‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 32 sur 137 · GUERRES POUR LA SÉCURITÉ ET L'UNION D'ISRAËL · texte numérisé non relu

GUERRES POUR LA SÉCURITÉ ET L'UNION D'ISRAËL

était à balayer cette engeance amorrhéenne de la terre de Yahwè1. Peut-être fut-ce aussi de son temps, et par crainte ou sous la menace d'un traitement semblable, que la population primitive de Beêrôth, ville alliée à Gabaon, dut faire place à des Benjaminites.EUeémigra àGittayim,en territoire philistin, semble-t-il, où elle demeura longtemps dans la condition subalterne des gêr, ou étrangers domiciliés 2. Sans l'évaluer au juste, Saùl n'ignorait pas quelle haine il jetait au cœur de ses victimes. Mais il voulait que le territoire hébreu fût tout entier aux Hébreux seuls. Salomon suivra plus tard cette même politique nationale, en

1. Cf. II Samuel, xxi et notamment 1 : « Sur Saiil et sur sa maison il y a du sang (texte corrigé), parce qu'il a mis à mort les Gabaonites » ; voir aussi la parenthèse de 2, qui montre que Saiil avait agi ainsi pour des motifs de politique nationale et 5 où les Gabaonites reprochent à Saiil d'avoir cherché à les faire disparaître du territoire israélite. Sur une raison de parenté ou d'hospitalité qui pourrait avoir rendu plus odieuse la conduite de Saiil, voir, ci-dessus, p. 47, n. 1.

2. L'identification courante de Beêroth avec el-Birê, à quatre heures au nord de Jérusalem, est, aujourd'hui, contestée.

L'abandon de Beêrôth par ses habitants cananéens, que remplacèrent des Benjaminites, est consigné dans une note de II Samuel, iv, 3. Nous ne savons pas positivement à quelle date eut lieu cette migration forcée ; mais elle n'eut pas lieu à la conquête irsaélite, puisque Beêrôth faisait partie de la confédération cananéenne de Gabaon. Comme cette dernière ville fut malmenée par Saiil, un Benjaminite, on peut supposer que c'est sous ce roi également que les Benjaminites firent irruption dans Beêrôth, en chassèrent les habitants et s'installèrent à leur place.

Gittayim, où s'enfuirent les gens de Beêrôth, fut, d'après Néhémie, xi, 33, réoccupée par des Benjaminites. Le contexte de ce passage donnerait à penser qu'elle était assez voisine de Râmâ, après laquelle elle est immédiatement nommée ; toutefois comme plusieurs des villes qui suivent (versets 34, 35) se trouvaient plus à l'ouest (Hâdd = peut-être El-Hadite à l'est de Lydda ;Neballât = peut-être Nebâlâ au nord-est de Lydda ; Lôdh = Lydda ; Onô = peut-être Kefr'Anâ, au nord-ouest, de Lydda), il pourrait se faire que Gittayim dût être rapprochée d'une Gam-ti-e-ti, signalée par El-Amarna, 295, verso, 7 (Knudzton), dans une lettre d'un roi établi dans la plaine côtière (ibid., 292, 28, 49 ; 294, 20) et maître de Gézer (ibid., 292, 43) ; ces indications ramènent, en effet, dans la région de Lydda. C'est apparemment cette Gam-ii-eti qui se retrouve dans la liste de Sheshonq sous la forme Ga-ma-Ui {-tu). Il n'y a pas lieu d'identifier Gam-ti-e-ti avec Gi-im-ti (El-Amarna, 290, 9) ou Gi-in-ti (ibid., 289, 19), qui est plutôt la ville philistine de Gath. Gam-ti-e-ti en serait une forme pluriel (Dhorme, Les pays bibliques au temps d'El-Amarna, dans Revue Biblique, 1908, 517) ; on aurait ainsi un rapport analogue de Gittayim à Gath, le premier étant une forme duel, « les deux Pressoirs », du second. Il paraît moins indiqué de rapprocher Gittayim de K(e)-n-t-o (var. -f ta), n° 93 de la Liste de Thoutmosis III. Si l'on peut s'en tenir aux villes voisines de ce n° 93, qui son identifiées, la Liste mentionnerait plutôt, dans cette portion, des villes du nord. Il reste enfin à observer avec W. M. Millier (Die Palàstinaliste Thufmosis III, p. 26) que ies formes accadienne et égyptienne semblent reproduire un pluriel féminin en âth, alors que Gittayim a une forme masculine.

Si Gittayim doit bien être placée dans la région de Lydda, les ' Cananéens de Beêrôth auraient cherché et trouvé un asile dans les territoires qui relevaient alors des Philistins ; ceux-ci ne pouvaient que mettre quelque empressement à recueillir les victimes des Hébreux, celles de Saiil, si ce fait doit se placer sous ce roi.

écrasant de corvées ce qui restait alors de ces sujets équivoques, gênants et parfois même dangereux.

A quelque date du règne que l'on place ces opérations de déblaiement, elles permirent à Saul d'avoir son chemin ouvert du côté de Juda, qu'il projetait défaire entrer ou de retenir dans la sphère de son pouvoir. Pour y réussir, il déploya un inlassable dévouement. Comme on le verra plus tard accourir dans cette région lointaine, afin de réprimer les incursions des Philistins ou de pourchasser David, mal vu d'une partie des habitants, on le trouve dès maintenant occupé à y réprimer le brigandage des Amalécites. Ces semi-nomades du peu fertile Négéb, qu'Israël haïssait profondément pour avoir été empêché par eux de pénétrer en Canaan par le court chemin qui y mène de Cadès par le sud l, venaient volontiers en maraude dans la Montagne de Juda, assez riche en cultures, vergers, vignobles et troupeaux. Les Judéens, qui, à se défendre d'eux, avaient perdu plusieurs membres de leur tribu, ne pouvaient parvenir à s'en débarrasser. Saul, poussé par Samuel, qui lui parla au nom de Yahwè, résolut de porter un coup décisif aux pillards, en allant les attaquer ^usque dans leur pays, et en décrétant contre eux, sur l'ordre du rigide prophète, le hêrétn, ou anathème, qui comportait la mise à mort, sans réserve et sans merci, de tout ce qui avait vie, hommes ou bêtes.

A la tête de combattants recrutés en Israël comme en Juda, et concentrés à Télam, à quelque distance au midi d'Hébron, il pénétra dans le Négéb, se jeta sur les Amalécites, et les razzia à son tour jusqu'au voisinage de la frontière égyptienne 2.

i. Dsuléronome, xxv, 17-19; et cf. Exode, xvn, 14-16. D'après le récit prophétique de I Samuel, xv, c'est même pour venger cet insuccès, déjà fort ancien, que Samuel poussa Saul à entreprendre une campagne contre Amaleq (verset 2). Mais il y avait des causes plus immédiates, comme on le voit par ibid., 33, qui fait allusion aux meurtres commis par Agag, le roi d' Amaleq, et peut-être aussi par ibid., xiv, 48. Sur les Amalécites, voir La Période des Juges, p. 73, n. 3.

2. Télém ou Têlâm (corrigé pour : Telâ'im)se trouvait, d'après Josué, xv, 24, dans le Négéb ou Midi de Juda ; elle n'est pas identifiée.

Saiil pourchasse les Amalécites « depuis Hawîlâ jusqu'à la route de Shour, qui est à l'est de l'Egypte ». Cette donnée topographique se retrouve dans Genèse, xxv, 18, où elle fixe l'habitat de tribus ismaélites. La région ou localité appelée Shour devait se trouver immédiatement à l'est des Lacs Amers, qui prolongeaient dans le continent le golfe de Suez : après avoir franchi la « Mer des roseaux », les Hébreux fugitifs marchèrent trois jours dans le Désert de Shour, Exode, xv, 22. A cette indication correspond la précision : « Shour, qui est à l'est de l'Egypte », Genèse,

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