui ayant demandé comment s'était passé son voyage, il lui parla

i. Le Chêne de Thabor est appelé o Chêne de l'Elue » par le texte grec L, mais, vraisemblablement, par suite d'une lecture erronée de la première lettie ce ILator. C'était un de ces arbres très âgés, auxquels la vénératicn poj maire a\ait cci.né un nom. Il devait se trouver moins haut que Béthel. I Samuel, x, 3. Deux autres arbres fameux de cette région nous sont connus par ailleurs, avec lesquels il n'y a pas lieu de confondre celui-ci : le Chêne des Pleurs, situé « en dessous », c'est-à-dire à l'ouest de Béthel, et à l'ombre duquel fut enterrée Détora, nourrice de Rébecca (Genèse, xxxv, 8), et le Palmier de Débora, juge et prcphétesse (voir toutefois La Période des Juges p. 140, note), situé entre Béthel et Râmâ (Juges, iv 5). Sur les arbres dans la religion cananéenne et dans la religion populaire d'Israël, voir la Pâicàe des Juges, index, s. v. arbres sacrés.

2. Par une simple conjecture, laquelle, du reste, n'est pas ecn mûrement admise, on identifie parfois Gabaa de Dieu avec Ramallah, à une heure au sud-ouest de Beitin. Cette identification est fondée sur l'identité de sens du ncm hétieu ancien et du nom arabe moderne: ils signifieraient tous deux « Hauteur de Dieu ». Il convient d'observer toutefois que Ramallah semble ne pas receler de vestiges antiques, et que son nom, dans lequel l'élément tâm n'est pas proprement arabe, mais hébreu ou araméen, avec le sens d' « être élevé », semblerait plutôt rappeler une Râmâ qu'une Gibheâ hébraïques.

3. Ce proverbe devait être d'un usage courant, dans les milieux prophétiques tout au moins, car on en indiquait une double origine. L'une, rapportée ici, à propos de Gabaa de Dieu, I Samuel, x, rr, 12 ; l'autre, rapportée ibtà., xix, 24» à propos de Nayôth de Râmâ. Dans l'un et l'autre cas, le sens paraît être qu'on s'étonne de voir un Saul, qui ne faisait point partie des confréries prophétiques, se mêler pourtant à leurs exercices extatiques c'était pour les nâbhîs une manière de souligner la force irrésistible de ]eur inspiration. De plus, le proverbe aurait pu vouloir dire encore que même un Saul, qui appartenait à une famille aisée et allait être roi (première anecdote) ou même l'était déjà (seconde anecdote), ne pouvait échapper à la contagion qui lui faisait prendre rang malgré lui parmi des dévots, recrutés, pour l'ordinaire, dans la classe du vulgaire, et exposés souvent à une sorte de mépris teinté de crainte.

Toute cette scène montre que Saul était déjà fort connu hors de sa ville natale. La même conclusion est à tirer des deux autres « signes » : même assez loin de Gabaa, des passants saluent Saii] et lui offrent un présent, 1 Samuel, x, 2, 4.

38 l'institution de la royauté

bien de la visite à Samuel, mais il ne lui révéla point qu'au lieu des ânesses qu'il cherchait, c'était la royauté qu'il avait trouvée.

Cette onction du futur roi, célébrée par un prophète dans le plus grand mystère, ne possédait, du point de vue politique, que la valeur, au reste indiscutable, d'une indication personnelle. Un nouveau régime politique qui se crée doit toujours recevoir la consécration des institutions nationales existantes, s'il prétend à n'être point révolutionnaire ou tyrannique. Aussi Samuel, exerçant pour la dernière fois son autorité de Juge, convoqua-t-il une assemblée régulière d'Israël à Miç.pâ, lieu habituel de réunion pour les assemblées officielles, afin de faire choisir publiquement et selon les règles le roi qu'on voulait à toute force avoir. Ainsi que dans les comices de l'ancienne Rome, où les curies se groupaient autour des pères de famille, le peuple se présenta par tribus, clans, familles et citoyens, et l'on procéda, en présence de Yahwè, au tirage des sorts sacrés. Par désignation progressive, sortirent tour à tour les noms de la tribu de Benjamin, du clan de Matri, de Saûl, fils de Qish *. Comme Saùl, ainsi désigné, restait introuvable, on consulta de nouveau l'oracle divin ; les sorts indiquèrent qu'il se trouvait caché parmi les bagages du campement. On courut aussitôt l'y chercher. Quand il parut et s'avança au milieu du peuple avec sa prestance majestueuse, et si grand qu'il dépassait de l'épaule tous les hommes assemblés, ce fut un mouvement

i. On ne voit pas ici, aussi nettement que dans d'autres exemples de consultation de Dieu, que l'on employa l'éphod avec les deux sorts qui étaient appelés ourim et toummim. Peut-être, comme nous procéderions en pareil cas, y avait-i| autant de sorts que de tribus, de clans, de familles et de citoyens, ce procédé n'étant d'ailleurs pas sanctionné par la loi, pas plus que ne le furent tant de pratiques pieuses longtemps suivies môme par les msilleurs yahwéistes. Pourtant, on imagine que l'éphod, convenablem3nt interrogé, dans ce cas plus compliqué que celui qui se résolvait par oui ou par non, pouvait avoir été interrogé ici par présentation successive des noms des tribus, clans, familles et individus.

Le fait que la tribu de Benjamin se partage simplement en clans, alors que les tribus plus considérables ou plus anciennes se répartissaient en clans et ceux-ci en familles ou « maisons » (voir dans Josuè, vu, 16-18, le répartition de Juda à l'occasion d'un tirage au sort identique à celui qui nous occupe), montre bien que Benjamin était alors uae tribu peu nombreuse ou qui n'avait pas encore eu le temps de se ramifier jusqu'aux sections de troisième ordre. Cette médiocrité s'explique bien parles grosses pertes que subit Benjamin lors de l'affaire du Lévite d'Ephraïm. Juges, xx. Le récit sacerdotal rejoint au moins par ce détail le récit prophétique, où Saiïl s'excuse ou se dérobe, en mettant en avant l'insignifiance de sa tribu et de son clan, I Samuel, ix. 21.

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