Voir aussi, ci-dessous, pp
Hôresh, dans le désert de Ziph, il eut l'émotion de voir arriver Jonathas. Cet ami fidèle venait, au péril de sa vie, le réconforter en Dieu, et l'assurer qu'il serait roi d'Israël à sa place. Ils parlèrent encore une fois de l'alliance qui les unissait \ et, toujours aussi remplis de tendre confiance l'un pour l'autre, se séparèrent pour ne plus se revoir jamais. Vers ce temps-là, David eut aussi le chagrin d'apprendre que Samuel venait de mourir et d'être enterré dans la ville de Râmâ, dont il avait fait sa patrie et comme la capitale de sa judicature. Tout Israël s'était assemblé pour venir le pleurer et pour célébrer une dernière fois, par les lamentations du deuil, la sainteté et le dévouement de ce grand homme de Dieu.
Vers David arrivaient, de temps à autre, de nouvelles recrues. Ce n'étaient pas seulement des individus isolés, aventuriers de tout rang et mercenaires étrangers en quête de coups de main, ou partisans hébreux décidés à soutenir la bonne cause. C'étaient également des groupes de guerriers déjà fameux par leurs exploits et dotés d'un grade dans l'armée royale, qui se décidaient à abandonner la cause de Saùl pour embrasser la fortune de David : ils éprouvaient comme de la répulsion pour un roi qu'aveuglait une haine maladive, et souffraient du regret de ne plus combattre sous les ordres du jeune chef à qui la victoire avait toujours souri. Onze Gadites, chefs de l'armée, dont la bravoure soulevait l'enthousiasme, passèrent le Jourdain avec une témérité folle alors que la crue du printemps faisait déborder l'eau par- dessus ses rives, et vinrent rejoindre David dans l'un de ses repaires. Un autre jour, David vit s'avancer une troupe de Judéens, des compatriotes à lui, et de Benjaminites, des compatriotes de Saiil. Il était prudent et se tenait sur ses gardes.
H sortit au-devant d'eux, et leur dit :
Si vous venez pacifiquement vers moi pour me prêter secours, je veux n'avoir qu'un cœur avec vous. Mais si c'est pour me trahir et me livrer à mes ennemis, quand mes mains sont pures de violence, que le Dieu de nos pères le voie et fasse justice !
Alors l'esprit revêtit Amasay, chef des shdlish : Pour toi, David, et avec toi, fils de Jessé !
i. Le texte I Samuel, xxm, 15-18, dit qu'ils « contractèrent une alliance devant Yahwe ». Ce détail doit représenter une tradition qui ne connaissait pas la conclusion dôjà signalée de cette alliance.
Paix, paix à toi !
Et paix à ceux qui te portent secours ! Car celui qui est ton secours, c'est ton Dieu. David les accueillit et les plaça parmi les chefs de la bande de razzia.1
Ce dévouement empressé à la cause d'un banni était d'autant plus méritoire que Saiïl, loin de tirer la leçon de ces défections, ne relâchait rien de sa haine pour David. Il se tenait à l'affût d'un renseignement, d'une dénonciation. Dès qu'il savait où trouver l'insaisissable fugitif, rassemblant à la hâte une troupe nombreuse, il partait pour Juda, et se lançait dans une vraie chasse à l'homme autour des collines et dans les steppes du désert. Mais si David avait ses mécontents, ccmme les gens de Qeïlâ, qui avaient voulu le livrer à Saiïl, s'il avait ses délateurs,
i. Ces deux épisodes sont rapportés par I Chroniques, xn, 8-15, i5-i8. Tous deux, et Je second surtout, avec son petit couplet inspiré, rythmé et rimé, portent en euxmêmes le cachet de leur authenticité. Ils faisaient sans doute partie de ces courts récits guerriers dont d'autres exemples ont été conservés par II Samuel, xxm, 8-23. Le lieu où ces deux groupes de volontaires rejoignent David est appelé meçàdh par l'hébreu, et donné comme un lieu connu puisqu'on a l'article « le repaire ». Ce dernier détail donne à penser qu'il s'agirait ici d'Adoullam, appelée meçûdhâ par I Samuel, xxiv, 23. Mais, d'une part, dans I Chroniques, xu, 9, à côté du « repaire », se trouve indiqué « le Désert », et Adoullam se trouvait, non dans le Désert, mais dans la Shephêlâ (Josué, xv, 35) ; même si l'on devait biffer « le repaire » avec le grec, qui l'omet, il resterait encore « le Désert », comme donnée sûre du texte. D'autre part, ces fragments peuvent être sortis de leur contexte, et « le meçddh » pouvait être plus facilement identifié par les lecteurs de l'ensemble ; n'ayant pas la même ressource, nous ne devons pas nous hâter d'interpréter ce mot d'après les rares détails connus de nous. C'est pourquoi les deux épisodes ci-dessus ont été rapportés au séjour de David hors d'Adoullam.
Les partisans qui viennent ici se joindre à David rappellent par leur dévouement, et peut-être par leur nom, — -|îy, 'âzar, « aider, secourir », revient souvent dans le second passage, — les Ançâr ou « auxiliaires » de Mahomet, qui étaient des gens de Médine ayant embrassé de bonne heure la cause de Mahomet, encore très discuté et peu suivn
Le personnage qui prononce les vers cités, Amasay, est qualifié de « chef des Shâlîsh » (sur le sens de ce mot, voir, Salomon, p. 27, n. 1) par le kethîbh de I Chroniques, xu, 19, mais « chef des Trente » (sur cette dignité, voir, ci-dessous, P- 239) par le qerê, et les versions grecque, syriaque, Vulgate. L'ensemble des témoins pour cette seconde lecture rendrait difficile de garder « Amasay », dans le texte, car c'est « Abishay », frère de Joab, qui avait ce titre, d'après II Samuel, xxm, 19 (corrigé). Aussi, nombre d'exégètes pensent-ils qu'il faudrait, ici, remplacer « Amasay » par « Abishay », le peu de différence des noms expliquant l'erreur d'un scribe. Mais cette correction paraît douteuse : d'abord, il est bien vraisemblable qu' Abishay, en sa qualité de neveu de David, ne fut sans doute pas un partisan de la deuxième heure, dont David se défiait ; puis, ll'ordre Ides « Trente » dont Abishay fut le chef, était-il constitué dès cette période ? Aussi, peut-être vaudrait-il mieux conserver et « Amasay » et le titre de « chef des shâlîsh », que ce personnage aurait eu dans l'armée de Saiil. Si cet Amasay pouvait être identifié avec .Amasâ, un autre neveu de David, qui, plus tard, embrassa contre David la cause d'Absalom révolté, on pourrait penser que ,déjà à cette date, il n'inspirait pas grande confiance. L'identification, toutefois, n'est que vraisemblable, et non pas certaine.
comme les gens de Ziph, qui, deux fois au moins, signalèrent sa présence, il comptait aussi des amis et des espions, qui l'avertissaient du danger. Grâce à eux, grâce à sa connaissance du pays, à la multiplicité de ses repaires, grâce aux indications de l'éphod et à la protection de Yahwè, il échappait toujours. Une fois qu'il était serré de près, il fut redevable de son salut à une attaque des Philistins, qui, mettant à profit cette lutte intestine et l'absence du roi, avaient fait irruption dans la région du centre. Saiïl, averti, dut cesser sa poursuite. Il lâcha son ennemi personnel pour aller combattre les ennemis du royaume *.
Au cours de ces poursuites, où il y allait de sa vie, David ne laissa point échapper l'occasion de montrer à quel point son âme était vide de rancune et d'animosité. Une fois que lui et ses gens se tenaient cachés, près d'Engaddi, au fond d'une de ces cavernes spacieuses qui ne sont pas rares dans cette région, Saûl y pénétra seul. David l'avait à sa merci. Au lieu de le tuer, comme ses compagnons l'y exhortaient, il se borna à lui couper le pan de son manteau. Une autre fois, en pleine nuit, comme Saûl dormait dans le parc des chariots établi, au milieu de sa troupe, sur la colline de Hâkila, David se glissa jusqu'à lui. Son neveu, Abishay, qui l'accompagnait, voulait clouer à terre d'un coup de lance l'odieux persécuteur. David le retint, et prit seulement la lance et la gargoulette du roi. Quand David lui montrait de loin la preuve matérielle qu'il l'avait tenu au bout de son glaive et l'avait épargné, Saul se sentait bouleversé par tant de mansuétude. Il pleurait, il s'humiliait ; il invitait le proscrit à revenir, ce que celui-ci pourtant se gardait bien de faire 2.
i. Les épisodes de Ja poursuite de David par Saiïl sont au nombre de quatre : I Samuel xxiii, 7-13, Qeïlâ; xxm, 19-28, désert de Maôn, et Rocher des séparations ; xxiv, Engaddi ; xxvi, désert de Ziph et colline de Hakîlâ ; cette colline, située à l'est du désert (verset 1), est placée par conjecture à Dhahret el-Kôlah, hauteur qui se trouve à mi-chemin entre Ziph et la Mer Morte. Il est possible que ces quatre épisodes ne représentent qu'une partie des faits. En tout cas, I Samuel, xxiii, 15, semble indiquer que les faits de ce genre furent nombreux.
2. Quelques exégètes sont assez inclinés à croire que les deux récits, I Samueli xxiv, et ibid., xxvi, représentent des doublets d'un même fait. A la rigueur, cette interprétation ne serait pas inadmissible, malgré la diversité assez marquée de plusieurs détails, en raison de ce que, dans la rencontre qui serait à placer en second lieu, aucune allusion n'est faite à l'autre. Mais il est de beaucoup plus vraisemblable que deux faits analogues se produisirent, de même que l'on voit Saiïl appelé trois fois : une fois par les habitants de Qeïlâ, deux fois par les gens de Ziph. Du reste il y a lieu de croire que ces deux récits appartiennent au même groupe littéraire
Mais plus encore que sur Saul, dont il n'y avait plus de bienveillance durable à espérer, c'était sur ses compagnons, puis sur tous ceux qui, en Israël comme en Juda, l'entendaient célébrer, que la conduite de David produisait une impression singulièrement forte Une telle magnanimité, de la part d'un chef de bande surtout, paraissait extraordinaire, tant elle contrastait avec l'acharnement du roi et avec la rudesse des mœurs du temps Les gens de David, avant tous les autres, s'étonnaient, pour ne rien dire de plus, qu'il eût hésité un seul instant à se débarrasser de celui qui le poursuivait de sa haine sans motif. N'était-ce donc pas Yahwè qui le lui avait livré sans défense, comme pour l'inviter à se venger lui-même ? Mais David en jugeait autrement. Sa religion et sa conscience lui disaient aussi fort que le lui assuraient ses guerriers, que Yahwè était pourlui. Mais son respect du roi, consacré à Dieu par l'onction et chef du peuple d'Israël, retenait si bien sa main, qu'après avoir osé couper un morceau du manteau du roi, il sentit son cœur ému battre un peu plus fort : ce n'était pas à lui à exercer sa vengeance ; il s'en remettait à Yahwè de ce soin. Ces scrupules, cette délicatesse à l'égard des choses religieuses, tiraient David du vulgaire autant que le pouvaient faire sa vaillance et sa fortune. Il ne ressemblait pas aux autres ; il possédait une nature d'élite ; sans qu'il le voulût, sans même qu'il y prît garde, ses actions avaient quelque chose d'harmonieux et de grand qui, d'abord, étonnait, puis commandait une estime respectueuse et souvent l'affection.
Les nobles sentiments qui inspiraient la conduite généreuse de David dans cette pénible situation ne sont pas seulement dépeints dans les récits du Livre de Samuel. On les trouve encore exprimés dans quelques psaumes, que leurs titres traditionnels rapportent à la vie errante de David .l Comme les poètes arabes qui, voués
judéen, et il est toujours nasardeux de juger d'un récit par ce que son auteur «uurait dû dire et n'a pas dit. — Dans I Samuel, xxvi, 10, sont rapportées des paroles de David, qui sont d'une importance notable pour comprendre certaines idées religieuses de ce temps.
i. Ce sont, d'après le texte hébreu, les psaumes xxxiv, lu, liv, lvt, lvii, lx, lxiii, cxlii, soit neuf psaumes sur les 14 qui portent un titre les rapportant à un fait de la vie de David. Cette proportion élevée mérite qu'on la remarque, et elle le mérite d'autant plus que, comme on va le dire, nombre de poèmes de l'ancienne littérature arabe se présentent dans des conditions analogues. Sans doute la teneur
à l'aventure dans des déserts affreux, rimaient, entre deux combats, une satire de leurs ennemis, un éloge de leur belle ou une louange de leur bravoure, David fugitif ne laissait pas sa harpe silencieuse 1. Des chants de sa jeunesse, qui avaient fait connaître jadis son talent poétique à la ronde, jusqu'à l'élégie d'une émotion plaintive qu'il chanta sur la mort de Saùl et de Jonathas, il dut composer d'autres pièces de circonstance. Ce sont les plus religieuses d'entre elles que seules on pouvait faire entrer dans la collection du psautier, et encore furent -elles sans doute, comme on l'a remarqué déjà, plus ou moins adaptées à la nature de ce recueil, offert à la dévotion liturgique et à la piété intime2. Toutefois, la crainte de n'y point retrouver partout dans leur forme primitive la pure pensée et les propres termes de leur premier auteur, ne devrait pas retenir d'y glaner quelques passages que l'on pourrait croire tombés des lèvres de David. En pareil cas, pourvu que l'historien en prévienne son lecteur, mieux vaut s'exposer au danger de dépasser un peu la vérité, en citant un passage d'une authenticité pour le moins très vraisemblable, que de rester trop timidement audessous d'elle en ne le citant pas.
On a lu plus haut quelques-unes de ces pièces poétiques. En
actuelle de ces psaumes n'offre guère d'éclaircissement sur la situation historique à laquelle ils sont rapportés par leur titre. Mais que quatorze psaumes seulement, sur les soixante- treize qui sont attribués à David, aient un titre de ce genre, témoigne, dans une certaine mesure, en faveur de leur ancienneté : pourquoi, si ces titres sont tous de pure invention, n'en trouve-t-on pas un plus grand nombre ? La même conclusion est à tirer du fait que deux autres des psaumes avec titre historique sont rapportés à des circonstances que nous ne connaissons point par les livres historiques : le psaume vu, composé à l'occasion de Coush le Benjaminite, le psaume xxx, qui est un chant pour la dédicace de la maison. Ces deux détails, énigmatiques pour nous, montrent que les rédacteurs de ces titres en savaient plus que nous.
1. Quand les compilateurs arabes recueillaient les chants inoubliables des plus anciens poètes de leur nation, ils les enchaînaient dans les circonstances historiques à l'occasion desquelles ces chants avaient été composés. Tel est, en particulier, le cas pour ce recueil de la Hamâsa et du Kitâb el-Aghdni. Dans la Bible, le même souci historique a ainsi fait précéder quelques fragments poétiques d'un court récit de leurs circonstances ; tel aussi le cas, par exemple, pour Amos, vu, 10-17, et pour plusieurs prophéties d'Isaïe et de Jérémie. Peut-être en était-il de même dans ces deux recueils de chants hébreux qu'étaient Le Livre du Yâshdr et Le Livre des Guerres de Yahwè. Pour les psaumes, on n'a, comme on vient de le dire, que de très rares, de trop rares indications de ce genre.
2. David composa au moins une pièce poétique purement profane, l'élégie sur la mort de Saiil et de Jonathas : le nom de Yahwè n'y est pas prononcé une seule fois. Voir cette élégie, ci-dessous, pp. 135-138
Sattl et David» *
voici une autre, que son titre rapporte à un épisode de la fuite de David. Celui-ci s'est re'fugié dans la caverne, peut-être celle d'Adoullam, et, caché ou se défendant, n'a pas été pris. Après sa délivrance, il évoque l'horreur du danger d'où scn Dieu l'a tiré, et chante avec allégresse le salut qu'il lui a octroyé *.
Pitié pour moi, Yahwé ! pitié pour moi, Puisque de ma vie, tu es le refuge, Que j'ai pour refuge l'ombre de tes ailes, Jusqu'à ce que passe le malheur.
Je pousserai des cris vers le Dieu Très-Haut, Le Dieu, qui, pour moi, accomplit toute chose, Qu'il daigne envoyer du ciel me sauver, Qu'il couvre d'opprobre les gens qui m'écrasent, Envoie sa bonté, sa fidélité.
Je dois coucher parmi les lions Qui brûlent de dévorer les hommes ; Leurs dents sont des lances et des flèches, Et leur langue un glaive affilé.
Sois élevé, Yahwè ! par-dessus les cieux ; Que ta gloire s'étende sur la terre eDtière !
Ils avaient posé des rets pour mes pas :
Je me suis baissé • ; Ils avaient creusé devant moi une fosse :
Ils y sont tombés.
Mon cœur est prêt, Yahwè !
Mon cœur est prêt.
Je vais chanter et je vais jouer ;
Éveille-toi, ma gloire !
r. 1 saumes, lvii (Vulgate lvi). Les versets 7-10 semblent avoir formé primitivement un tout à part, car ils sont du mètre 3+2 alors que le reste est au mètre 3-f 3. Le psaume cvni (Vulgate cvn) 2-4 en a repris les versets 8-10, avec peu de variantes. J'ai substitué t Yahwè » à « Élohim », ce dernier étant dû sans doute à la recension élohiste ; d'ailleurs, dans Psaumes cvni, 4, on a « Yabwè » au lieu d'«Adônây»de Psaumes lvii, qui était déjà, peut-être, dû à une correction.
2. Le texte hébreu de ce vers donne « il a courbé mon âme » ; mais nuri, réshêth, « rets », qui précède ,est du genre féminin et ne pourrait, sans correction, être le sujet de « a ployé ». Les Septante ont lu le pluriel : « ils ont courbé mon âme », le sujet étant les ennemis du vers précédent. Cette leçon est claire mais ne convient pas au contexte : le vers parallèle indique que ces ennemis ont échoué, à leurs dépens, dans leurs machinations ; il doit en être de même dans ce vers obscur. On trouvera diverses conjectures de restitution dans les commentaires ; plusieurs d'entre elles sont trop longues puisqu'on a ici le deuxième vers de la qînâ, avec deux accents seulement. On pourrait supposer une lecture >ttfsa >mS3 ; en se baissant, on évite de se jeter dans le filet tendu. Duhm propose de lire ïrtf'pï DBS, «leur main (il vaudrait mieux entendre : leur (plante du) pied, à cause de >E*sb du vers précédent) fut empêtrée » dans le rets.
Éveille- vous et luth, et harpe !
Je réveillerai l'aurore ».
Je te louerai, Seigneur, parmi les peuples ; Je jouerai pour toi parmi les nations :
Ta bonté est grande jusqu'aux deux,
Ta fidélité jusqu'aux nuages.
Sois élevé, Yawhè ! par-dessus les cieux ; Que ta gloire s'étende sur la terre entière !
Ces épisodes et ces poèmes édifiants montrent un David d'une religion exquise. Voici maintenant le chef de bande.
Il y avait à Maôn un gros propriétaire du ncm de Nabal, qui appartenait à la tribu de Caleb. Ccmme il était venu à Carmtl pour la tonte de ses moutons, occasion de festins et de réjouissances, David qui battait le désert voisin, en fut averti, et lui envoya dix de ses gens pour lui offrir ses compliments, lui rappeler ses loyaux services et réclamer sa part de la fête. Natal avait mauvaise réputation ; il était dur et grossier 2. Au mépris de tous les usages, il rabroua vertement les messagers, les traitant de vagabonds, feignant d'ignorer qui était ce fils de Jessé, et ajoutant qu'il n'allait tout de même pas enlever les morceaux de la bouche de ses tondeurs pour les donner à des inconnus. A la nouvelle de ce refus inouï, David, justement indigné, décida surle-champ la razzia.
Cependant, un des bergers de Nabal, qui avait été en mesure d'apprécier la réserve de ces pauvres gens et leur vigilance à faire bonne garde, avertit sa maîtresse. Elle portait le nom d'Abigaïl. « Aussi sensée que belle », Abigaïl comprit aussitôt que son mari venait de commettre une lourde maladresse, et que les rôdeurs éconduits ne tarderaient pas à venir se venger. A l'instant même, en cachette de Nabal, plongé dans une ripaille « digne d'un roi », elle rassemble deux cents pains, deux outres de vin, cinq moutons tout préparés, cinq mesures de grain grillé, cent pains de raisins secs et deux cents de figues pressées, charge le tout sur les ânes, et part à la suite de quelques serviteurs. Il était
1. Les Septante ont • je me réveillerai à l'aurore ». Dans l'hébreu, l'Aurore est personnifiée, comme dans Isate, xiv, 12 (la planète Vénus est son fils) ; Psaumes, cxxxix, 9 (elle a des ailes) ; Job, ni, 9; xli, 10 (elle a des cils à ses paupières).
2. Son nom, nâbhdl, signifie « fou, abruti ». Abigaïl, pour apaiser David, n'omettra pas de souligner ce sens du nom de son mari, I Samuel, xxv, 25.
Il6 DAVID FUGITIF Eï PROSCRIT
grand temps qu'elle intervînt. A un détour du chemin, qui contournait une colline, elle se trouva face à face avec David, qui accourait, furieux, à la tête de ses aventuriers exaspérés. Elle n'eut que le temps de sauter à bas de son âne pour se prosterner. L'aspect de cette femme agenouillée, sa hâte déférente et son air timide, sa parole précipitée, le mal qu'elle dit de son rustaud de mari, son empressement à prendre la faute sur elle, ses allusions flatteuses aux prouesses du jeune chef et à l'avenir de gloire que lui ferait Yahwè, son présent généreux, enfin sa grâce et sa beauté eurent raison des projets de vengeance. David ne put que la complimenter de sa sagesse, retirer ses menaces, recevoir ses vivres, la congédier en paix et s'en retourner.
Le lendemain, quand Nabal, remis de son ivresse, apprit de sa femme le danger qu'il avait couru, il eut un coup de sang et tomba roide comme pierre. Dix jours après il était mort. En l'apprenant, David bénit Yahwè, qui lui avait épargné une action méchante, et s'était chargé de sa propre vengeance. Puis, sans long retard, il envoya dire à Abigaïl qu'il la prenait pour femme. Et Abigaïl, s'étant hâtée de monter sur son âne, partit, accompagnée de cinq servantes, à la suite des envoyés de David et devint son épouse.
Cette riche alliance, qui était pour lui une nouvelle bénédiction, avait été précédée d'un autre mariage, contracté dans la même région du midi de Juda, avec Ahinoam, de Yizreël *. David adoucissait peut-être ainsi son regret de Mîkhal, sa première femme, que Saûl, voulant l'expulser de la famille royale et lui retirer par là tout droit éventuel à la couronne, lui avait reprise pour la marier à Paltiel, fils de Laïsh, un habitant de Gallim, ville voisine de Gabaa 2.
i. C'était elle, en tout cas la mère d'Amnon son aine (II Samuel, 111,2), et, en plusieurs autres passages, elle est nommée avant Abigaïl, II Samuel, xxyn, 3; xxx, 5, et notamment II Samuel, ni, 2, 5, qui est une liste quasi officielle des épouses que David possédait à Hébron. La ville de Yizreël, d'où elle était originaire, se trouvait, au dire de Josué, xv, 56, dans le voisinage immédiat de Maôn, Carmel et Zîph. Il ne faut pas la confondre avec la ville de même nom, située dans la grande plaine qui sépare les monts d'Éphraïm du massif galiléen.
2. I Samuel, xxv, 44 ; IT Samuel, m, 15. Dans le premier de ces textes, le uom de cet homme est Palti, forme abrégée de Paltiel, qui se trouve dans le second, et celui de son père, Laïsh, tandis que le second texte porte, du moins en kethibh, Lo i?h. — Gallim est mentionnée avec Nôb dans Isaïe, x, 30 ; elle se trouvait non loin ds Gabaa, où résidait Saiil. Elle est identifiée par L. Féderlin (A propos d'Isaïe,
A coup sûr du moins, ces deux nouvelles unions devaient être pour David un notable profit. Depuis qu'il menait sa vie errante de proscrit, il avait bien pu grouper environ six cents hommes, qui lui étaient tout dévoués. Mais sa situation restait des plus instables, obligé qu'il était d'aller et de venir sans cesse, pour échapper à Saùl et ne pas être trop à charge à ses protégés plus ou moins bénévoles. De plus, il avait ses calomniateurs, maintenant que la faveur avait tourné 1, et parmi ceux qui avaient dû l'entretenir avec ses compagnons peu courtois, plus d'un ne lui voulait aucun bien. Désoimais, il ne sera plus aussi délaissé. Aux Judéens de la région bethléémite et des confins du Négéb, qui lui étaient liés par le sang, venaient se joindre, pour le soutenir, au besoin pour le pousser, les clans de Caleb, auxquels ses deux mariages récents l'unissaient 2. Les Calébites pouvaient dispeser en sa faveur, non seulement de leurs richesses très appréciables, de leurs hommes, qui seraient d'excellents guerriers, mais encore du prestige religieux comme des ressources d'ordre militaire et d'ordre commercial, qui faisaient de l'antique ville d'Hébron, dont ils étaient les maîtres, une véritable capitale qui attendait son roi.
x, 29-31, dans Revue Biblique, 1906, pp. 272,273) avec Beit-Léja ou Lidja, située au pied nord-est de la hauteur qui porte Gabaa ou Tel] el-Fcûl; cet auteur pense que Gallim et Lidja peuvent s'équivaloir par métathèse.