II Samuel, u, 18-24 a
DAVÏD ROI DE JUDA ET D'ISRAËL Ijj
t-il, de Gabaon. 1. Tous, poursuivis et poursuivants, étaient exténués. Abner, que navrait cette odieuse guerre civile, proposa un armistice, et Joab, l'accordant avec empressement, fit sonner sans délai la fin du combat. Les deux troupes rejoignirent aussitôt les capitales. Abner suivit le Ghôr pendant toute la nuit, traversa le Jourdain et, au milieu du jour, arriva à Mahanaïm8. Joab, après s'être arrêté à Bethléem pour déposer le cadavre de son frère Azaël dans le tombeau de leur père, marcha la nuit entière et atteignit Hébron quand pointait l'aurore8.
Réduite à ces escarmouches, la guerre aurait pu se prolonger longtemps sans amener de résultat décisif. Si l'on se chamaillait, si l'on s'entr'égorgeait même le cas échéant, on savait, par contre, fraterniser au moment voulu. Aussi tous attendaient-ils quelque événement imprévu qui mît fin à cette interminable rivalité. Ce fut Abner qui décida du sens que devait prendre la suite de la querelle.
Abner était un politique trop avisé pour caresser longtemps l'espérance de voir triompher son faible maître. Peut-être avaitil déjà songé à profiter pour son compte personnel de l'inextricable situation, lorsqu'un incident, insignifiant en apparence, le jeta décidément dans le parti de David. Il avait noué des relations avec une certaine Rispâ, fille d'Ayyâ, jadis épouse de second rang dans le harem de Saul. Qu'il eût ainsi projeté de s'acquérir certains droits à la succession de Saûl, ce n'est pas invrai-
i. II Samuel,u, 24, renferme la mention d'une t colline d'Ammâ », que Théodotioa et la Vulgate interprètent en « colline de 1* Aqueduc », bien que Ammâ n'ait pas l'article en hébreu ; suit une autre précision topographique dont l'on ne tire rien de sûr, même en remaniant le texte.
2 II Samuel, 11, 29. Ce verset renferme un mot, qui ne se trouve qu'ici et dont le sens n'est pas certain : « ils allèrent tout le bithrôn». La plupart des exégètes, malgré la singularité de la construction, le considèrent comme un nom de lieu et y voient la mention d'un « ravin » ou d'une 0 gorge » étroite, d'ailleurs bien localisée, puisque ce nom est précédé de l'article ; mais la localisation ne se peut préciser. W. R. Arnold (voir Driver, loc. cit., p. 245) considère, au contraire, ce nom comme un nom de temps, et, le rattachant à la racine nro, BTR, t couper en deux », y voit la signification de « moitié du jour, matinée » ; Cette interprétation est d'autant plus séduisante qu'au verset 32 on a la même construction : c ils allèrent toute la nuit » : voir aussi II Samuel, iv, 7.
3. Ce simple détail sur la mise au tombeau d' Azaël à Bethléem renferme un, argument très fort en faveur de la donnée traditionnelle sur l'origine bethléémite de la famille de David, et contre la thèse de certains critiques, Winckler, Marquart, Cheyne, qui veulent, au contraire, placer dans le Négéb le berceau de cette famille et font de David un Calébite.
semblable1. En tout cas, Ishbaal, à qui ces manoeuvres au moins louches n'avaient point échappé, lui en fit l'observation. Mais Abner le prit de très haut. Feignant d'être froissé par l'impertance faussement attribuée, selon lui, à cette futile affaire, il reprocha au roi son ingratitude, et lui signifia, en termes catégoriques, qu'il allait travailler incontinent à la réalisation des promesses faites par Yahwè à David au sujet de la royauté. Ce pieux empressement, qu'inspirait la colère, était bien un peu tardif. Il ne laissa pas d'être fort apprécié de David, qui put enfin engager des pourparlers plus ou moins mystérieux avec Abner et, grâce à la propagande décidée de celui-ci, avec certains cheikhs d'Israël et même de Benjamin2.
Mais afin de mesurer au juste la sincérité et l'ascendant d 'Abner aussi bien que pour effacer un outrage et pour rentrer dans les droits que lui conférait sur le royaume du nord sa qualité de gendre de Saul, David exigea, avant de conclure les pourparlers engagés, qu'Ishbaal consentît à lui rendre sa femme Mîkhal. Abner s'ingénia pour faire agréer de scn pupille ce rapprochement si désavantageux pour le roi d'Israël et si profitable pour 3e roi de Juda. Il y réussit. Mîkhal fut reprise à son second mari, Paltiel. Celui-ci la conduisit, marchant derrièie elle et pleurant jusqu'à la ville de Bahourim, non loin de Jérusalem3. Abner la reçut de ses mains et le renvoya. Puis accompagné d'une vingtaine d'hommes, il se mit en marche vers Hébron, où il s'était fait donner mission de la mener. Ishbaal était joué magistralement.
David ne se sentait pas dégagé de toute obligation relative à
1. II Samuel, m, 7 et suiv. Le harem d'un roi constituant l'un de ses biens le plus personnels, et, au surplus, témoignant de sa puissance par le nombre des épouses qui y étaient réunies, essayer de s'y créer quelque relation avait souvent l'air de viser au pouvoir. (Cf. I Rots, i, u, Adonias et la Shunamite). Le successeur d'un roi avait un droit, droit de préférence tout au moins, sur le harem de son prédécesseur. On sait que David n'hérita ,pas seulement de la couronne de Saul, mais aussi de ses femmes (II Samuel, xïn, 8). Absalom révolté contre David consomme sa rébellion en prenant publiquement possession des femmes de second rang laissées par son père à Jérusalem (II Samuel xvi, 22).