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Proprement, en hébreu, « les armes de guerre

2. On trouvera dans Josèphe {Antiquitates judaicae, vi, 12, 7) des considérations fort justes sur le double personnage que joua Saiïl, et (ibid., vi, 14,4) un éloge de sa noble bravoure.

même, pose un problème devant l'esprit. On oserait presque se demander pourquoi Samuel, pourquoi Dieu l'avaient enlevé à sa charrue et lui avaient mis un sceptre à la main, s'il n'avait pas les qualités voulues pour mener à bien la tâche considérable qu'ils lui imposaient. De ce choix, en partie malheureux, nous trouverons d'autres exemples au cours de l'histoire d'Israël. C'est encore un prophète, Ahias de Silo, qui, sur un ordre divin, suscitera Jéroboam, fils de Nebat ; un prophète inspiré encore, Elisée, qui poussera à l'usurpation Jéhu et Hazaël ; et ces rois, Jéroboam surtout, furent des plus néfastes pour le peuple élu. Certes, les voies de la Providence sont souvent voilées de mystère à nos yeux. Mais jamais elles ne sont plus obscures pour nous que lorsque nous voyons devenir infidèle à sa mission celui que Dieu lui-même avait appelé et conduit.

Cependant, à regarder de près dans leur vie ces élus que Yahwè finit par « se repentir d'avoir choisis et par rejeter », on ne tarde pas à découvrir en eux le point faible qui causera leur chute. On l'a souvent entrevu chez Saul : cette ardeur enfiévrée et brutale, ce découragement qui l'abat par instants, cette jalousie qui le ronge, cette fureur sanguinaire qui le saisit sans qu'il arrive à la réfréner, cette ambition personnelle qui l'agite et l'obsède, tout cela trahit un homme qui n'est pas maître de lui. Tantôt il est fervent et tantôt il enfreint la loi, pour ne pas déplaire au peuple ; tantôt il pousse jusqu'au scrupule le souci des rites, et tantôt il tombe dans la plus vulgaire superstition. Il commence sa carrière en sacrifiant sa vie paisible au zèle du salut d'Israël, puis il la fait dévier par la préoccupation égoïste de sa couronne et de sa dynastie. Il est d'abord docile à l'égard de Samuel ; bientôt il veut agir sans lui et malgré lui. Longtemps il a pour amis les prêtres ; ensuite il les fait égorger. Et, son étrangeté, accrue après sa réprobation, au point de devenir morbide, finit par paraître si peu explicable humainement, qu'on y reconnaît l'action d' « un esprit malin venu d'auprès de Yahwè », qui le possède corps et âme, et lui enlève, avec la maîtrise de ses actes, le contrôle même de ses pensées. Il y a trop de sautes brusques dans sa vie, et comme du déséquilibre : ce fut le principe, et les fautes qui en découlèrent furent la cause de sa lamentable déchéance.

Avec un pareil caractère, contre les suggestions duquel il ne voulut pas se défendre, simple particulier, Saiïl n'eût été qu'un maniaque qu'on supporte ; roi, il ne pouvait qu'être à charge à ceux qu'il commandait. Aussi, conscient, par mcments, de tout ce qui lui manquait de modération, de désintéressement, de douceur, de suite dans les idées, pour rendre son autorité moins lourde et son œuvre plus durable, il se sentait très malheureux. Il le fut sûrement. Ses sujets qui comprenaient ses tortures morales et n'oubliaient point, pour sa bizarrerie, les grands services qu'il leur avait rendus, semblent avoir éprouvé à son égard surtout de la compassion ; ils ne le détestaient pas. Pour le réconforter, Doëg l'Edomite trahit le prêtre Ahimélék ; Samuel, qui fut parfois si dur pour lui, revient avec lui au sacrifice de Galgala pour qu'il y fasse encore figure de roi ; la sorcière et ses gens le pressent avec douceur, cdmme on presse un malade ; et rien ne montre mieux combien on lui restait pitoyable que la démarche des Yabéshites, qui sauvent son cadavre de la profanation, le deuil des proscrits de Ci qlagh en apprenant sa mort, et les plaintes qu'arrachait à David exilé le souvenir de son héroïque bravoure.

S'il y avait chez l'homme tant de lacunes, Saûl ne pouvait être un grand roi. Son esprit, dans un accès de surexcitation lucide, voyait bien le but à viser ; il n'avait pas toujours, au moment d'agir, les moyens nécessaires pour l'atteindre. On a déjà parlé de ce qu'il y avait de précaire dans sa tentative d'union des tribus, comme dans l'expulsion des étrangers hors du territoire ; et il serait presque cruel d'insister une fois de plus sur l'état déplorable où sa défaite, que son suicide ne racheta point, laissa le royaume d'Israël. Il vaut mieux l'épargner comme faisaient ceux qu'il avait défendus, ceux même qu'il avait persécutés, et envisager, en finissant, les résultats positifs de ses efforts et de sa bonne volonté.

Ces résultats étaient presque tout de sentiment. Car ce qui restait de lui quand il disparut, ce n'était rien de ce que laisse un grand roi : une dynastie solidement assise ; une capitale judicieusement choisie et entourée de fortes murailles ; des frontières respectées et même élargies ; la religion prospère, grâce à l'appui du pouvoir ; un trésor rempli ; un commerce

actif ; une armée docile et bien équipée. Mais du moins, une conviction ferme restait en Israël, la conviction que, malgré le terrible désastre que l'on venait d'essuyer, et qui remettait tout en question, la royauté demeurait la seule chance de salut, et l'union des tribus le seul moyen de défense. La situation politique à la mort de Saûl pouvait bien être aussi sombre qu'à son avènement, les ennemis aussi pressants, Israël aussi désemparé ; on s'obstinait à croire qu'un roi, rassemblant toutes les forces, ferait disparaître ces misères.

Cette continuation de l'effort, cette reprise de Pœuvre de Saîil dans le sens qu'il avait suivi, et cela malgré son dernier échec, sont la meilleure preuve de l'impression profonde que lui et son règne laissaient dans les esprits. On le critiquait, mais on le suivait ; on le plaignait d'être sorti du bon chemin, mais on lui savait gré de s'y être le premier engagé résolument, de l'avoir ainsi montré et frayé à celui, quel qu'il dût être, qui était destiné à le remplacer. Son projet d'un royaume hébreu, ses plans pour le réaliser: lutte contre les Philistins, écrasement des Cananéens, échec aux entreprises des* peuples voisins, et tout cela grâce à l'union des tribus, restant plus que jamais fidèles à leur Dieu, lui survivaient comme un programme de la vie d'Israël. Son successeur n'aurait pas à faire autre chose que ce qu'il avait tenté. Il lui suffirait, pour devenir un grand roi, d'être l'artisan heureux de cette grande œuvre que Saul avait manquée.

Il restait à savoir qui serait celui-là. Car deux compétiteurs qui revendiquaient la couronne, l'un au nom de l'hérédité, l'autre au nom de Yahwè, se trouvaient en présence : c'étaient Ishbaal, fils de Saûl, et David.

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