‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 31 sur 137 · Voir La Période des Juges, pp · texte numérisé non relu

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et la guerre, et obtenir la victoire grâce au secours divin. Il venait de les immoler et de les livrer au feu lorsqu'enfin Samuel parut. Saul s'avança et le salua. Il fut reçu froidement par le sévère voyant. Pour apaiser cette colère menaçante, il se mit à expliquer sa conduite. Il avait patienté jusqu'à l'extrême limite ; car, comment attendre plus longtemps? Ses gens l'abandonnaient sans qu'il pût les retenir ; les Philistins allaient descendre à Galgala, et, dans cette plaine favorable aux évolutions de leurs chars, il serait sûrement écrasé ; c'était à contre-cœur qu'il s'était résolu à mettre un terme à ce délai trop dangereux, et à offrir le sacrifice de la campagne. Il parla en chef d'armée qui prétend juger par lui-même de l'heure opportune pour ouvrir les opérations.

Mais dans cette revendication d'indépendance, se glissait une lourde faute. Pour inaugurer un régime nouveau, le premier roi d'Israël n'avait pas le droit d'innover en matière de règles militaires. Jusqu'alors, les chefs hébreux n'avaient pas engagé de bataille sans avoir pris au préalable l'avis de leur Dieu1. Sous le prétexte d'une nécessité pressante, Saul ,en n'attendant pas le prophète afin de consulter Yahwè par son intermédiaire, venait de s'émanciper d'une tutelle obligatoire et de violer une loi impérative. Aussi Samuel, mécontent de cette atteinte au droit divin, effrayé des tendances à l'insubordination qu'elle trahissait, se demandait-il avec anxiété où s'arrêterait la royauté dans la voie de l'autonomie à l'égard des prescriptions religieuses. Ce qu'il avait tant redouté d'elle, non seulement menaçait, mais commençait à se produire. Il devait l'arrêter court, fût-ce d'une main brutale, sur cette pente funeste. Aux raisons de Saul il n'opposa qu'une raison : il faut obéir avant tout aux prescriptions de Dieu. Puisque Saul avait voulu agir seul et à sa guise,

1. Bien que la consultation, avant une bataille ou une expédition, ne soit pas toujours signalée, elle l'est si souvent que l'on peut bien penser qu'elle était de règle. Voir, par exemple, Juges, i, 1 ; xx, 9, 18, 23, 28 ; pour la période qui nous occupe, on trouve au moins neuf exemples de ce genre, qui sont indiqués, dans La période des Juges, p. 335, n. 1 et Salomon, pp. 199 et 239 sq. ; pour une période plus avancée, il suffira de citer, entre autres exemples, les cas rapportés dans les histoires d'Elie et d'Elisée. Cette pratique, du reste, était commune dans l'antiquité. Pour les Chaldéens, la Bible cite un exemple du recours aux présages avant le combat, Êzéchiel, xxi, 26-28. Il en était de même dans le monde gréco-latin ; cf. Fustel de Cotjlanges, La Cité Antique, pp. 191, 192, 242, 258, 263, 264.

Yahvvè lui retirerait une royauté dont l'unique principe de durée ne pouvait être qu'une parfaite soumission aux ordres d'en haut 1.

Ce premier conflit entre l'autorité royale, qui, en matière civile, vise à l'indépendance, et l'autorité religieuse, qui, dans tous les domaines, prétend imposer son contrôle sinon sa direction, en annonçait beaucoup d'autres du même genre, qui éclateront au cours de l'histoire d'Israël. Ils étaient inévitables dans ce milieu, où la théocratie parfaite du temps de Moïse, de Josué et des Juges, ne s'était pas maintenue 2. Avec la royauté confiée à des laïques, les hommes de Dieu, qui ne détenaient plus le pouvoir, ne pouvaient qu'en être les conseillers ou les censeurs, et chacune des deux autorités, religieuse et politique, n'arrivait pas toujours à avoir les mêmes vues ni à diriger ses efforts dans le même sens que l'autre. Il en résultera des tiraillements pénibles, scandaleux pour la foi des faibles, préjudiciables à la paix nationale. Cette fois Saùl y perdra sa couronne.

Son espérance de vaincre ne fut pourtant pas brisée par la menace de Samuel. Le prophète l'ayant quitté et laissé à ses opérations de guerre, il rassembla ses six cents hommes, marcha du côté de l'ennemi, et rallia sa capitale, Gabaa de Benjamin, où

i. Il me semble que cette interprétation des faits est la meilleure pour les expliquer. La faute de Saiil ne consiste pas à avoir offert un sacrifice ; comme roi, il avait le droit de le faire. (Sur le sacerdoce royal à cette date, voir, Salomon, pp. 211-223). Cette faute consiste plutôt à avoir voulu se soustraire à la tutelle de Samuel, c'est-à-dire d'un prophète ; c'est le même cas que dans I Samuel, xv, où Saiil enfreint le hêrêm prescrit par le prophète Samuel. On notera avec intérêt que Saiil se montrera plus respectueux de l'éphod des prêtres lévitiques. Cette différence d'attitude doit être d'un grand poids dans le partage critique des documents.

Quelques exégètes pensent que cet incident de Galgala, au début des opérations contre ies Pnilistins, n'est qu'une réplique, fournie par une autre tradition, de l'incident de Galgala, qui suivit la campagne d'Amaleq. Cette opinion repose sur un partage des sources, qui, ici, viseraient le même fait. Mais cette opinion ne s'impose pas. Du point de vue de la critique documentaire, il n'est pas du tout certain que ces deux récits n'appartiennent pas à une même source, ce qui exclurait presque le caractère de doublets qu'on veut leur attribuer. Du point de vue historique, d'autre part, les deux incidents se produisent dans des circonstances tellement dfférentes qu'on peut hésiter avec raison sur leur identité. Aussi, fussent-ils même extraits de deux sources distinctes, leurs divergences sont telles qu'elles devraient plutôt faire conclure à deux faits distincts, l'un ayant été retenu par une source, l'autre par l'autre source. Le conflit qui opposa Samuel et Saiil unit par devenir trop aigu pour n'avoir point trouvé, dans une série d'incidents semblables aux deux qui nous sont connus, la cause d'une rupture définitive.

2. Sur le caractère théocratique de la royauté 'en 'Israël, voir, Salomon, pp. 275-

Jonathas s'était semble-t-il, maintenu en l'attendant. Il s'y enferma avec sa petite troupe de guerriers fidèles.

Il s'y sentait à peu près à l'abri d'une surprise. La ville, campée sur la moitié septentrionale de la croupe d'une colline bien dégagée, et d'où la vue s'étend au loin sur un vaste horizon, était en outre protégée par une citadelle qui se dressait, vers le centre de la hauteur, sur un mamelon rocheux. Cet ouvrage en remplaçait un plus ancien, qui avait été ruiné par l'incendie lors de la guerre implacable faite par les tribus d'Israël contre Benjamin pour venger le Lévite d'Ephraïm 1. Edifié sur les décombres mêlées aux cendres et utilisant les parties primitives encore résistantes, il était entouré d'un rempart, où, à l'intérieur, s'adossaient des maisons, et que, à l'extérieur, chaussait un glacis. En son milieu, formant le dernier réduit, s'élevait un château avec plusieurs chambres 2. Saul, qui ne se trouvait pas en force pour attaquer l'ennemi, préféra occuper ce point d'appui suffisamment retranché, et les Philistins, tenus en respect, restèrent sur les hauteurs de Mikhmash, où ils avaient dressé leur camp.

Entre cette ville, qui formait leur base la plus avancée, et Géba, qui, restée aux mains des Hébreux, semblait, du côté sud, les défier de son sommet, plus élevé que leur camp d'une centaine de mètres, se creuse une vallée profonde, qui se resserre par endroits en gorge sauvage aux parois dentelées. On en monte vers Mikhmash par des chemins qui, après avoir franchi des roches, suivent une pente assez peu rapide ; mais on ne parvient à Géba qu'en grimpant un sentier abrupt et raide, entrecoupé de marches inégales taillées dans le roc. Les Philistins hésitaient à tenter de forcer cette place presque inaccessible, dont la possession leur aurait pourtant permis d'attaquer de flanc Gabaa, située vers l'ouest. Ils se bornèrent à la surveiller, et à se garder d'une agression, d'ailleurs fort problématique, de ce côté, en établissant un poste avancé à la passe principale de Mikhmash. Puis, comme Saiil, n'ayant qu'une poignée d'hommes, ne semblait pas devoir

i. Voir La Période des Juges, pp. 114, 115;

2. Ces vestiges ont été mis au jour par les fouilles américaines de iç22, dirigées par M. Albright. Ils établissent le bien-fondé de l'identification de Tell el-Fcûl avec la Gabaa de Saiil. Pour les renseignements archéologiques utiJisés ci-dessus, voir Vincent, Fouilles américaines à Tell el-Foul, dans Revue Biblique, 1523, pp. 426- 43o.

bouger de si tôt, ils soumirent à un pillage en règle toute la région dont leur camp formait le centre. Trois corps de fourra geurs partirent pour leur expédition de rapine et de représailles, l'un vers Ophra du pays de Shoual, au nord ; l'autre, vers Bethhoron, à l'ouest ; le troisième, dans la direction de la vallée du Jourdain, à l'est, en prenant le chemin qui part de Géba et suit, en la dominant, la Vallée des Hyènes 1. Sans trop de peines, sans courir le risque d'un engagement sérieux, les Philistins étaient à la veille de se rendre maîtres du soulèvement des Israélites, qui leur avait tout d'abord paru plus inquiétant.

Saùl ne réagit point. Or, comme son inaction se prolongeait, un jour, Jonathas, sans prévenir son père ni personne, partit, en n'emmenant avec lui que son seul porteur d'armes, pour attaquer le poste philistin établi à la passe de Mikhmash. De ce côté, se dressaient deux rochers en forme de dents, entre lesquels il avait résolu de passer, sans doute afin de se mieux donner l'air d'un fuyard, tellement la pente y était impraticable 2. Pour plaire à sa bravoure, l'entreprise ne lui paraissait pas moins très hasardeuse. Aussi, voulant s'assurer que Yahwè bénirait son audace, convint-il avec son compagnon de n'avancer plus loin que si les sentinelles philistines leur criaient de monter voir un peu jusque vers elles : leur invitation narquoise serait pour

i. Ophra de Benjamin, qui doit être l'Ophra mentionnée ici, est assez couramment identifiée avec Et-Taïyibé à deux heures vers le nord de Makhmâs. Le nom moderne ne correspond pas' au nom ancien; mais la situation correspond aux cinq milles à l'orient de Béthel, comptés par Onomasticon (s. v. 'A<ppa ; Klostermann, p. 28, 1. 4), et, d'autre part, les nombreux vestiges antiques du village moderne montrent qu'il remplace une ville disparue. Sur la citadelle en blocs à bossage, qui couronne la colline, et autres vestiges du passé, voir Guérin, Judée, t. III, pp. 45, 46. — Le pays de Shoual n'est pas identifié. — Beth-horoa est aujourd'hui Beit 'Oûr, avec ses deux agglomérations « le haut » et « le bas », au tiers de l'ancien chemin direct qui va de Jérusalem à Jafifa. Cette ville double commandait deux des vallées par où l'on montait de la plaine à la montagne. Sur cette ville voir aussi, ci-dessous, pp. 282, n. 1 et 290, n. 2 — A la vallée des Hyènes correspond le ouâdy Abou aDba', qui en a gardé le nom; c'est un affluent de droite du ouâdy el-Qelt, qui débouche à l'ouest de Jéricho dans la vallée du Jourdain.

2. La situation exacte de ces deux dents rocheuses n'est pas connue, car on trouve plusieurs paires de rochers auxquelles pourrait convenir à peu près la description de l'escalade. Sur diverses localisations pour ce détail et sur d'intéressantes descriptions des lieux voisins, voir Dalman, dans Zeitschrift des Deutschen PalâUim-Vereins, t. XXVII, pp. 161 et suiv. ; t. XXVIII, pp. 161 et ~uiv. Voir é^îlem?nt les corrections proposées dans Driver, Notes on the Hebrew Text of the Books of Samuel. 2* édition, pp. xix, 106, avec une carte schématique.

lui le « signe » qu'il devait réussir l. Justement, dès qu'elles aperçurent ces deux Hébreux isolés qui avaient l'air de sortir de leur trou, elles leur crièrent de monter. Aussitôt, s'accrochant des pieds et des mains sur les rochers presque à pic, Jonathas et son compagnon se mirent à grimper. Ils n'avaient pas plutôt atteint le palier du poste que les Philistins, décontenancés par une allure qui n'avait rien de pacifique, tournèrent le dos. Jonathas, lancé à leur poursuite, les abattait un à un, tandis que son porteur d'armes les achevait derrière lui. A ce spectacle stupéfiant, ce fut le branle-bas, puis la débandade, dans le gros des troupes ennemies campées à Mikhmash, qui s'imaginèrent que tout Israël allait surgir de la vallée derrière cette avantgarde. Les fourrageurs qui opéraient par là, accoururent, mais ne firent qu'augmenter le désordre. Enfin les Philistins sentirent la terre trembler, et, comprenant que le Dieu du pays prenait aussi parti contre eux, ils s'agitèrent affolés, en proie à une irrésistible panique.

Cependant, des hauteurs de Gabaa, les guetteurs de Saûl observaient avec surprise, à deux lieux de là, ce tumulte soudain qu'ils ne s'expliquaient point 2. L'appel fait sur l'ordre du roi, on constata l'absence des deux jeunes gens, et l'on supposa qu'ils venaient de réussir une de ces entreprises de bravoure si fréquentes dans les guerres de corps à corps. Le temps de consulter l'éphod par le ministère du prêtre Ahias, un descendant d'Héli de Silo 3, et la petite armée de Saûl se lançait enfin résolument

i. Nouvel exemple du besoin religieux qu'on éprouvait alors de s'assurer, par l'indication attachée à une circonstance insignifiante en soi, de la volonté divine. Voir, Salomon, p. 241.

2. A vol d'oiseau, il y a environ, de Gabaa, six kilomètres jusqu'à Géba, neuf jusqu'à Mikhmash, et, d'autre part, ces trois villes sont respectivement à l'altitude de 839, 713 et 607 mètres environ. C'est dire que Gabaa dominait au loin et que les yeux exercés des guetteurs pouvaient bien, même à cette distance, observer quelque mouvement anormal dans la région occupée par l'ennemi. Au surplus l'emploi des guetteurs s'explique à Gabaa, qui était loin du campement philistin. Il aurait été superflu à Géba, d'où chacun pouvait distinguer ce qui se passait vers Mikhmash, située, à vol d'oiseau, à trois ou quatre kilomètres. Aussi, la correction de Gabaa en Géba dans ce passage (I Samuel, xiv, 16), correction assez courante, mais appuyée seulement sur B et plus encore sur des considérations de commodité topographique, ne semble pas devoir être suivie. Il en est de même, ibid., 2, où du reste, il pourrait se faire que e mot haggibh'd, dût être traduit non pas « Gabaa », mais « la colline », avec L, xoo ftauvou.

3. Cette consultation de Péphod-oracle ne semble pas avoir pour objet, ainsi qu'on le prétend parfois, de découvrir qui manque dans la troupe de Saiil.; l'appel

5b LES GUERRES ET LA POLITIQUE DE SAÙL

dans la direction des ennemis, dont le désordre augmentait à vue d'œil. Elle reçut vite de nombreux renforts : les auxiliaires hébreux des Philistins, d'abord, qui rirent défection ; puis les peureux, qui sortirent de leurs cachettes. Bientôt toute la Montagne d'Ephraïm était sur pied, et plusieurs milliers d'Israélites harcelaient les étrangers, qui précipitaient leur fuite vers la plaine en entraînant leurs troupeaux 1. Leur défaite aurait été changée en désastre si Saùl, emporté par mie ferveur inconsidérée2, n'avait alors imposé par vœu à ses hommes de ne prendre aucune nourriture avant le coucher du soleil. L'épuisement qui en fut la suite ne tarda point à ralentir l'ardeur de leur course, et quand, aux environs d'Ayyalôn 3, ils virent enfin le soleil disparaître, les vainqueurs s'arrêtèrent d'un commun accord pour se jeter sur le bétail enlevé aux fuyards : ils étaient affamés. Dans leur hâte à abattre les bêtes, ils les égorgeaient sans se soucier de la pratique rituelle qui obligeait à faire couler sur une pierre

a suffi pour cela. Iî s'agit plutôt ici de la cousultation rituelle avant la bataille ; on en trouve maiut exemple à la présente période; voir, Salomon, pp. 239, 241. Toutefois, il n'est pas invraisemblable que le passage 1 Samuel, xiv, 18, 19, qui la signale, soit intercalé dans le contexte, de même que l'e=t trè^ apparemment, ibid., 3 a, qui mentionne « Ahia, rV.s d'Ahitoub, frère d*Ikabod, fils de Pinhas, fils d'Héli le prêtre de Yahwè, portant l'éphod ». Ces derniers mots montrent clairement que la vraie lecture de I Samuel, xiv, 18, doit être demandée aux versions grecques, où l'on a : « Et Saiil dit à Ahia : « Approche l'éphod », car lui (Ahia) portait l'éphod, en ce jour-là, devant Israël ». Dans le texte hébreu, on lit : « ...Approche l'arche de Dieu, car l'arche de Dieu fut en ce jour là, et les Benè-Israël ». La substitution de l'arche à l'éphod est d'autant plus apparente que le verset se termine d'une manière bizarre. Ce serait pourtant un détail des plus intéressants que cette mention de l'arche portée à la bataille. Mais, vraiment, le texte original ne permet point de supposer qu'il faille retenir l'indication de l'hébreu. On verra plus loin, du reste, que si David va chercher l'arche dans la ville cananéenne de Qiryath-yearim, à la tête d'une armée considérable, c'est que l'arche y était toujours sous la surveillance des Philistins.

1. Comme le butin pris aux Philistins comportait des troupeaux de gros et de petit bétail, il faut en déduire que les Philistins s'étaient établis en plusieurs points dans la Montagne d'Ephraïm et s'y occupaient d'agriculture et d'élevage tout comme les Hébreux. Ce détail, si ténu qu'il soit, suffit à montrer que la pénétration philistine dans la région montagneuse ne réussissait que trop aux dépens d'Israël, pour qui elle devenait une lourde menace.

2. C'est ce que remarque expressément I Samuel, xiv, 24 a, d'après la lecture do grec : « Saiil commit une faute par ignorance » ; voir aussi 29.

3. En arrivant à Ayyâlôn, aujourd'hui Yâlô, à vingt-cinq klomètres, à vol d'oiseau, de Mikhmash, les Israélites atteignaient la région des dernières hauteurs qui bordent la plaine. Dans cette région, ils rencontraient les villes où les Philistins étaient établis parmi les Hébreux ; cf. La Période des Juges, pp. 193 et suiv. La poursuite, que la nuit, la fatigue et la faute de Jonathas, devaient arrêter, commençait, en fait, à devenir plus dangereuse qu'en territoire israélite.

le sang des animaux immolés. La piété ou le formalisme religieux de Saûl s'en émut. 11 fit rouler à ses pieds une énorme pierre, et enjoignit à tous d'y venir tuer le bétail en sa présence *.

i. Cette scène, importante à la fois du point de vue des mœurs et du point de vue religieux, est assez difficile à bien saisir. A première vue, il semblerait qu'il ne dût pas y avoir une différence notable entre abattre une bête à terre et l'abattre sur une pierre, puisque, dans les deux cas, le sang coule et se trouve séparé de la chair. Cependant, aux yeux des gens d'alors, il y avait, entre ces deux modes d'immolation, une différence considérable, puisque, dans le premier cas, le sang ne paraissait pas suffisamment séparé de la chair ; en effet, en mangeant d'une bête abattue sur le sol « on la mangeait avec le sang », Dïïrnby ^DK. by ayant ici la valeur de « y compris » le sang, et il y avait là un « péché contre Yahwè », I Samuel, xiv, 32-34. Pour éviter cette faute, il suffira d'abattre la bête sur une pierre. On voit assez que l'on fait ainsi, non pas sans doute un sacrifice proprement dit, mais une immolation à mode sacrificiel ; en tout cas, c'est seulement de cette manière que le sang aura été radicalement et complètement séparé de la chair, et l'on pourra alors la manger sans la manger avec le sang. En somme, il y a là une sorte de rite religieux, et il est très probable, pour ne pas dire certain, que cette pratique remontait à une période où tout repas comportant une bête du troupeau, avait la valeur et revêtait la forme d'un sacrifice. Dans cette période primitive, la pierre qui servait pour l'immolation devait-elle être une pierre habituellement considérée et employée comme autel, ou bien était-ce une pierre prise au hasard dans le lieu où l'on se trouvait ? La première hypothèse ne conviendrait qu'à une famille ou à une agglomération déjà sédentaires, qui a son autel dans le lieu où elle réside; la seconde hypothèse aurait été de règle dans la vie nomade. Il est difficile de voir dans lequel de ces deux milieux sociaux cette pratique aurait pu naître, mais il y a tout lieu de croire qu'elle était en usage avant la période mosaïque. En effet, le texte de Exode, xx, 24, 25, que l'on cite à ce propos, vise spécialement les autels destinés aux sacrifices proprement dits, et il parle d'autels faits de terre ou de pierres brutes entassées ; il ne vise pas l'immolation des bêtes du repas, et ne parle point d'une pierre unique.

Il est intéressant et instructif de comparer cette pratique avec les prescriptions sur le même objet contenues dans le Pentateuque. Celles-ci visent deux points : i° l'abstention du sang ; 20 le mode d'immolation.

Il est interdit de manger le sang ; on doit le faire couler hors du corps de la bête, et cela parce que le sang est le véhicule de l'âme, principe de la vie, Genèse, ix, 4; Lévitique, m, 17 ; vu, 26, 27 (sang d'oiseau ou de quadrupède) ; xvn, ro-14 ; xix, 26 ; Deutéronome, xn, 16, 23-25 ; xv, 23 ; voir aussi Ézéchicl, xxxin, 25. Ces textes ne disent pas, comme plusieurs le disent de la graisse, que le sang doit être offert à Yahwé ; il était simplement répandu ou servait à des onctions et à des aspersions. On voit assez pourtant qu'il ne pouvait convenir à l'homme parce que, en qualité de principe de vie, il appartenait à la Divinité. Cette abstention du sang est encore plus ou moins en usage dans diverses races. Aujourd'hui les Juifs pratiquants ne mangent que de la viande saignée, et le Bédouin coupe la gorge de l'animal qu'il a tué d'un coup de fusil, pour que le sang en sorte.

Les prescriptions du Pentateuque relatives au mode d'immolation des bêtes ne mentionnent point qu'on doive la faire sur une pierre, et même elles ordonnent de répandre le sar^ simplement à terre : Lévitique, xvn,i3 (le sang du gibier mangeable doit être versé rt recouvert de terre) ; Deutéronome, xn, 16, 24 ; xv, 22 (on versera le sang à terre) rw, comme de l'eau). Or, verser le sang à terre est justement le • péché » qui est reproché, dans notre épisode, aux combattants de Saul. Cette divergence des préceptes, pour ne pas dire leur opposition, est des plus flagrantes, et nous avons là un nouvel exemple de ces différences entre la pratique et la loi en Israël, signalées dans La Période des Juges, p. 320, n. 1. Il faut observer de plus que, dans le cas présent, c'est la pratique qui est plus exigeante que ne l'est la loi. L'atténuation de sévérité qu'on remarque en celle-ci peut s'expliquer par l'intention

Pais, pour commémorer sa victoire, il érigea son premier aute* à Yahwè l.

Ses hommes restaurés, il songea, bien que la nuit fût venue, à reprendre la poursuite de l'ennemi et la rafle du butin. Mais l'oracle, consulté selon l'usage, ne rendit aucune réponse. Yahwè gardait le silence ; il était offensé et mécontent ; une faute devait avoir été commise. Avant même que l'on jetât les sorts pour découvrir le coupable, Saùl, dans son emportement, jura que ce coupable, fût -il son propre fils, serait puni de mort 2. Cette fois l'oracle parla. Il dénonça le vaillant jeune homme, qui, ignorant la défense portée par son père, avait en effet goûté un peu de miel sauvage ramassé, en passant, du bout de son bâton. Impitoyable, lié du reste par son serment, son père voulait à toute force l'exécuter : Jephté n'avait-il pas égorgé sa fille unique dans des circonstances analogues? Mais le peuple s'y opposa, bien résolu à ne pas laisser mourir comme un criminel celui que Yahwè avait si manifestement aidé. Jonathas fut racheté par une vic-

d'enlever autant que possible tout caractère de sacrifice à l'immolation des bêtes tuées pour le repas ; c'est ce que veut dire la formule : « L'homme impur et le pur en mangeront, comme de la gazelle et du cerf », Deutéronome xn, 15, 22 ; xv, 22 : les bêtes propres au sacrifice n'auront, en dehors du sacrifice, qu'un caractère profane, tout comme le gibier, et leur manducation n'exigera aucune pureté rituelle ; il n'y a qu'une exigence qui les concerne, celle d'en séparer le sang d'avec la chair. Ces lois pouvaient avoir été formulées ainsi dans la perspective de l'unité de sanctuaire, qui ne permettrait plus de sacrifier rituellement les bêtes du repas une fois que les Hébreux occuperaient un territoire étendu. Mais l'opposition de la pratique et de la loi ne permet pas de conclure que celle-ci était de composition tardive : il est plus vraisemblable qu'en ce point, comme en quelques autres déjà signalés, la pratique archaïque se maintenait dans les mœurs alors que la loi l'ignorait ou même la combattait.

1. Quelques exégètes affirment ou insinuent que la « grosse pierre » employée pour l'immolation régulière du bétail, servit à Saiil pour l'autel qu'il érigea ; mais le texte ne le dit pas, et, de plus, le verbe employé, rua, bânâ, a il construisit », donne ô entendre que son autel était fait de pierres entassées ; cf. I Rois, xviii, 32, où lïlie « construit les pierres en autel ». Il est plus important d'observer que ce n'est peut-être pas sans l'ombre d'un reproche que l'auteur signale cet autel comme le premier de Saiil, et que, l'expression suggère que celui-ci en érigea d'autres par la suite. Sur cette pratique, voir La Période des Juges, p. 331, et, Salomon, p. 202-

2. La nuance religieuse de ce serment nous le fait paraître exorbitant. Mais pour le juger avec équité, il faut se souvenir qu'il s'agissait ici de rendre la victoire décisive et de libérer pour tout de bon le territoire. Le silence des sorts sacrés, sans lesquels on n'engageait point d'action, compromettait ce double résultat. Saiil menace de faire exécuter celui qui en est la cause. Dans les guerres modernes n'agit- on pas de même envers le chef négligent ou incapable qui n'a pas fait tout son devoir ?

time de substitution l. Tous ces retards rendaient très douteux le succès d'une nouvelle poursuite, car les Philistins en avaient profité pour prendre de l'avance. On renonça donc à se lancer plus loin.

Tels furent les faits les plus marquants, ou, du moins, les seuls qui nous aient été conservés, de la première libération du territoire accomplie par Saùl. Ils n'ont pas, on le voit, une ampleur considérable. Ce n'est pas une grande bataille rangée, comme celle de la plaine de Yizreël au temps de Débora, qui fut livrée ; il ne s'agit cette fois que d'une surprise heureuse. Aussi le résultat obtenu n'était-il encore que local et partiel. Benjamin, qui s'emparait ainsi de l'hégémonie échappée à Ephraïm, venait de s'émanciper de la tutelle philistine et d'en libérer avec lui le massif montagneux voisin de son territoire. Mais il s'en fallait de beaucoup que les Philistins fussent partout chassés du pays d'Israël. En Juda, ils occupaient encore quelques régions confinant à leur territoire et se disposaient à en envahir d'autres. Dans les grandes plaines de l'ouest et du nord, ils n'avaient rien perdu de leur suprématie par suite de cette défaite. Ils ne relâchèrent rien non plus de leur hostilité, et ne laissèrent à Saiil aucun répit 2. Il fallut donc sans cesse guerroyer contre eux. Des groupes d'Israélites armés marchaient à leur rencontre dès qu'ils les voyaient avancer sur leurs terres et menacer leurs récoltes. Les contre-razzias, les escarmouches étaient de plus en plus fréquentes. Israël, encouragé par ses succès, reprenait goût aux choses de la guerre, et vivait presque sous les armes.

1. Il ne s'agit pas ici d'un sacrifice humain proprement dit, mais de l'exécution militaire d'un combattant coupable. Ce qu'il est plus intéressant de souligner, c'est que le peuple s'oppose à cette exécution, et, par suite, à l'accomplissement du serment de Saiil. Le vœu est alors commué ; une autre victime sert de rançon (m3i pâdhâ, « racheter ») pour Jonathas épargné. Rien ne permet de spécifier la nature de cette victime de substitution. Dans les cas de rachat prévus par la loi, la victime ou l'offrande de rachat étaient d'un ordre et d'un prix inférieurs à la victime rachetée; cf. Exode, xm, 13; xxxiv, 20 Nombres, xvm, 16. C'est dépasser le texte et les analogies, que de prétendre qu'un prisonnier de guerre fut immolé à la place de Jonathas ; du reste, une pareille victime, un étranger païen, aurait-il vraiment pu servir à un rachat de ce genre ?

2. I Samuel, xiv, 52 ; Saiil eut à combattre les Philistins « tous les jours de sa vie » ; on le verra encore aux prises avec eux lors des débuts de David, et il finira par succomber dans cette lutte.

6o LES GUERRES ET LA POLITIQUE DE SAÛL

Saûl, de son côté, soucieux tout à la fois d'affermir scn autorité et de poursuivre jusqu'au bout l'expulsion des étrangers, s'entourait des hommes en qui il remarquait de la vaillance *. Il faisait des plus jeunes ses « porteurs d'armes », qui le suivaient au combat ; des plus rigides, ses « coureurs », qui lui servaient de gardes et, au besoin, de bourreaux ; des plus méritants, ses « chefs de mille et ses chefs de cent », qui commandaient les troupes levées en vue d'une action de quelque envergure ; etr pour attacher tous ces guerriers à sa personne comme à leur métier, il leur distribuait, outre leur part de butin, des champs et des vignobles. L'institution de la monarchie entraînait la création d'une armée permanente et celle d'une nouvelle classe sociale, la classe militaire 2.

IL — Guerres pour la sécurité et l'union d'Israël

Tout en s'éver tuant sans relâche à délivrer scn territoire des envahisseurs philistins, Saul s'appliquait à assurer la solidité de ses frontières et l'union paisible de tous les Hébreux.

Il semble qu'une grande activité guerrière se manifesta, au cours de son règne, sur tout le pourtour de son royaume. Luimême, au dire d'une simple note, malheureusement trop laconique, conduisit ses troupes contre Ammon, Moab, Édom, ces ennemis héréditaires d'Israël, et contre les Araméens de Beth- Rehob et de Çôbâ, ennemis nouveaux qui, deux siècles durant, poursuivront les Hébreux de leur convoitise et de leur hostilité 3.

i. Cette remarque de I Samuel, xiv, 52, semble avoir pour but d'introduire David, lequel était déjà, d'après l'une des traditions relatives à ses débuts, un « homme de guerre » bien connu quand les circonstances l'amenèrent auprès de Saiil, ibid. xvi, 18.

2. Sur l'armée, voir ce qui est dit, ci-dessous, p. 234, 252 ; sur l'importance de cette classe militaire, Salomon, 537-376.

?.. Cette indication très sommaire est fournie par I Samuel, xiv, 47, qui fait partie du groupe de renseignements d'ordre politique et d'ordre personnel destiné à former la conclusion de la première partie du règne de Saul. Il n'y a pas lieu de mettre en doute la réalité de ces diverses campagnes, dirigées par le nouveau roi contre les peuples voisins de son royaume. Le texte mentionne parmi eux les Benè-Ammôn, les Philistins, les Araméens ; sur ces vaincus, nous avons des récits assez détaillés, que la note de la conclusion ne fait que résumer d'un mot ; sur les Moabites, les Edomites et les Araméens, nous n'avons qu'une mention sommaire, mais il est tout indiqué de penser qu'elle résumait, elle aussi, des documents ou des souvenirs que le rédacteur ne jugeait pas utile à son dessein de citer plus longuement. Ce serait

GUERRES POUR LA SÉCURITÉ ET L'UNION D'ISRAËL 6l

S'il ne prêta pas son concours, il ne resta pas indifférent à un brillant fait d'armes accompli, au delà du Jourdain, par les Rubénites, aidés de leurs frères de Gad et de Manassé. Du côté de leur frontière orientale, dans cette région mitoyenne entre les pays cultivés ou boisés du Galaad et les sables stériles du désert syrien, séjournait une tribu prospère de pasteurs nomades, les Agaréens, qui semblent devoir être rattachés par leur nom à la servante égyptienne Agar, donnée jadis pour femme à Abraham par Sara sa maîtresse. Ils leur déclarèrent ia guerre sainte, en t aèrent un b3n nombre, firent captifs ou dispersèrent les autres, et, s'étant emparés de leurs troupeaux de moutons, d'ânes et de chameaux, s'installèrent à leur place dans leurs tentes. Ils resteront dans ce pays j usqu'à la captivité *.

ne pas comprendre les préoccupations religieuses et les procédés littéraires des rédacteurs sacrés que de ne tenir aucun compte des résumés, parfois trop succincts, qu'ils présentent. On a, du reste, une indication rédactionnelle de la façon dont ils procédaient, à propos d'Amaleq. Ce peuple est mentionné parmi les vaincus de Saiil, 1 Samuel, xvi, 48, dans le sommaire des guerres ; or ce n'e^t que par l'addition postérieure du chapitre xv que nous connaissons le détail de cette campagne amalécite. Cela prouve que le rédacteur du sommaire la connaissait, mais n'avait pas jugé comme celui qui en ajouta ensuite le récit, qu'il y avait lieu d'en parler longuement. Un cas tout à fait semblable sera signalé à propos de plusieurs guerres de David : le sommaire de II Samuel, vin, 1-14, résume ses diverses campagnes ; mais x-xn donnera le récit complet de celle qui avait été dirigée contre les Benè- Ammôn et leurs alliés araméens. Il est donc tout indique de conclure que les campagnes de Saiil contre les Moabites, les Edomites et les Araméens sont historiques, et que le rédacteur aurait pu, comme pour les autres campagnes, citer des documents. Il n'y a pas lieu de supprimer Édom dans ce résumé pour le remplacer par Aram, car sa présence est attestée par les divers texte=. Quant à Beth-Rehôb, on peut l'ajouter d'après le grec. Naturellement les campagnes dirigées contre Moab, Edom, Aram, peuvent fort bien n'avoir consisté qu'en de simples expédiditions analogues à celles d'Ammôn et d'Amaleq.

i. Ce fait, intéressant cependant, n'est mentionné que d'une manière occasionnelle, et en deux recensions, par I Chroniques, v, 10 ; 19-22. Un Agaréen est signalé, comme intendant des troupeaux de moutons de David, ibid., xxvn, 31 ; Baruch, nt, 23, cite « les fils d'Agar qui cherchent la sagesse de la terre », en les mettant en parallèle avec les sages bien connus de ïéman ; et Psaumes lxxxiii (Vulgate, lxxxii), 7, les nomme parmi les ennemis d'Israël avec les Edomites, les Moabites et les Arabes. Comme Agar est la seule personne de ce nom qui nous soit connue, et que nombre de tribus nomades étaient rattachées à son fils Ismaël, il y a lieu de supposer que c'est d'elle que les Agaréens tiraient leur nom. C'est de cette idée sans doute que s'inspirent certains chrétiens en appelant les musulmans Hagarénien<î. Sur la survivance de ce nom dans l'antiquité, voir les références réunies dans Gesenius-Buhl, 16e édition, p. 174 a. Les Agaréens avaient trois alliés : Yetour tribu arabe ismaélite (Genèse, xxv, 15) : ce sont les Ituréens établis plus tard un peu plus au nord, dans PAntiliban et la Coelésyrie (Josêphe, AntiquitaUs judaicae, xv, 2). Nâphîth, autre tribu Ismaélite (Genèse, xxv, 15), mais inconnue Nôdhâbh, qui n'est pas signalé ailleurs, ce dont on ne saurait s'autoriser pour y découvrir les Nabatéens (cf. Suffrin, Nodab, dans Dictionary of the Bible, de Hastings, t. III, p. 558 b)

Ces campagnes lointaines, préludes heureux de celles que David dirigera plus avant encore dans ces mêmes régions, devaient, en rehaussant le prestige de Saiïl, faciliter son grand projet d'unir tous les Hébreux sous son autorité. Pareille union, toutefois, ne se réaliserait d'une manière durable que dans la mesure où ce roi saurait l'imposer ou la faire désirer par des services rendus à tous. Aussi, non content de chasser les Philistins, travailla-t-il à rendre son royaume plus homogène, en réduisant certains groupes cananéens encore à demi autonomes, et à y rattacher plus étroitement Juda, en prêtant à cette importante tribu l'appui de sa vaillance et le concours de son armée.

Jusqu'alors les Judéens s'étaient plutôt tenus à l'écart d'Israël. Les conditions de la conquête et de l'établissement avaient contribué, pour une bonne part, à produire et à maintenir cet isolement. Il provenait aussi de l'existence de ces cités cananéennes qui, avec Jérusalem à l'est, Gézer à l'ouest, et la tétrapole de Gabaon, Beêrôth, Kephirâ, Qyriath-yearim au centre, dressaient comme une barrière entre Israël et Juda 1. Elles ne supprimaient pas toute espèce de relation de l'un à l'autre, mais elles empêchaient leur union politique. Saùl, dans son dessein de créer un royaume où entreraient tous les Hébreux, s'efforça de renverser cette barrière, qui lui fermait en partie l'accès du sud.

Autant que nous puissions en juger, c'est à la confédération gabaonite qu'il s'attaqua. Depuis la conquête de Josué, elle subsistait, comme enclave cananéenne en territoire israélite, sur la foi d'une entente qui garantissait à ses membres la vie sauve et la possession de leurs biens 2. Mais si elle était nominalement soumise, elle n'en demeurait pas moins hostile d'instinct, et, tout enrestant fidèle, peut-être n'avait -elle pas été sans fonder sur l'invasion philistine quelque espoir de prendre enfin sa evanche et de recouvrer son entière liberté. En tout cas, « par zèle pour les fils d'Israël et de Juda », Saûl prit des mesures extrêmement rigoureuses contre Gabaon, capitale de la tétrapole. Il fit exécuter un certain nombre de Gabaonites, décidé qu'il

Voir La Période des Juges, pp. n, 355. 2. Josué, ix.

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