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CHAPITRE VII

I. — David, roi de Juda, et Ishbaal, roi d'Israël : — David quitte Çiqlagh pour Hébron ; — les Judéens abandonnent la dynastie de Saiil, et prennent David pour roi ; — groupement des éléments hétérogènes de la tribu de Juda en un royaume. — Abner établit Ishbaal roi d'Israël à Mahanaïm, et restaure, malgré les Philistins, le royaume d'Israël.

II. — David, roi de Juda et d'Israël : — Rivalité des deux royaumes ; démarche sans effet de David à Yâbêsh ; — guerre intestine ; — Abner, trahissant Ishbaal, entre en pourparlers avec David ; — son voyage à Hébron ; — il est assassiné par Joab, et pleuré par David ; — les pourparlers continuent avec Israël. — Ishbaal est assassiné par ses chefs de bande, — et David pris pour roi par les Israélites.

III. — David libère son territoire des Philistins : — Les Philistins veulent se saisir de David ; — la guerre, — les hauts faits des Preux, — les batailles rangées ; — écrasement définitif des Philistins.

David a accompli les deux tâches de la royauté : union des tribus et libération du territoire.

Saùl, qui l'avait pourchassé, étant mort, et les Philistins, qui l'avaient accueilli, commençant à s'inquiéter de sa présence parmi eux, David se proposa de quitter Çiqlagh pour se rapprocher des Judéens, des Calébites et de ses autres amis du sud. Parmi eux, personne sans doute n'avait oublié tout à fait ses compagnons à la mine inquiétante, ni leur garde aussi sûre que peu discrète. Mais David, lui, n'était pas sans leur plaire. Sa modération, vertu si rare chez un chef de bande, avait frappé

Sources du chapitre VII: II Samuel, n-v, 5 ; 17-25 ; vin, 1 ; xxï, 15-22 ; xxm,8-23; I Chroniques, xi, 1-3 ; 10-25 ; XII> 23-4-; XIV, 8-16 î xvni, 1.

leur esprit et éveillé leur sympathie. Lié à Juda par le sang, il était devenu le parent et le concitoyen des autres par ses mariages avec deux femmes de leur pays. Ils lui savaient gré d'avoir eu la sagesse de s'éloigner d'eux, au lieu d'exercer des représailles faciles, lorsque quelques traîtres, lassés de lui et de sa bande, avaient essayé de le livrer au roi. Et comment tous ne lui seraientils pas demeurés reconnaissants des attentions qu'il leur avait prodiguées pendant son séjour en terre étrangère? A rencontre des calculs de son maître et seigneur, Akhish de Gath, il avait toujours respecté leurs champs et leurs troupeaux dans ses courses de maraude ; il leur avait même envoyé une part du butin pris aux Amalécites. Oui, tout transfuge qu'il fût, David s'était conduit comme un bon Hébreu fidèle à son peuple ; les Philistins avaient eu raison de se défier de lui et de le chasser de leur armée. L'aversion des uns s'était dissipée ; l'attachement des autres avait encore grandi : David pouvait rentrer.

Aussi, quand, sur une réponse favorable de l'oracle, qui donna l'entière assurance du succès, David reparut à la tête de sa bande, la plupart, sinon tous, se montrèrent heureux de lui faire fête.1 On le reçut dans Hébron, la métropole calibite. Il s'y installa avec son harem, où sa condition grandissante l'amena bientôt à introduire de nouvelles épouses : Maakhâ, fille de Talïnay, roi de Geshour2, Haggith, Abital, Églâ, sans parler des

1. La consultation des sorts sacrés avant l'entrée à Hébron n'implique pas que David y pénétra les armes à la main. Les attentions qu'il avait eues pour les habitants de la contrée devaient suffire à lui assurer un retour pacifique ; et, d'autre part, les sorts n'étaient pas interrogés seulement avant les batailles mais aussi à l'occasion de décisions graves à prendre, comme dans I Samuel, xxn, 10-14 (fuite de David), xxm, 9-12 (David quitte Qeïlâ).

2. On a vu ci-dessus, p. 119, n. 3, qu'il y avait un pays de Geshour dans les régions au sud de Juda, et qu'il en existait un autre, peuplé d'Araméens, dans la région du haut Jourdain. C'est de celui-ci qu'il doit s'agir ici. II Samuel, xv, 8, place expressément en Aram le Geshour où Absalom se réfugie après son meurtre ; ibid., xiii, 37, du moins d'après les lectures, assez déformées d'ailleurs, des textes grecs B, A, L, précise que le même Geshour est « dans le pays de Maakhâ » (sur la localisation de ce pays, voir ci-dessus, p. 19 n. ). Ces indications sont assez nettes pour qu'on puisse penser qu'il s'agit bien ici du Geshour du nord.

On leur adjoint parfois, du moins à titre d'indications, le fait que « Maakhâ », nom d'un pays araméen, est aussi le nom de la mère d' Absalom, et que Talmay, père de cette femme, porte un nom de forme araméenne. Il y faudrait ajouter, dans le même sens, le nom du père de Talmay. Dans le hethîbh de II Samuel xv, 8, il se nomme 'Ammihour. On corrige couramment ce nom en 'Ammihoud nom bien hébreu (voir les dictionnaires), d'après le qerê, les versions et plusieurs manuscrits hébreux. Mais 'Ammihour serait sans doute préférable, s'il n'est pas

femmes de second rang. Six fils lui naquirent à Hébron, parmi lesquels Amnon, son aîné, fils d'Ahinoam de Yizreël, Absalom, fils de Maakhâ, et Adonias, fils de Haggith, tiendront dans cette histoire un rôle des plus tragiques1. Quant à ses turbulents aventuriers, qui, à son exemple, avaient pris femme dans la région, ils se logèrent avec leurs familles dans les divers quartiers, assez espacés les uns des autres, dont l'ensemble, comme aujourd'hui encore, formait alors Hébron2. Sans trop se mêler ni trop s'opposer à la population indigène, ils demeuraient sous les ordres de David, prêts à répondre, cdrrime par le passé, à ses appels pour la razzia ou la grande guerre.

fortuit que l'on trouve un« Hourou, fils de Talmay », dans une inscription nabatéenne d'el-'Ela, n° 315 de Jaussen et Savignac, Mission archéologique en Arabie, t. II p. 215. Ce même nom de jdSd, « Talmay », se trouve également dans les inscriptions lihyanites 45, 54, 75, 77, du même ouvrage, et Tin, mn, mn, pin, « Hour », ou formes voisines, se retrouve, en hébreu il est vrai, mais aussi dans divers dialectes araméens, ef. ibid., lexique, p. 668, col. r, et Lidzparski, Handbuch der Nordsemitischen Epigraphik, p. 271. — Toutefois, à rencontre de ce que l'on peut déduire des noms de personnes, il faut observer qu'une Maakhâ apparaît comme concubine de Caleb, du sud de Juda, dans I Chroniques, 11, 48, et surtout, à propos de Talmay, que les noms en ay ne sont pas rares parmi les noms de Judéens cités dans les généalogies de I Chroniques, 11 : Yishay (Jessé), 12 ;. Radday, 14; Abhshay (= Abishay), 16; Shammay, 28; Ahlay, 31; 'Attay, 35' Sismay, 40 ; Yahday, 47. En outre, ce nom de Talmay, et un nom voisin de forme' Shêshay, étaient portés par des Anaqim, population primitive d'Hébron, Nombres, xiii, 22 ; Josué, xv, 14 ; Juges, 1, 10. Il est donc difficile de préciser si « Talmay » présente une forme araméenne ou nord-arabe ; les deux hypothèses seraient possibles puisqu'en somme il n'est, étymologiquement, qu'un nom commun, « frère jumeau ».

Malgré la valeur incertaine de l'argument tiré du nom de Talmay, les rapports de David avec le Geshour araméen demeurent, en raison des autres arguments proposés ci-dessus, des plus vraisemblables. On en pourrait, enfin, tirer encore deux autres indices de nature à les appuyer, l'un, des relations de Juda avec les régions du Galaad septentrional, voir, ci-dessus, p. 69, n. 1., l'autre, du vœu, réel ou prétendu, d' Absalom d'aller en pèlerinage à Hébron, II Samuel, xv, 7-9. Comment aurait-il pu jouer de ce vœu fait à Geshour, s'il s'agissait du Geshour méridional? Son père lui aurait répondu qu'il n'aurait eu qu'à exécuter sa promesse en rentrant de là à Jérusalem, Hébron se trouvant sur sa route.

1. Ses trois autres fils nés à Hébron sont nommés par II Samuel, ni, 3-5. Le 2e, fils d'Abigaïl, est nommé différemment dans les divers textes : Kileabh, par l'hébreu, AaXooià par les Septante, 'Aêîa par Aquila, Symmaque, Théodotion, dans Samuel ; Damiel, par l'hébreu, AafxviqX par B, AaXooca par A et L, de I Chroniques, ni, 1. Klostermann a suggéré de retrouver le vrai nom dans une forme Dôdiyyâ, représentée par le grec AaXooià, avec mauvaise lecture d'un À majuscule pour un A, et par la forme voisine de Chroniques, Daniel pour Dôdiêl, équivalent avec El du nom avec Yâ. Cette conjecture est assez séduisante. Le 5e fils, né d'Abital, se nommait Shephatyâ ; le 6e, fils d'Èglâ, Yitream. Ces trois fils de David ne reparaissent pas au cours de son histoire.

2. Sur Hébron, voir les intéressants détails groupés par Legendre, Hébron Dictionnaire de la Bible, t. ni, coll. 554-562.

De cfyef incontesté David ne pouvait tarder à devenir un véritable rpi. Saûl, autant que nous sachions, était le premier Hébreu qui eût exercé dans cette région écartée un peu plus qu'un semblant d'autorité. Il y avait rendu aux habitants de nombreux et appréciables services : il avait délogé les Philistins, harcelé la bande de David, écrasé les Amalécites pillards ; la stèle dressée par lui à Carmel portait témoignage de son intervention et de son autorité assez; loin dans le sud. De tout cela on lui avait su gré. On ne s'était même pas montré trop froid à ses avances en vue d'opérer un rapprochement effectif de tous les Hébreux et de leurs alliés ; des Judéens avaient dès lors vécu dans l'entourage du roi Israélite et combattu sous ses ordres1 ; on inclinait lentement à graviter vers Israël qui attirait à lui conime un centre d'une organisation plus avancée. Mais Saûl, l'initiateur de cette œuvre d'union, venait de disparaître dans une déroute lamentable. Sa dynastie, déjà peu sympathique dans le sud à cause de son caractère trop étroitement benjaminite2, n'était plus représentée que par un rejeton insignifiant et incapable3. Sauraitelle se rendre utile comme son fondateur? pourrait -elle s'imposer comme lui? On ne le crut pas, et, ne se sentant déjà plus tenu à la reconnaissance ni à la soumission, on ne manifesta aucun empressement à se mettre sous le joug d'un maître presque inconnu. Cet Ishbaal, d'ailleurs, régnait à peine. Les Philistins occupaient une grande partie de son territoire ; il lui faudra attendre cinq ans avant de le recouvrer tout entier ; il n'était, vraiment, roi que de nom 4. Puisque Juda voulait un roi tout de suite, il n'irait pas chercher cet Israélite sur son trône branlant ; il avait mieux chez lui. David, le favori de Yahwè, le Judéen

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