‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 69 sur 137 · DAVID S'EMPARE DE SION ET ORGANISE JÉRUSALEM I · texte numérisé non relu

DAVID S'EMPARE DE SION ET ORGANISE JÉRUSALEM I

ques rares détails clairs, d'ailleurs transmis dans deux textes en assez mauvais état, ont survécu à l'oubli. D'abord, l'accueil moqueur des Jébuséens, qui, du haut de leurs murs infranchissables, saluèrent David par des lazzi. « Tu n'entreras pas ici, lui criaient -ils ; les aveugles et les boiteux suffisent pour te repousser ». Puis l'obstination de David, qui, piqué par ce défi, stimule ses gens en promettant le titre de prince et de chef à tous ceux qui abattraient les premiers un Jébuséen. Enfin la prise de Sion, la citadelle, dont la chute aux mains des assaillants, entraîna sans doute, quoiqu'il n'en soit pas question, la reddition de Jérusalem tout entière.

Le fait que ce fut précisément l'ouvrage le plus solide de Jérusalem qui tomba le premier, suggère l'hypothèse que David s'en empara par un heureux stratagème, comme cela arriva si souvent pour la chute de ces grandes villes antiques, dont les fortifications puissantes se riaient de l'assiégeant dépourvu de moyens propres à les entamer. Or, il y a dans l'un des textes à notre disposition, un mot perdu au milieu des autres incohérences, qui pourrait peut-être, au gré d'une hypothèse soutenue par plusieurs archéologues, fournir l'explication cherchée pour cette énigme. C'est le mot çinnôr, mot très rare, puisqu'il n'apparaît qu'une fois encore seulement dans la Bible, et qui signifie probablement «canal» ou «rigole».1 Ne serait-ce

peut-être avec justesse. 50 Enfin le texte signale le proverbe : « Ni aveugle ni boiteux n'entreront dans la maison » ( = le temple ?).

Le texte de I Chroniques, xi, 4-7, reproduit en partie seulement celui de Samuel ; il y manque le dicton sur les aveugles et les boiteux, ainsi que la mention du çinnôr. On y trouve les détails propres suivants : i° « Tout Israël » marche avec David contre Jérusalem, ou tjébus». 2° Le verset 6 précise que « quiconque frappera un Jébuséen le premier, deviendra prince et chef, et Joab, fils de Çerouyâ, monta le premier, et il devint prince ».

Il est malaisé de préciser le rapport de ces deux textes si différents, sauf en cr qui concerne le fait de la prise de Sion. Le texte de Samuel était-il déjà si obscur pour le Chroniqueur qu'il l'aurait éclairci en en supprimant radicalement les difficultés ? D'où a-t-il tiré le renseignement qu'il donne seul sur la prouesse de Joab ? d'un texte de Samuel différent du nôtre, ou d'une source que vous ne connaissons pas ? A-t-il supprimé le çinnôr parce qu'il ne comprenait pas le sens de ce mot, ou, s'il le connaissait, parce qu'il ne voyait pas la raison de son emploi ici ? Questions auxquelles on ne saurait répondre. Aussi, étant donné le peu de rapport du texte de Samuel et celui de Chroniques, serait-il prudent de ne pas corriger l'un par l'autre.

1. II Samuel, v, 8. Dans ce contexte, çinnôr était assez incertain de sens pour que les traductions l'eussent rendu différemment ; les Septante par irocpaijicpfôt, « poignard » ; Aquila par xpoovi<7[JUj!>, « petite source » ; Symmaque par eTcaXÇecoç, « créneau » ; la Vulgate par « domatum fistulas », et l'on ne peut dire que des

point en utilisant un canal qui, de l'extérieur, pénétrait à l'intérieur des murs, que quelque Hébreu se serait glissé jusque dans Sion?

Les fouilles récentes opérées sur la colline orientale de Jérusalem ont mis au jour deux canaux qui, s'amorçant dans la cavité agrandie de la source de Gihon, permettaient aux habitants d'en utiliser l'eau sans être obligés de sortir des murs.

L'un, le plus ancien peut-être et vraisemblablement de travail cananéen, s'avance d'une vingtaine de mètres dans les entrailles de la colline ; l'eau y reflue grâce à un mur faisant digue de retenue au débouché de la source. Sur son extrémité s'ouvre un puits vertical de treize mètres, du haut duquel on tirait l'eau du canal à l'aide d'une corde et d'un récipient. A l'orifice supérieur de ce puits passe un tunnel, qui, après un parcours ascendant et coudé long de quarante-trois mètres, a gagné douze mètres d'élévation dans l'intérieur de la colline, et qui, ensuite, devait se diriger, par une pente et des escaliers, directement vers la surface du sol, à l'intérieur des murs.1

traductions aussi divergentes supposent d'autres lectures que l'unique çinnor du texte hébreu. Le mot çinnor ne reparaît dans la Bible qu'à Psaumes, xlii (Vulgate> xli), 8, où les Septante et la Vulgate l'ont rendu par « cataractes », Symmaque, par xtoouvoi, « sources, fontaines ». Le contexte, qui parle des abîmes de la mer (tehôm), de brisants, de flots, impliquerait moins le sens de cataractes tombées du ciel que celui d'eaux marines ou terrestres qui s'agitent ou coulent avec fracas (« au bruit de tes çinnor s »), par exemple dans les anses rocheuses de la mer et dans les gorges des montagnes. Cette incertitude du sens de çinnor dans les deux seuls passages où il apparaît est en grande partie dissipée d'abord par le sens du mot rrnruîr, çanterôth Zacharie, iv, 12), qui, dérivé de la même racine que çxnnôr, désigne ici des « tubes » ou des « entonnoirs » par où l'on fait couler, — puis par le sens de çinnor, çinnôrd, en néohébreu « 1, canal, rigole, conduit ; 2, jet d'eau », Dalman, Aramâisch-neuhebrâisches Wôrterbuch. Ainsi, bien que le sens de « cataracte » ne soit pas absolument écarté par ces indications, celui de « conduit pour l'eau », de « canal, rigole », paraît suffisamment attesté. Mais celui de « passage pour aller à l'eau» ne l'est pas dans l'état de nos connaissances, puisqu'il ne convient nullement à l'unique cas à peu près clair sur les deux cas, où il est employé ; aussi c'est trop étendre la signification, d'ailleurs simplement très probable, de « canal », que d'appeler çinnor les passages ou tunnels conduisant à l'eau, découverts dans plusieurs villes antiques, notamment à Jérusalem, Gézer, Gabaon, Yibleam, Rabbath-Ammôn, pour ne parler que des pays palestiniens ; cf. Vincent, Jérusalem, t. I, p. 146-161.

Déjà Théodoret rapporte l'opinion d'un Hébreu, qui, opposant la leçon d'Aquila à celle des Septante, explique que David or onna à ses troupes de pénétrer dans la ville 8ea tou oÀxoo toû uèaxo^ , par l'endroit « où l'on tirait l'eau », Quastiones in II Regnorum ; Patrologia Graeca, t. LXXX, col. 608.

1. Cet ouvrage se compose de deux éléments : une galerie d'eau, qui seule, d'après ce qui a été dit à la note précédente, mériterait le nom de çinnor, puis le passage souterrain qui communique avec elle. Le passage souterrain a été découvert

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