‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 47 sur 137 · Voir La Période des Juges, p · texte numérisé non relu

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remplacent les villes prospères et animées d'autrefois. C'est encore un reste de culture et de vie. Mais aussitôt que l'on descend vers l'est, le regard se perd d'abord dans un dédale de collines, où les arêtes déchiquetées et de larges traînées de cailloux mesurent la place aux genêts, aux buissons rabougris et à l'herbe maigre de pauvres landes. Là, on ne trouve plus de sources ; au printemps seulement, dans les ouâdis, presque toujours à sec, la pluie égaie cette aridité par la fraîcheur d'une verdure passagère. Plus loin, c'est le domaine de la stérilité la plus désolée *> Des ondulations jaunâtres et nues, aux lignes molles que brisent des coupures ravinées, se déroulent tristement, et vont finir par un brusque à pic au-dessus du rivage, tandis que, tout au loin, les puissants massifs du plateau de Moab ferment ce sévère horizon. Il n'y aurait là aucune joie pour l'œil s'il ne découvrait parfois, d'un sommet plus élevé ou à travers une échancrure de ce morne chaos, le bleu sombre et magnifique des lourdes eaux de la Mer Morte.

C'est dans cette contrée, où se touchent les cultures, les steppes et le désert, que David fugitif passa, entouré de sa bande, les jours de sa vie errante. Tantôt il s'établissait près des agriculteurs et des vergers, autour des villes de Carmel, Ziph, Hôrêsh, Maôn, et protégeait leurs récoltes et leurs troupeaux, moyennant des redevances en nature acquittées de plein gré ou par force 8.

1. Cette région, dans la partie qui s'étend entre la steppe d'Hébronet Engaddi, portait 'le 'nom de Yeshtmôn, «désert effrayant » ; on la trouve mentionnée, comme repère d'orientation, dans I Samuel, xxm, 19, 24 ; xxvi, 1, 3. Cf. Vigouroux, Jésimon, dans Dictionnaire de la Bible, t. III, coll. 1400, 1401. Il existait un autre désert de même nom dans le pays de Moab, au nord-est de la Mer Morte, Nombres, xxi, ao ; xxm, 28.

2. Carmel de Juda, qu'il ne faut pas confondre avec le Mont Carmel, s'identifie avec Khirbet Kourmoul, à une quinzaine de kilomètres au sud d'Hébron.

Ziph a laissé son nom à Tell Zîf, à mi-chemin entre Hébron et Kourmoul.

Hôreshâ ou Hôrésh pourrait correspondre à Khirbet Houreisa, à deux kilomètres ausuddeTell *Zîf.

Maôn est représenté par Khirbet Ma' în, à moins de cinq kilomètres au sud de Khirbet Kourmoul.

Engaddi, 'ên-gedi, « la source du faon », est aujourd'hui »Aïn Djidi, à près de 200 mètres au-dessus de la Mer Morte, et à peu près au milieu du rivage occidental. Sur Engaddi, sa source, sa faune et sa flore, voir Abel, Une croisière autour de la Mer Morte, pp. 134-148. — « Le Rocher des séparations » dans le désert de Maôn, ( I Samuel, xxm, 28), « les Roches des bouquetins » dans le voisinage d'Engaddi {ibid., xxiv, 3) ne se peuvent identifier. On voit du moins, par la multiplicité de ces noms de lieux, avec quelle netteté s'était perpétué en Juda le souvenir des allées et vernies incessantes de David et de sa bande.

Tantôt, si l'on se lassait de sa surveillance, si Saûl accourait pour le traquer, il s'enfonçait dans la région des landes, ou, traversant à la hâte le désert inhospitalier, se réfugiait jusqu'à Engaddi, gracieuse et reposante oasis qui domine la Mer Morte. De droite et de gauche, dans les montagnes, dans les steppes, dans le désert, il s'était aménagé des lieux de retraite, véritables repaires presque inaccessibles, d'où il surveillait au loin l'horizon, où il défiait les surprises du roi, où il donnait à ses hommes quelques jours de répit quand ils avaient pu gagner de quoi vivre 1.

Cette existence aventureuse ne laissait pas d'être incertaine et rude. David ne savait pas toujours d'avance s'il pourrait, le lendemain, donner à manger aux quelques centaines d'hommes qui avaient lié leur sort au sien. Ceux-ci étaient d'ailleurs, pour une large part, des gens à qui le risque ne déplaisait pas, mais que la crainte d'en venir aux mains avec des adversaires plus nombreux, ou, au contraire, l'envie de commettre des larcins impunis, ne portaient que trop, parfois, à l'indocilité 2. Sans compter qu'être toujours sur le qui-vive, pour éventer les trahisons et prévenir les attaques, devait les jeter souvent dans une inquiétude qui les rendait encore moins maniables. Si David réussit à maintenir auprès de lui cette bande de volontaires à qui il demandait plus d'abnégation qu'il ne procurait de bien-être, ce ne fut qu'en déployant sa patiente énergie, sa piété bienfaisante et son charme infaillible 3.

Pour mener la vie d'un banni, David ne perdait pas toutes les sympathies qu'il s'était jadis acquises dans le royaume. Beaucoup, sinon tous, y pensaient encore à lui avec admiration malgré sa présente infortune. Un jour, comme il se trouvait à

i. Ces différents repaires, qui sont mentionnés à diverses reprises, portent:, en hébreu, le nom de isd, meçâdh. Ce nom signifierait, étymologique ment, « lieu (où l'on se tient à l'affût) pour la chasse » ; il signifie plus couramment « lieu de refuge ou de défense » dans la montagne, « repaire ». Les textes signalent, à propos de David, des t repaires » dans le désert, I Samuel, xxm, 14 ; « des repaires » à Hôreshâ, ibid., 19 ; « les repaires » d'Engaddi, ibid., xxiv, 1. On trouve le singulier dans i Chroniques, xu, 6 (le grec n'a pas ce mot) et j 8 (le grec le remplace ici par « au secours ») : sur ces deux passages, voir, ci dessous, p. no, n. 1. Enfin une meçûdhd, qui pourrait être Adoullam, est mentionnée dans I Samuel, kxïv, 33. Dans I Chroniques, xi, 7, meçâdh désigne Sion, la citadelle de Jérusalem.

2. I Samuel, xxm, 3, et cf. ibid., xxx, 22-24, où il est question s des nommes méchants et pervers » de la bande de David.

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