‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 62 sur 137 · A ce sujet voir, ci-dessus, p. 76, n · texte numérisé non relu

A ce sujet voir, ci-dessus, p. 76, n

2. Cf. I Samuel, xxv, 30 (Abigatl) ; II Samuel, m, 9, 18 (Abner) ; v, 2 (les tribus israélites). Ce dernier passage, qui se réfère à la décision des Israélites de prendre David pour roi, est le seul vraiment explicite sur les paroles divines annonçant la royauté future de David.

3. On pourrait tout au moins supposer que des passages comme II Samuel m 18 ; v, 2, où l'on a Yahwè a dit... » viseraient réellement des réponses obtenues par le moyen de l'éphod. De même la consultation donnée à David par Ahimélék, le piètre de N'ôb (I Samuel, xxn, 10, 13), et qui irrita si fort Saiïl, pourrait avoir

connu Samuel, et les yahwéistes fervents, qui s'étaient détachés de Saul à la suite du vieux prophète, devaient soutenir, recommander, pousser de tout leur zèle entreprenant celui qui était l'élu de leur foi et de leur cœur.

Ainsi appuyé sur son Dieu et sur ses partisans, David, bien décidé à réussir dans ses justes revendications, ne tarda pas à faire jouer tous ses moyens. On le vit employer, tour à tour, les démarches prévenantes, les interventions à main aimée, les intrigues savamment conduites. Mais, mieux encore, il sut profiter des coups que la Providence, toujours attentive à son égard, semblait frapper tout exprès pour avancer sa fortune.

Son rival trouvait l'un de ses plus fermes soutiens dans la fidélité des Galaadites â sa maison. Ceux de Yâbêsh, en particulier, alliés à Benjamin, par d'antiques liens de parenté, que les liens de la reconnaissance pour Saûl, leur libérateur, avaient encore raffermis, venaient de donner une belle preuve de leur loyalisme en risquant leur vie pour soustraire à la honte du pilori les cadavres du roi et de ses fils. Aussi Abner, à l'heure de la débâcle, avait -il cherché près d'eux une retraite sûre pour l'infortuné Ishbaal, dont les Philistins venaient de ravir et occupaient encore presque tout le royaume. David n'hésita pourtant point à essayer de les attirer à sa cause. En héritier reconnaissant et empressé, il leur adressa ses remerciements pour leur pieuse attention envers Saul mort . Il leur promettait aussi de les protéger tout comme eût fait le défunt roi, son prédécesseur, et, à ce propos, il leur annonçait, pour finir, que les Judéens venaient de l'oindre pour leur roi et de reconnaître son autorité1. L'invitation à agir de même était transparente. La réponse des Yâbéshites ne fut pas telle que l'attendait le solliciteur insinuant : le Galaad refusa de se ranger sous le joug de la nouvelle dynas*-

cu quelque rapport avec la royauté future du fils de Jessé. Mais, en Israël tout au moins, comme on va le constater, on ne saisissait la portée et la valeur des décisions de Yahwè que sous la pression des circonstances. Ajoutons que, dans sa vie errante, David ayant l'éphod d'Abyatar à sa disposition, pouvait sans doute l'interroger sur ce point.

i. II Samuel, n, 4 b-7. Chronologiquement cet épisode suivit l?élévation de David au trône de Juda.

tie ; il restera d'abord le centre du royaume d'Israël reconstitué.

L'ancienne dynastie gardait donc ses partisans. La rivalité politique, rendue encore plus âpre par les vieilles antipathies de tribus, jeta l'une contre l'autre les deux fractions du pays, et les poussa à s'en remettre aux armes du soin de trancher leur difiérent. C'était la guerre civile. Les mauvais jours de la période des Juges allaient recommencer. A notre connaissance, il ne se livra point de grande bataille rangée ; mais, dès que des partisans des deux royaumes ennemis se trouvaient en présence, ils arrivaient vite à s'exciter, puis en venaient aux mains. Ces rixes éclataient surtout vers la frontière commune, dans le voisinage de Gabaon, sur les collines de Benjamin, qui demeurait fidèle au roi sorti de son sein. Parfois elles entraînaient des mêlées un peu plus sérieuses, où quelques vingtaines d'hommes restaient nur le terrain ; tels sont les deuX engagements dont le souvenir sous a été transmis.

Abner, à la tête d'une troupe de Benjaminites, s'était heurté, près du réservoir de Gabaon,1 à une bande de Judéenssous les ordres de Joab, l'un des trois fils de Çerouyâ, sœur de David.2 Amour des prouesses ou désir de réduire la rencontre à un simple combat singulier, ils convinrent d'exécuter une sorte de tournoi ou de danse du glaive. Douze jeunes guerriers de chaque parti devaient y lutter ensemble. Mais l'animosité réciproque était si violente que le jeu eut vite dégénéré. Les champions se saisissant l'un l'autre la tête, s'enfoncèrent mutuellement leur glaive

1. Le réservoir de Gabaon est. aussi mentionné par Jérèmie, xli, 12

2. D'après I Chroniques, n, 16, David eut deux sœurs, Çerouyâ ou Sarvia et Abigaïl. Çerouyâ avait trois fils : Abishay, Joab et Azaël, dont les deux premiers, et Joab surtout, occupèrent une place importante parmi les « serviteurs » et les partisans de David leur oncle. Comme celui-ci était le plus jeune des enfants de Jessé, il pourrait n'y avoir eu qu'un écart d'âge assez peu notable entre lui et ses neveux, ce qui expliquerait, pour une part, l'attitude souvent impérieuse de Joab à son égard. Détail assez curieux, ces trois hommes sont toujours nommés « fils de Çerouyâ », c'est-à-dire d'après le nom de leur mère et non d'après celui de leur père, comme c'était la règle ; ils sont nommés ainsi une vingtaine de fois. Cette anomalie ne peut guère s'expliquer, ce qui ouvre le champ aux hypothèses : on aurait agi ainsi par honneur pour la qualité de cette femme, sœur du roi David ; ou bien elle avait été veuve de très bonne heure ; ou encore, ce serait là un vertige de matriarcat ; ou enfin ce père aurait été un étranger, comme le mari d'Abigaïl, qui était Tsmaélite (ibid. 17,), et Çerouyâ l'aurait peut-être épousé sous un régime matrimonial où les fils étaient considérés comme appartenant plus à la mère qu'au père. Josèphe savait que cet homme se nommait Souri, Antiquiiatcs judaicae, vu, 1, 3.

dans le flanc. Longtemps après, le lieu du combat en conservait encore le nom de « Champ des Flancs».1

Peut-être à la suite de cette joute sanguinaire, plus vraisemblablement en une autre circonstance, se produisit, à peu près dans la même région, une nouvelle rencontre, dont un simple épisode devait avoir pour Abner les plus graves conséquences.

Il y avait là les trois fils de Çerouyâ, Joab, Abishay et Azaël. Or Azaël, aux pieds agiles comme une gazelle sauvage, se mit aux trousses d' Abner, sans se détourner ni à droite ni à gauche, de derrière lui. Abner, s'étant retourné dit :

— Est-ce toi, Azaël?

— Oui, dit-il

— Détourne-toi à ta droite ou à ta gauche, lui dit Abner ; saisis-toi de l'un des jeunes gens, et prends pour toi ses dépouilles.

Mais Azaël ne voulut point s'écarter de derrière lui, et Abner redit à Azaël :

— Ecarte-toi de derrière moi. Pourquoi te jetterais-je mort à terre? Con> ment alors leverais-je mon visage vers Joab, ton frère?

Mais comme Azaël s'obstina à ne point s'écarter, Abner le frappa au ventre avec le pied de sa lance ; et la lance lui sortit par derrière a. Il tomba à cet endroit, et mourut sur place. Tous ceux qui arrivaient à l'endroit où Azaël était tombé et était mort, s'arrêtaient. Mais Joab et Abishay se mirent aux trousses d'Abner \

L'heure de la vendetta n'était pas encore venue pour Abner. Les Benjaminites se rallièrent autour de lui et, au coucher du soleil, occupèrent le sommet d'une colline, assez proche, semble-

i. Du moins d'après la conjecture d'Ehrlich et de Budde, qui lisent D^Fn, kaççiddim, a des Flancs », en conformité avec ce qui précède, au lieu de nniîl, haççûrim « des Rochers », ce qui n'a plus le rapport étymologique que semble vouloir indiquer le contexte de II Samuel, n, 16. La conjecture de Smith, nnsn, h-aç.çârim, « des Adversaires », pourrait être aussi retenue.

2. Qu' Abner ait pu tuer Azaël d'un coup du pied de sa lance donné par derrière et que, en conséquence, il n'y ait pas lieu de corriger le texte de II Samuel, n, 23, c'est ce que l'on pourrait conclure d'un détail fourni par une stèle de Tell El-Amarna, conservée à Berlin, reproduite et expliquée dans Zeitschrift fur Agyptische Sprache, t. XXVI, 1896, pp. 126 et suiv., et commentée par W. M. MUller dans Orienté' listiche LUeraturzeiiung, t. II, coll. 217 à 219 ; t. III, col. 30*, 307. Elle représente un soldat, apparemment un Bédouin, en compagnie d'une Egyptienne et près d'un vase où il boit. Tandis que la pointe de sa lance est colorée en rouge, indiquant du cuivre, et la hampe en jaune clair, indiquant du bois, le pied l'est en noir, qui indique une matière dure et pénétrante puisque la lance est fichue en terre. W. M. Miiller hésite toutefois à voir dans cette partie noire une partie de fer, parce que le fer est ordinairement représenté en bleu, et qu'il seriit étrange qu'on eût employé du cuivre moins dur à la pointe et du fer plus dur au pied. En tout cas une pareille arme pouvait être meurtrière par ses deux extrémités.

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