DAVID S'EMPARE DE SION ET ORGANISE JÉRUSALEM
D'antiques murailles de pierre, plus d'une fois consolidées et remaniées, couronnaient le plateau arrondi en dos d'âne. Le long du bord qui domine le vallon central, le mur surmontait la roche taillée verticalement, ou en comblait les interstices de ses blocs appareillés1. Sur le bord oriental du Cédron, il était précédé d'un avant -mur qui abritait un chemin de ronde, et protégé en outre par trois ou quatre lignes non continues de bastions en gradins, aménagés sur le rocher ou sur un béton, et épaulant des glacis inclinés. A la pointe du sud, il projetait des tours puissantes, qui formaient tenailles autour d'une porte ouverte sur un escalier taillé dans le roc. Au nord, soutenu par un glacis, il semble avoir coupé la colline le long de la dépression transversale, et aurait ainsi été séparé par elle de ce renflement appelé Ophel, que chevauche aujourd'hui la muraille méridionale du Haram ech-Chérif2. Sion, enfin, la citadelle, profilait
p. 73, n. 1) ; or, on doit au contraire descendre de la colline occidentale pour aller au temple ; — 30 le circuit de Néhèmie (III, 1-32 ; xn, 31-40) est inexplicable si l'on place Ville-David, c'est-à-dire Sion, sur la colline de l'ouest. Ajoutons que, jusqu'à l'instant, les fouilles sont toutes favorables à la thèse de Sion, citadelle de la petite colline ; en comparaison de cette dernière, le « Mont-Sion », dans ses portions fouillées, s'est montré peu prodigue de grands vestiges cananéens.
1. Cf. Weill, La Cité de David, p. 126, et les segments marqués v sur le plan au 1 /1000e. Ces vestiges de fortifications ne sont visibles que sur les 150 mètres au nord du réservoir de Siloé ; plus haut, le Tyropœon est profondément envahi par les décombres, qui masquent en même temps la face intérieure de la colline. Voir aussi Bliss, Excavations at Jérusalem, pp. 173-177 et pi. XVII. D'après ce dernier ouvrage, sept sondages, opérés sur une longueur de 725 pieds, n'ont pas livré trace de mur ; mais le rocher est ,en plusieurs endroits, taillé en escarpe et creusé de citernes. On comprend que, la ville s'étant agrandie et fortifiée sur la colline occidentale, toute cette face intérieure n'avait plus besoin de ses ouvrages, et aurait été démantelée, puis remaniée pour les besoins des habitants. Un escalier descendant au réservoir a été en partie dégagé à l'extrémité sud ; Bliss, ibid., pp. 176, 177.
2. Les tronçons d'ouvrages découverts sur la face est sont assez nombreux et importants pour permettre de suivre ou de deviner le tracé du mur. Ce sont, à partir de i 'angle sud-est du Haram : i° 213 mètres du mur d'Ophel, avec saillants et avant-mur, découverts par Warren, première description dans The Recovery of Jérusalem, 1871, pp. 202-302 ; voir aussi Vincent, Jérusalem, t. I, pp. 191-193, pi. XIX ; dans Revue Biblique, 1924, p. 184, fig. 7, ce mur est indiqué comme israélite ; 2° deux tronçons parallèles, mission Parker, 1909-1911 ; Vincent, Les récentes Fouilles d'Ophel, Revue Biblique, 1912, p. 442, fig. 13, p. 546; 30 deux fragments visibles ; 40 fragment de Guthe, Ausgrabungen bei Jérusalem; planche VIII ; 5° deux fragments visibles; 6° section de Clermont-Ganneau, 1871, Archeological Researches, t. I, pp. 296 et suiv. ; 70 section de Weill, 20 mètres avec cinq lignes de bastions en gradins, La Cité de David, pp. 108-114 ; cf. Vincent, La Cité de David, Revue Biblique, 1921, pp. 550 et suiv. ; 8° fragment K de Guthe, loc. cit. ; 90 fortifications de la pointe méridionale, Guthe, loc. cit.; Bliss, loc. cit., pp. 103-114, pi. xiii ; Weill, lac. cit., pp. 118-125 ; cf. Vincent, loc. cit., 1921, pp. 542-548.
quelque part au-dessus de cette forte enceinte ses ouvrages encore plus robustes et plus arrogants 1.
David n'eut -il pas un moment de doute et d'inquiétude lorsque, à la tête de ses hommes, il arriva en vue de cette place solide et bien protégée? S'il avait déjà souvent guerroyé en rase campagne, jamais encore, que nous sachions, il n'avait tenté le siège d'une ville retranchée. Ici, pourtant, il devait réussir. Mais sur ce haut fait, qui ouvrit l'incomparable carrière de Jérusalem, nous scmmes insuffisamment renseignés. 2. Seuls quel-
i. La signification étymologique du nom de ti-ix, çiyyôn, « Sion », est incertaine. La plus probable pourrait être celle qui rattacherait ce nom à une racine ÇWN, qui n'est pas usitée en hébreu, mais qu'on retrouve en arabe, çâna « garder », çawwana, « entourer d'un mur, enclore », et en éthiopien, taçawwana, « se réfugier vers », çawan, « lieu de refuge, forteresse ». L'hébreu çiyyôn se rattacherait à une racine ÇYN, voisine de ÇWN, et représenterait une forme intensive avec le sens de « lieu fortifié » ou de « lieu entouré d'un mur ». Cette dérivation est d'autant plus séduisante qu'on en retrouve deux autres exemples, dans le nom d'un autre ouvrage de Jérusalem, le millô ('), et dans le nom du çinnôr. D'autres préféreraient rattacher le nom de Sion à un verbe hébreu hypothétique çâyâ, à l'arabe çawâ ou à l'araméen, çewâ, « être desséché ». L'araméen çehâ, « avoir soif », a été aussi proposé.
Sion est qualifiée par le terme de meçiïdhâ, proprement « lieu d'affût pour la chasse » ; de là est dérivé le sens de « lieu fort (naturel ou artificiel), forteresse, citadelle », qui convient à Sion, et lui est donné dans II Samuel, v, 7, 9, ou I Chroniques, xi, 5 (7, meçâdh). Originairement Sion n'était donc qu'un ouvrage de la ville de Jérusalem, et les deux dénominations « Sion » et « Jérusalem » n'étaient pas synonymes. Mais, comme l'appellation de Sion fut remplacée par celle de « Ville- David », « Sion », perdit de sa précision primitive et, dans le langage poétique, notamment, s'appliqua à toute la colline dont la citadelle n'occupait qu'une partie, à toute la ville de Jérusalem, et, avec un sens mystique, à la communauté des fidèles de l'ancienne loi et même de la nouvelle ; voir Legendre, Sien, Dicticnnaire de la Bible, t. V, col. 1788. Sur la situation de Sion, voir, ci-dessous, p. 180, n. 1.
2. Les textes relatifs à la prise de Jérusalem, ou plutôt de Sion, sont II Samuel, v, 6-9 et I Chroniques, xi, 4-8.
Le texte de Samuel est très obscur ; on en peut dégager les détails suivants : i° C'est avec « ses hommes » que David marche sur Jérusalem, c'est-à-dire avec ses compagnons judéens, et non avec une grande armée. 20 L'intérêt du rédacteur est à peu près concentré sur un propos moqueur des Jébuséens, qui semble vouloir dire que « les aveugles et les boiteux » suffiraient à défendre la place ; ces deux mots, « aveugle et boiteux », se retrouvent ainsi accolés dans Lévitique, xxi, 18 ; Deutéronome, xv, 21 ; Jérémie, xxxi, 8 ; ils devaient donc former une expression assez usuelle, peut-être même proverbiale (cf. I Samuel, xxi, 16 « ce détraqué entrera-t-il dans ma maison ? ») et, comme, dans ces trois derniers passages, ils semblent appartenir au langage sacerdotal, il y a lieu de penser que, dans II Samuel, v, 8, il s'agirait du « temple » où « n'entreront ni aveugle ni boiteux » ; c'est du reste ainsi que l'ont entendu le grec et la Vulgate. 30 David s'empare de « la citadelle de Sion », de laquelle il va être parlé un peu plus loin. 40 II avait promis une récompense à « quiconque (*:3, Ml, « tout homme qui, tous ceux qui », ne peut pas viser un seul individu ; dans ce cas l'hébreu dirait -\xj&, comme dans Josué, xv, 16) frapperait un Jébuséen et toucherait le çinnôr... ». Mais la phrase, d'ailleurs bizarre, est incomplète, car la « récompense » n'est pas même nommée, si ce n'est par la Vulgate qui ajoute « praemium », et qui, du reste, semble interpréter tout ce verset 8, mais